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Censurons Dany Laferrière

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Si on m’avait dit il y a six mois qu’un jour une journaliste renommée serait suspendue pour avoir cité le titre d’un livre, j’aurais éclaté de rire en disant : « C’est impossible. Même la Police de la pensée la plus radicale n’oserait pas aller aussi loin ».

Eh bien, la semaine dernière, ça s’est produit.

  • Écoutez l'entrevue de Sophie Durocher avec Vincent Dessereault à QUB Radio:

La journaliste de CBC Wendy Mesley a été suspendue et fait face à des mesures disciplinaires pour avoir cité le classique québécois Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières.

Hé lala. Surtout ne dites pas aux dirigeants de CBC que Dany Laferrière a écrit un livre qui s’intitule Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Ils pourraient en faire une syncope et exiger que toute référence à ce livre soit punie par la loi.

LA HONTE

On vit une époque hallucinante.

Wendy Mesley a dû s’excuser publiquement d’avoir utilisé le mot que personne ne doit utiliser et qui commence par un « N ». Non, elle n’a pas traité quelqu’un de « N ». Ni parlé d’un « N » en ondes.

En réunion de travail, elle a cité le titre du livre de Vallières et à une autre occasion, elle a rapporté les propos d’un journaliste qui disait s’être fait traiter de « N ».

La direction de CBC a mené une enquête, des mesures disciplinaires ont été prises contre elle et son émission a été annulée.

Surtout, ne dites pas aux dirigeants de CBC que le réalisateur québécois Robert Morin a réalisé en 2002 un brillant long-métrage intitulé Le nèg’. Et surtout, ne leur dites pas que ce film coup-de-poing était une virulente dénonciation du racisme !

Surtout ne dites pas aux dirigeants de la CBC que des grands artistes comme Aimé Césaire et Lépold Senghor ont inventé le concept de « Négritude » qu’ils définissaient ainsi : « La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture » .

Wendy Mesley a écrit un long message d’autoflagellation sur Twitter. « Je suis totalement désolée et j’ai honte ».

Honte d’avoir cité le titre d’un livre ? Honte d’avoir cité quelqu’un qui a été victime de racisme ?

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TROP PEU, TROP TARD

Quand cette histoire est sortie, la semaine dernière, Patrice Roy de Radio-Canada a réagi sur Twitter en écrivant : « Wendy Mesley est une bonne journaliste. Citer le titre d’un livre ne devrait jamais être un crime pour un journaliste. Sinon c’est un monde pire que l’on prépare ».

C’est formidable que Roy défende publiquement une collègue journaliste envers et contre la direction de CBC/Radio-Canada. Mais, je me demande où était le courage de Patrice Roy pendant les derniers mois et les dernières années quand des chroniqueurs et des commentateurs dénonçaient haut et fort cette rectitude politique qui était en train d’étouffer la société où l’on vit ?

Ça me fait penser aux combattants de la 25e heure, ceux qui se découvrent une âme de résistant une fois la guerre terminée.

Cher Patrice, il était temps que tu te réveilles.

C’est juste dommage que tu sortes de ton sommeil seulement quand c’est une de tes collègues qui est victime de cette Police de la pensée.