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Les artistes gardent le moral

Frappée durement par l’inondation de 2019 et par la pandémie, l’entreprise Sylabrush vit des jours difficiles

Sylvie Marsolais et Alexandre Mathys
Photo François-David Rouleau Sylvie Marsolais et Alexandre Mathys, des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac lors des inondations du printemps 2019, se sont remis sur pied en bâtissant leur nouvel atelier pour peindre les masques de gardien de but. La pandémie de la COVID-19 au printemps 2020 a ralenti leur production. FRANÇOIS-DAVID ROULEAU /LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

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Une année s’est écoulée depuis les inondations de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Alors que Sylvie Marsolais et Alexandre Mathys reprenaient la cadence dans la création des masques de gardien de but, la crise de la COVID-19 a tout freiné. Un autre dur coup à encaisser. 

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Car les profondes cicatrices du catastrophique printemps 2019 ne sont évidemment pas refermées puisque les deux artistes sont encore dans la paperasse gouvernementale. Les travaux à leur domicile et à leur atelier saccagés l’an dernier ne sont pas terminés. Aux dommages matériels s’ajoutent les traumatismes psychologiques. 

« J’ai senti une importante baisse d’énergie l’hiver dernier. L’adrénaline était retombée. J’ai fait aussi beaucoup d’insomnie », relate Alexandre, préférant maintenant regarder vers l’avenir.

Sylvie a pour sa part réagi à la lourde ambiance planant sur la ville. 

Nouvel atelier

Si l’atelier flambant neuf est fonctionnel, les artistes de l’entreprise de airbrush (aérographie) ne peuvent en dire autant du sous-sol de leur maison de la 33e avenue, lourdement endommagée par la montée des eaux après la rupture de la digue. Celle-ci est située à moins d’une centaine de mètres du lac des Deux-Montagnes et à quatre rues hors de la zone interdite d’accès l’année dernière.

Pour retrouver leur vie professionnelle régulière et quitter le garage d’un ami où ils ont travaillé sur les masques durant six mois, Sylvie et Alexandre ont priorisé la construction de leur atelier. Ils ont rasé l’ancien et bâti leur nouveau repaire avec la précieuse collaboration de leur famille et de leurs amis. 

Le résultat est flamboyant. L’endroit est plus spacieux et aéré. La somme d’environ 16 000 $ amassée grâce à la campagne de sociofinancement a permis d’acheter les matériaux.

Sylvie Marsolais et Alexandre Mathys
Photo François-David Rouleau

« Ces généreux dons nous ont sauvés », souffle Alexandre en remerciant tous ceux qui ont aussi mis l’épaule à la roue. 

« On avait réussi à terminer la structure et à fermer l’atelier à temps pour l’hiver. Et l’arrêt provoqué par le coronavirus a permis d’avancer les rénovations et de peinturer à l’intérieur. Il en reste encore beaucoup à faire. »  

Le couple doit entre autres poser le parement extérieur, mais au moins, il peut occuper ses locaux sans problème. 

Sur pause

Depuis la mi-mars, c’est le calme quasi plat chez Sylabrush. Les fusils aérographes attendent le retour des commandes dans le carnet. Sylvie n’a créé que trois fresques sur des masques à livrer. Comme les équipes professionnelles et juniors sont à l’arrêt tant en Amérique du Nord qu’en Europe, difficile de trouver des clients. 

L’annulation des championnats du monde signifie aussi des pertes, car les gardiens procèdent à des commandes spéciales lorsqu’ils portent les couleurs de leur pays. 

Dans un contexte différent, la production de 2020 ressemblera étrangement à celle de 2019. Les artistes prévoient essuyer des pertes d’environ 50 %, ce qui représente 40 à 50 masques complétés plutôt que de 80 à 100. Malgré tout, ils gardent le moral.

« C’est une autre période difficile pour la production. On essaie d’éviter d’y penser, disent Sylvie et Alexandre. On est devant l’inconnu. »

Parmi les points positifs, ils peuvent s’affairer à créer les masques de gardiens amateurs figurant sur leur liste d’attente. Ils ont aussi à répondre aux demandes ponctuelles des équipes professionnelles d’ici la reprise des activités. 

Leur champ de compétences ne se limite pas uniquement aux masques. Ils sont capables de faire opérer leur magie sur des casques de moto, des murales, des voitures et des camions. 

« On sait que ça va repartir un moment donné. Il faut être patients, a rappelé Sylvie. Et comme entrepreneurs, il faut savoir s’adapter. »  

La maison des fous 

On se souvient des péripéties d’Astérix et d’Obélix dans la maison des fous pour obtenir le fameux laissez-passer A38 demandé par César dans Les 12 travaux d’Astérix. C’est exactement ce que vivent Sylvie Marsolais et Alexandre Mathys. 

Treize mois après les inondations, ceux dont la couverture d’assurance n’incluait pas les inondations sont encore coincés dans les dédales administratifs du gouvernement. Ils ont rempli une demi-douzaine de formulaires pour avoir droit à l’assistance financière gouvernementale. 

Uniquement par la lourdeur de son nom, le « Programme général d’indemnisation et d’aide financière lors de sinistre réel ou imminent » peut décourager ceux qui doivent y adhérer en pleine détresse. 

Toujours plus

Ce programme requiert le dépôt de formulaires de réclamations et de documents en guise de preuves. Le hic en ce qui a trait aux inondations, c’est que dans bien des cas, ces documents ont baigné dans l’eau contaminée et ont pris la direction des poubelles. 

Dans le dossier de Marsolais et Mathys, l’évaluation des dommages des effets matériels de leur entreprise s’élève à environ 60 000 $. Le manque de connaissance de leur métier par les évaluateurs et les ajusteurs a ralenti le processus. On leur a demandé, entre autres, de réparer du matériel électrique lourdement endommagé par l’eau. C’était impossible.

« On a vite dressé l’inventaire de l’équipement endommagé par la crue soudaine des eaux et en janvier dernier, on nous a demandé de le refaire en utilisant le logiciel Excel. Il a aussi fallu ajouter des photos. Dans notre cas, il faut toujours expliquer les motifs de réclamation. Il y a toujours une étape de plus qui s’ajoute ou on tombe entre deux chaises comme ce n’est pas un domaine connu », explique Alexandre, découragé par les délais administratifs.

« On a l’impression que c’est pour nous décourager davantage. On est dans le processus de se battre pour obtenir des réponses », ajoute celui qui continue à envoyer des documents au gouvernement. 

Toujours l’attente

La crise de la COVID-19 continue d’ailleurs à ralentir la machine. Ces artistes de masques attendent toujours un montant d’indemnisation. C’est pourquoi ils jouent de prudence dans le rachat du matériel nécessaire. Ils limitent les dépenses puisqu’ils doutent des montants à recevoir. 

Par chance, ils ont pu se relever grâce à la générosité de leur entourage. La beauté de la chose, c’est qu’ils n’avaient à remplir aucun formulaire pour obtenir leur aide.