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Polluer comme dans le temps

Cimenterie McInnis Port-Daniel
Photo d'archives Fini de rêver, les enfants, l’économie a priorité.

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Le palmarès des 100 plus grands pollueurs du Québec publié aujourd’hui par Le Journal amène à un dur constat : sans un ralentissement significatif des activités industrielles du Québec, notre bilan carbone ne s’améliore pas.

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On constate que si le bilan a pu s’améliorer – et encore, très légèrement – en 2018 par rapport à 2017, c’est essentiellement parce qu’il y a eu un conflit de travail chez Aluminerie Bécancour inc. Autrement, l’empreinte carbone du secteur industriel québécois aurait augmenté.

On peut donc aisément anticiper que l’année 2020, celle où le Québec devait atteindre son objectif de réduction de ses émissions de 20 %, pourrait être fort positive de ce point de vue, mais essentiellement parce que nos déplacements et nos activités industrielles auront été mis sur pause à cause du confinement. 2021 suivra la tendance préétablie.

Comme on devine aisément qu’on ne peut améliorer notre bilan environnemental à coup de lock-out et de pandémie, autant se dire que rien n’a été fait jusqu’ici pour nous permettre d’atteindre nos cibles. 

S’ensuivit la pandémie

Depuis 2013, le Québec émet chaque année plus ou moins 80 millions de tonnes de gaz à effet de serre. L’objectif pour 2020, fixé par le gouvernement libéral, était de passer sous les 70 millions. En 2030, ça devrait être 54 millions de tonnes. 

En décembre dernier, le gouvernement de la CAQ se rendait toutefois à l’évidence, et pour cause : il était impossible d’atteindre nos cibles avec le bilan que les libéraux lui avaient laissé. Le gouvernement de la CAQ s’est donc engagé à déposer un plan ambitieux de réduction des gaz dès le début de l’année 2020. On connaît la suite. 

S’ensuivirent SARS-CoV-2, l’état d’urgence, le confinement, la PCU, les points de presse quotidiens et le télétravail. Il ne serait venu à l’idée de personne ayant un tant soit peu le sens des priorités de demander au gouvernement où il en était donc rendu avec son plan de réduction des émissions. On l’aurait déposé avant le confinement, qu’il serait déjà caduc de toute façon.

Comme dans le temps

Sauf que maintenant, il est question de relance. L’économie aura du mal à reprendre toute sa vapeur, et ses acteurs que sont les travailleurs n’ont pas fini d’en souffrir.

Dans ce contexte-là, la pire chose à faire serait de revenir au «business as usual», que nous traduirons ici par «polluer comme d’habitude».

Les messages du gouvernement sont assez clairs : un ministre de l’Environnement exclu du comité de relance ; un projet de loi 61 qui fait reposer la relance sur le goudron et le béton, comme au temps de Duplessis ; un rétablissement des finances publiques qui se fera sans hausse d’impôt, mais en augmentant les dépenses en Santé et en Éducation, donc, au détriment des autres missions.

Ne vous en faites pas, on pourra polluer comme dans le bon vieux temps : les fonctionnaires du ministère de l’Environnement ne seront pas là pour s’y opposer. Ils ne fournissaient déjà pas avant la pandémie, leur mission faisant les frais des compressions depuis des décennies.

Éviter de se reconfiner

Si on ne peut pas profiter de la crise actuelle pour faire une relance verte, vous pouvez avertir vos enfants tout de suite : le Québec ne fera pas sa modeste part pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Notre responsabilité serait incroyablement moindre que celle de l’Inde et de la Chine? Eh ben. Ces pays émettent respectivement 1,83 et 7,72 tonnes de GES par habitant par année. Au Québec et au Canada, c’est 9,5 et 16,85 tonnes, toujours respectivement.

Avant la pandémie, les mobilisations pour le climat prenaient beaucoup de place, avec tout son cortège de manifestants, puis son cortège de fake news affirmant que Greta Thunberg était un robot autiste se promenant dans une Tesla au plancher jonché de bouteilles de plastique vides. Maintenant, on produit plus de plastique jetable que jamais, et les fans de Maxime Bernier ont jeté leur dévolu sur le Dr Didier Raoult.

Ce serait bien, toutefois, que notre premier ministre – qui se disait converti à la cause environnementale – nous dise maintenant ce qu’il en pense. Sa reconnaissance de l’importance que cet enjeu prenait pour l’avenir de nos jeunes a-t-elle disparu au profit de la plus immédiate crise sanitaire?

Les informations qui nous parviennent de la machine politique sont toutefois inquiétantes : le plan de réduction des GES, ça n’existe plus. Fini de rêver, les enfants, l’économie a priorité.

Ce serait dommage. Parce que l’urgence, ce n’est pas toujours pour éviter des périls immédiats. C’est aussi pour éviter les périls de demain. C’est pour éviter de se reconfiner économiquement, parce qu’on n’aura aucun autre choix. 

La pandémie nous l’a montré : en prenant des actions tôt, on peut éviter de plus gros problèmes plus tard. Or, en matière de climat, tôt, c’était hier.

Ce serait bien qu’on ne dise pas en 2050 qu’on a manqué la répétition générale de la crise climatique en 2020.