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Ils fuient la ville: trois sœurs quittent Hochelaga pour vivre à neuf sous le même toit

Une famille investit 200 000 $ pour transformer une maison en intergénérationnelle

3 soeurs ont quitté Montréal pendant la pandémie
Photo Ben Pelosse À gauche, Robert Monette et sa conjointe, Manon Coupal. Au centre, Jacques Coupal et Thérèse Proulx. À droite, les sœurs Audrey Laurin-Coupal, Arianne Laurin et Vanessa Debellefeuille-Laurin. Devant, Noah Laurin et Laurence Tourangeau-Laurin.

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La pandémie a poussé trois sœurs de Montréal à s’installer dans une maison de Pointe-Fortune, en Montérégie, qu’elles transformeront en intergénérationnelle pour y vivre avec leur mère, enfants et grands--parents, à neuf sous le même toit. 

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Les sœurs Laurin vivaient dans le même immeuble du quartier Hochelaga, à Montréal, jusqu’en mars dernier. Les trois filles de 31 ans, 28 ans et 26 ans s’entraidaient et se voyaient tous les jours.

Il faut dire qu’elles sont toutes aux études et que deux d’entre elles sont monoparentales, avec un bambin chacune.

Quand la pandémie a éclaté, elles ont anticipé qu’elles ne pourraient plus passer d’un logement à un autre à cause du confinement, puis ont eu peur que la situation dégénère.

« Quand on est parties de Montréal, c’est parce que c’était épeurant. On avait peur pour nos enfants, on avait peur pour nous. On avait l’impression d’être encabanées », explique Vanessa Debellefeuille-Laurin, 31 ans, étudiante en enseignement et maman d’un garçon de 18 mois.

Maison intergénérationnelle

Les trois femmes louaient déjà à leur mère une maison reçue en héritage à Pointe-Fortune, un village d’à peine 500 habitants.

Cette dernière les a accueillies à bras ouverts. C’est ainsi que l’idée d’une maison intergénérationnelle a germé dans leur esprit.

« Moi, je suis bien heureuse. Je leur disais de s’en venir avant que Montréal ferme », relate Manon Coupal, mère des trois femmes.

Une quatrième sœur, Sarah, qui vit du côté de Cowansville en Montérégie, a préféré rester chez elle près de son travail.

Leurs grands-parents, qui avaient déjà prévu emménager avec Mme Coupal avant la pandémie, se sont joints à eux au début du mois de juin. 

« Depuis longtemps, il était hors de question que mes grands-parents, ma mère, même ma tante, déménagent en CHSLD parce que je suis capable de m’en occuper », explique Audrey Laurin-Coupal, qui a une formation d’infirmière auxiliaire. 

Les travaux d’agrandissement débuteront en août, s’échelonneront sur environ deux mois et se chiffreront à plus de 200 000 $.

À leur terme, la maison comptera 10 chambres, trois salles de bain et des installations pour la perte d’autonomie, comme des rampes et un bain adapté.

Voir les étoiles

À Pointe-Fortune, les sœurs Laurin aiment la tranquillité, la nature et la convivialité du village.

« Les voitures qui passent, ce sont des gens qui vivent ici, et tout le monde se connaît. C’est vraiment le jour et la nuit, avec Montréal, souligne Vanessa. Et je ne dis pas que je n’aime pas Montréal, j’ai vécu là pendant 15 ans et j’ai adoré la ville. C’était mon chez-moi et je ne pensais jamais revenir ici. Jamais », confie-t-elle.

Mais la crise sanitaire lui a fait réaliser qu’elle avait perdu de vue le plus important dans la vie.

« On a un bruit sourd d’eau. On entend les oiseaux. On voit la lune, les étoiles. Nos enfants n’avaient jamais vu les étoiles avant de venir ici. C’est une autre réalité. » 

À l’étroit en attendant les travaux de leur maison 

3 soeurs ont quitté Montréal pendant la pandémie
Photo Ben Pelosse

En attendant les travaux d’agrandissement de leur maison intergénérationnelle, une famille de neuf personnes se serre les coudes, littéralement, dans une demeure de trois chambres et une salle de bain.

« C’est sûr qu’il y a eu des accrochages, mais on s’aime et on n’est pas rancunières », affirme Audrey Laurin-Coupal, mère d’une fillette de trois ans.

Avec ses deux sœurs, Arianne et Vanessa, et le fils de 18 mois de cette dernière, elles ont emménagé dans la maison qu’habitaient leur mère et son conjoint, à Pointe-Fortune, en Montérégie. 

Les travaux d’agrandissement qui débuteront en août leur permettront de vivre confortablement sous le même toit. Mais, en attendant, tout le monde vit à l’étroit.

Vanessa, Audrey et leurs deux enfants partagent une chambre.

La plus jeune des trois, Arianne Laurin, 26 ans, s’est installée dans une tente dehors.

La famille lui a fait un plancher temporaire et a apporté sa base de lit ainsi que son matelas.

« Je ne vois pas ça comme un problème. Pour vrai, je suis vraiment bien dehors », raconte l’étudiante qui fait un diplôme d’études professionnelles (DEP) en cuisine.

Son grand-père, âgé de 80 ans, a une petite cabane de luxe dans la cour avec son lit, sa télévision, le câble, son fauteuil et son air conditionné.

Son épouse de 75 ans dispose d’une chambre dans la maison, tout comme la mère des trois filles et son conjoint.

Adaptation

Pour la famille, les derniers mois ont été le test ultime. 

« Là, on vit dans une petite maison à neuf, avec trois chambres et une salle de bain, et on réussit à ne pas s’entretuer. Quand on va être rendues dans une grande maison, il n’y aura pas de problème », affirme Vanessa.

Par moments, le manque d’intimité s’est fait sentir, mais les sœurs estiment qu’elles se sont rapidement adaptées.