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Les Québécois financeront les riches actionnaires du Cirque

Les salariés du groupe devront faire appel à Ottawa pour récupérer leur dû

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Ce sont les contribuables québécois qui financeront la plus grande part de la relance du Cirque du Soleil, qui est officiellement devenu insolvable, lundi, croulant sous d’énormes dettes imposées par ses riches actionnaires.

Après quatre mois sans revenus, le Cirque s’est finalement placé à l’abri de ses créanciers, à qui il doit plus d’un milliard de dollars.

Québec prêtera 200 millions $ US pour aider le Cirque à se relancer. Les actionnaires de l’entreprise – le fonds américain TPG, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt – ne contribueront que 100 M$ US à cet effort.

TPG, Fosun et la Caisse ont mis de côté 5 M$ US pour payer ce que le Cirque doit à ses travailleurs pigistes. Ils ont aussi réservé 15 M$ US pour les 3500 salariés licenciés.

« On nous a promis un montant forfaitaire dont on n’a pas encore vu la couleur. C’est triste de voir qu’ils en sont rendus là, mais en même temps, c’est sûr que j’aimerais avoir cet argent-là », a confié lundi au Journal Annie Bazinet, qui a travaillé au Cirque pendant trois ans.

Des contractuels du Cirque ont manifesté, plus tôt ce mois-ci, à Montréal, afin d’obtenir le paiement des sommes qui leur sont dues. Le Cirque connaît des difficultés financières depuis au moins deux ans. Il a enregistré des pertes nettes de 71 M$ US en 2018 et de 80 M$ US en 2019, indique un document déposé hier en Cour supérieure.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Des contractuels du Cirque ont manifesté, plus tôt ce mois-ci, à Montréal, afin d’obtenir le paiement des sommes qui leur sont dues. Le Cirque connaît des difficultés financières depuis au moins deux ans. Il a enregistré des pertes nettes de 71 M$ US en 2018 et de 80 M$ US en 2019, indique un document déposé hier en Cour supérieure.

Trop de responsabilités

Or, les 15 M$ US ne couvriront qu’une partie des sommes impayées. Pour le reste, les employés devront se tourner vers le Programme de protection des salariés du gouvernement fédéral. Pourquoi le Cirque ne les a-t-il pas payés avant de réclamer la protection du tribunal ?

« Il y aurait alors eu un niveau de responsabilité qu’aucun acquéreur éventuel, je pense, n’était prêt à prendre », a répondu au Journal le PDG du Cirque, Daniel Lamarre.

Rappelons que pour acheter le Cirque de Guy Laliberté, en 2015, TPG, Fosun et la Caisse n’ont déboursé que 630 M$ US, le solde de la transaction ayant été financé par des prêts de 885 M$ US contractés par l’entreprise. La dette du Cirque a encore crû au fil des ans, notamment pour effectuer des acquisitions et verser des dividendes aux actionnaires.  

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Sylvain Larocque, journaliste pour la section Argent du Journal, avec Jean-François Baril à QUB radio:   

D’autres offres ?

Le processus lancé lundi permettra à d’autres groupes de déposer une offre d’achat pour le Cirque. Québecor, Guy Laliberté et des créanciers de l’entreprise ont déjà fait part de leur intérêt.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a reconnu que ces enchères pourraient mener à un déménagement du siège du Cirque à l’extérieur du Québec. 

« Je serais étonné que quelqu’un fasse une proposition qui ne tienne pas compte de cet environnement-là [l’importance du Québec pour le Cirque] », a néanmoins soutenu M. Lamarre.

Avec l’offre de TPG, de Fosun et de la Caisse, « l’avenir du Cirque est à peu près garanti », a insisté le dirigeant.

M. Fitzgibbon s’est toutefois montré plus prudent, affirmant que les 200 millions $ US prêtés par Québec étaient « relativement sécures ». 

­–Avec la collaboration de Clara Loiseau

Le montage financier proposé en bref 

  • Québec prête 200 M$ US 
  • TPG, Fosun et la Caisse allongent 100 M$ US 
  • Les créanciers deviendraient actionnaires à hauteur de 45 %