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Lise et Francine, deux femmes de cœur

pandémie
Photo Jean-François Desgagnes Dans cette crise, des « petits » deuils de la vie dite ordinaire pleuvent sans crier gare.

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La pandémie en oblige plusieurs à repenser leur vie. Certains divorcent, d’autres se marieront. À Montréal, dont la crise expose les pires travers, ils sont nombreux à vouloir la ville pour des espaces plus sereins.

Puis, il y a les deuils. Immenses et cruels pour les milliers de familles endeuillées par la COVID-19 dans des CHSLD. Des « petits » deuils de la vie dite ordinaire, d’une tout autre ampleur, c’est certain, pleuvent, quant à eux, sans crier gare.

La crise ayant précipité leur décision de prendre leur retraite, je viens de perdre deux femmes signifiantes dans ma vie. Lise, ma coiffeuse, que j’ai découverte avec bonheur sur le tard. Francine, la fidèle caissière de mon épicerie de quartier depuis très longtemps.

Lise, experte et accueillante

Parce que Lise coiffait déjà ma sœur Manon depuis des années et qu’elle l’adorait, j’ai décidé d’aller la voir à mon tour. Quelle découverte ! Aussi experte qu’accueillante et chaleureuse. Une femme droite et généreuse.

Même si on a presque le même âge, je me sentais maternée par elle, dans le sens le plus beau et réconfortant du terme. Pour voir Lise, je devais également retourner dans mon ancien quartier – Villeray. Un bonus.

À chaque visite, à la joie d’une coupe et de mèches blondes toujours parfaites, j’ajoutais ma petite aventure nostalgique. Je déambulais dans mes anciennes rues.

Je m’arrêtais devant mon premier appart d’étudiante – un 2 ½ à 210 $/mois avec vue plongeante sur un concessionnaire d’autos ! Je terminais ma tournée en savourant le meilleur gelato du monde au resto Roberto.

Bref, Lise, c’était un pur ravissement à tout coup. J’ai pleuré à chaudes larmes le départ de « ma » coiffeuse. J’espère seulement qu’elle sait tout le bien qu’elle a fait pour tellement de femmes tout au long de sa carrière.

Merci pour tout, chère Lise. Belle route et bon golf avec votre amoureux. Longue vie et santé.

La belle Francine

La belle Francine, comme je l’appelle, c’était mon rayon de soleil à l’épicerie. Loyale, douce, drôle et travaillante comme ça ne se peut pas. Malgré la fatigue et le stress de son métier de caissière, son sourire et son regard enjoué illuminaient son comptoir.

Depuis le début de la crise, Francine étant une force de la nature, elle tenait le coup. Dans les épiceries, les commandes se multipliaient néanmoins. Sans compter de lourds, mais nécessaires protocoles de santé publique.

Une chose est sûre : cette crise nous a montré à quel point des métiers jugés à tort comme « mineurs » sont parmi les plus essentiels et les plus exigeants. Faudra le reconnaître plus concrètement.

Quand Francine m’a annoncé à son tour qu’elle prenait sa retraite, elle avait bien mûri sa décision. Comme pour Lise, Manon et moi avons eu de la peine.

Pour nous et tout plein de résidents du quartier, Francine savait habiter notre quotidienneté avec gentillesse et dévouement.

En même temps, de savoir qu’avec son mari elle profitera pleinement de la vie nous réjouit pour elle. À toi aussi, ma belle Francine, longue vie et santé.