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Son emploi de rêve lui a échappé car elle était enceinte

Après cinq ans, son ex-employeur devra lui verser 16 250 $ en dédommagement

GEN-
Photo Agence QMI, Steve Madden Jessica St-Pierre est soulagée de la décision rendue par le Tribunal des droits de la personne après cinq ans de litige.

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Une Montréalaise qui a perdu son « emploi de rêve » en raison de sa grossesse devra être indemnisée par son ancien employeur, a ordonné le Tribunal des droits de la personne, après cinq ans de procédures judiciaires.

« J’étais dévastée. Quand j’ai annoncé ma grossesse aux Éditions Hurtubise, je ne pensais vraiment pas qu’on allait me retirer le poste », raconte Jessica St-Pierre, une mère de 34 ans qui travaille dans le domaine de l’édition depuis une douzaine d’années.

Le 6 février 2015, la vice-présidente de l’entreprise familiale, Alexandrine Foulon, lui a offert un poste de responsable des ventes de droits à l’étranger à temps partiel, qui implique plusieurs voyages, dont la foire annuelle du livre de Francfort qui a lieu en octobre.

Mme St-Pierre était déjà à l’emploi de la maison d’édition pour un remplacement de congé de maternité aux relations de presse, qui se terminait en mars 2015.

Mme Foulon, qui était aussi enceinte, voyait en madame St-Pierre la bonne candidate pour la remplacer dans certaines tâches pendant son congé de maternité. 

« Elle était une bonne employée », confirme au Journal le président de l’entreprise, Arnaud Foulon. 

« C’était un poste de rêve, s’enthousiasme Mme St-Pierre. J’ai toujours aimé voyager, et faire 3 jours par semaine avec un enfant, c’était l’idéal pour moi. »

Enceinte depuis la fin décembre 2014, elle était consciente qu’elle partirait en congé de maternité peu de temps après sa supérieure, et qu’elle ne pourrait aller à la foire. Elle a tout de même décidé de ne rien dire à ce stade.

« J’avais le contrat d’embauche entre les mains, indique-t-elle. Pas un contrat générique, un à mon nom, avec les détails du salaire et les heures supplémentaires. »

C’est à ce moment qu’elle a annoncé sa grossesse à sa patronne.

Incompréhension

Le lendemain, Mme Foulon l’a informé qu’elle mettait fin à son processus d’embauche puisque Mme St-Pierre « n’est pas disponible pour voyager » à l’automne 2015.

« Sur le coup, je ne comprenais pas, déplore Mme St-Pierre. Tout s’est effondré. C’est une entreprise familiale. Arnaud Foulon a des enfants. Mme Foulon était enceinte. C’était encore plus difficile à avaler. J’avais la conviction que c’était une grande injustice. »

Le 23 mars 2016, Jessica St-Pierre a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Quatre ans plus tard, le 11 juin dernier, l’entreprise est condamnée à lui verser 16 250 $ en dommages matériels et moraux.

Discriminatoire

« Le Tribunal conclut que le refus d’Éditions Hurtubise de finaliser le processus d’embauche de Mme St-Pierre était contraire à l’interdiction [...] de discriminer une personne en emploi à cause de sa ‘‘ grossesse ‘‘ », peut-on lire dans le jugement.

« Ça va rembourser les frais d’avocats », laisse tomber celle qui s’est lancée dans cette poursuite « par principe ». 

« C’est une opportunité qu’on m’a enlevée, fait-elle valoir, pas juste un salaire. »

Soulagé que le litige soit enfin réglé, Arnaud Foulon se dit « très à l’aise » avec le jugement, mais aurait souhaité que cette histoire se règle en médiation. 

« On l’accepte, dit-il. On prendra des mesures pour ne plus que ça se reproduise. »