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Les grands pollueurs n’ont pas ralenti

Seul un arrêt de travail a permis à ce top 100 des pollueurs de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en 2018

Dossier des 100 plus grands pollueurs
Photo Andréanne Lemire La production d’aluminium chez Alluminerie Bécancour Inc a chuté en raison d’un lock-out, et l’usine a émis trois fois moins de gaz à effet de serre en 2018 par rapport à 2017.

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Si le gouvernement ne mise pas sur une relance économique verte, il se dirigera droit dans le mur quant à ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre, démontre notre nouveau bilan des 100 plus grands pollueurs au Québec.

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Ce palmarès, que nous vous présentons pour une deuxième année, démontre que n’eût été le lock-out chez Aluminerie Bécancour inc. (ABI), les grands pollueurs québécois n’auraient pas réussi à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2018 par rapport à 2017. Il s’agit des données les plus récentes disponibles.

Dossier des 100 plus grands pollueurs
Source: Gouvernement du Québec, sauf pour le chiffre de 2018 qui provient du gouvernement fédéral

Pire, la moitié des 100 plus grands pollueurs du Québec polluent même davantage que cinq ans auparavant.

Il a fallu que le Québec soit sur pause ce printemps en raison de la COVID-19 pour que l’objectif de 2020 de réduction de GES, que le gouvernement Legault avait abandonné, devienne possible à atteindre.

Le ministère de l’Environnement du Québec publiera officiellement son inventaire pour l’année 2018 à la fin 2020, mais notre Bureau d’enquête a obtenu les données préliminaires des plus grands émetteurs. 

Grâce à un lock-out

À première vue, les chiffres montrent une baisse de 2 % des émissions de GES chez les grands industriels par rapport à 2017.

Or cette amélioration s’explique essentiellement par le lock-out d’ABI. Paralysée, l’entreprise a diminué sa production de près du deux tiers et elle a donc moins pollué. Elle a glissé temporairement du 8e au 21e rang en émettant trois fois moins de GES qu’en 2017. L’entreprise n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Mais il est difficile de croire que le Québec pourra atteindre ses cibles environnementales à coup de conflit de travail. Si on exclut ABI du palmarès des 100 pollueurs en 2017 et 2018, on constate d’ailleurs une hausse des émissions de 0,91 %.

Autre chamboulement au palmarès : l’arrivée fracassante de la cimenterie McInnis dans le top 10. En 2017, elle était toujours en rodage et émettait 330 200 tonnes de GES. En 2018, elle a libéré dans l’atmosphère 885 000 tonnes de gaz à effet de serre et elle bondit en sixième place. Elle est appelée à devenir la plus grande pollueuse du Québec. 

À titre de comparaison, une voiture qui parcourt 20 000 km émet environ 4 tonnes de CO2 par année.

C’est d’ailleurs les secteurs de la cimenterie, des alumineries, de la métallurgie et des raffineries qui dominent toujours notre palmarès.

Accros au pétrole

Le secteur industriel représente environ 30 % des émissions de GES du Québec. Le plus polluant demeure toutefois le transport, mais l’un ne va pas sans l’autre.

Plus on consomme du pétrole, plus les raffineries roulent à plein régime. Pas étonnant que les deux plus grands pollueurs soient encore cette année les pétrolières Valero de Lévis et Suncor de Montréal.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, affirme que le principal facteur faisant augmenter notre consommation de carburant est « l’hémorragie des VUS sur nos routes ».

Notons toutefois que les émissions de Valero ont chuté de 12,3 % en 2018, ce qui fait que l’entreprise perd son titre de plus grande pollueuse pour la première fois depuis 2013. Suncor lui a ravi ce titre même si elle a fait mieux qu’en 2017. 

Mais encore une fois, cette diminution des émissions de Valero est temporaire : elle est due à un arrêt de production pour entretien.

L’entreprise veut cependant faire mieux. Elle investit 110 M$ dans des projets pour réduire sa pollution, par exemple en réduisant les émissions de dioxyde de soufre dans l’essence automobile.

Valero veut également retirer complètement le mazout comme source de combustion à la raffinerie, a indiqué la porte-parole Marina Binotto.

Suncor n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

—Avec la collaboration de Philippe Langlois