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Des étudiants à l’étranger ont touché l’aide fédérale

C’est le seul programme offert durant la crise à des Canadiens vivant ailleurs

Florence Corriveau
Photo courtoisie Florence, une Québécoise qui termine sa maîtrise en sociologie à Paris, a pu obtenir 1250 $ par période de quatre semaines.

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Des étudiants canadiens qui ne se trouvent même pas au pays depuis le début de la pandémie de COVID-19 ont pu toucher un chèque d’aide du gouvernement Trudeau.

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La controversée Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE) permet, en effet, aux étudiants canadiens dispersés aux quatre coins du globe de bénéficier d’un soutien équivalent à celui de leurs collègues au pays, soit 1250$ par période de quatre semaines.

Il s’agit du seul programme d’aide lancé par Ottawa dans le cadre de la pandémie qui est offert à des Canadiens se trouvant à l’extérieur du pays, selon une vérification effectuée par notre Bureau d’enquête.

Pour obtenir l’argent, ces jeunes doivent répondre exactement aux mêmes conditions que ceux qui sont au Canada, c’est-à-dire avoir perdu leur emploi en raison de la COVID-19 – même si c’est à l’étranger – ou chercher un boulot sans succès.

C’est le cas de Florence, une Québécoise qui a préféré taire son nom de famille et qui termine sa maîtrise en sociologie dans une université française. Elle espérait travailler de nouveau cet été chez un traiteur parisien, mais les activités de celui-ci ont été suspendues.

«Je comptais vraiment sur ce travail», explique-t-elle en entrevue depuis Paris.

Avec la PCUE, elle peut passer à travers ce moment difficile tout en demeurant en France. 

«On paie nos impôts au Canada, donc ça me semble logique qu’on y ait droit», souligne-t-elle.

Des chiffres cachés

Jusqu’à présent, Ottawa a distribué 1,36 milliard $ en PCUE à près de 600 000 étudiants. Il est toutefois impossible de savoir quelle partie de cette somme est allée aux étudiants à l’étranger, l’Agence du revenu du Canada ayant refusé de répondre à notre question à ce sujet.

Le député conservateur Alain Rayes n’est pas surpris par ce refus.

«Une des choses que l’on reproche au gouvernement [Trudeau] depuis le tout début de cette crise, c’est le manque de transparence des différents programmes», affirme M. Rayes, qui est lieutenant politique de son parti pour le Québec.

Le député de Richmond-Arthabaska s’interroge sur le contrôle que pourra exercer Ottawa sur les revenus gagnés par les étudiants à l’étranger.

«C’est difficile à contrôler, dit-il. Pour nous, le programme est comme un bar ouvert.»

M. Rayes rappelle que l’ensemble du programme de la PCUE a fait l’objet de nombreuses critiques. On lui reproche de décourager le retour au travail des jeunes.

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Conforme, selon le ministère

Au bureau de la ministre fédérale de l’Emploi et du Développement de la main-d’œuvre, Carla Qualtrough, on explique que cette admissibilité à la PCUE est «conforme à toutes les autres politiques d’aide financière aux étudiants canadiens».

Vérification faite, les étudiants canadiens et québécois ont effectivement droit aux prêts et bourses s’ils étudient à l’étranger.

Jointe à Toulouse en France où elle étudie, Alyson, qui a choisi de pas révéler son nom de famille, n’a su que récemment qu’elle avait droit à la PCUE. 

«Je suis vraiment soulagée de l’avoir obtenue», dit la jeune Québécoise.

M. Rayes ne jette pas le blâme sur ces étudiants. 

«Je n’en veux pas à ces jeunes. Ils sont dans la légalité. [...] Mais on peut se demander si cet argent est bien investi», conclut-il. 

Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants en bref        

  • Les étudiants canadiens, qu’ils soient au pays ou ailleurs dans le monde, peuvent la demander.    
  • Ils doivent avoir perdu leur emploi ou être incapables d’en trouver un à cause de la COVID-19.    
  • Ils obtiennent 1250$ par période de quatre semaines, comparativement à 2000$ pour la PCU régulière.    
  • Le fédéral refuse de dire combien d’étudiants canadiens à l’étranger en bénéficient.    
  • Ces étudiants doivent se trouver dans un établissement approuvé par Ottawa.         

Source : Gouvernement du Canada