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[PHOTOS] 10 choses à savoir sur la fondation de Québec pour le 412e anniversaire de la Ville

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Le 3 juillet 2020, la Ville de Québec célèbre le 412e anniversaire de sa fondation. Le petit comptoir commercial établi par Samuel de Champlain est devenu une ville unique en Amérique du Nord.

Québec a conservé son caractère patrimonial parce que plusieurs générations de ses résidents n'ont cessé de la protéger, d'en faire la promotion et de la mettre en valeur, bien souvent contre les vents et marées du progrès. C'est notamment ce à quoi s'active la Société historique de Québec depuis sa fondation en 1937. 

En cet anniversaire, nous vous proposons 10 faits pour vous faire connaître davantage Québec à l'époque où son fondateur y vivait. Joyeux 412e!

1) Champlain: le fondateur du Canada  

Autoportrait de Samuel de Champlain, 1609
Illustration Wikimedia Commons
Autoportrait de Samuel de Champlain, 1609

Samuel de Champlain est probablement né à Brouage avant 1580. Tous s'entendent pour dire qu'il est le fondateur de Québec, mais il a été plus que ça. Il était d'abord un navigateur et aventurier: il a traversé l'Atlantique 21 fois. Il était également un cartographe dont la précision des dessins est étonnante compte tenu des moyens dont il disposait. De plus, il prenait soin de nommer les endroits qu'il visitait. 

Plusieurs de ses toponymes sont demeurés jusqu'à nos jours. Il était un humaniste qui voulait connaître et comprendre l'autre, les autochtones. Il a conclu des alliances avec des nations amérindiennes sans lesquelles la colonie française n’aurait pu se développer. Il a été un ethnographe dont les récits nous ont fait connaître les mœurs des premiers habitants du Canada. Il a laissé une œuvre considérable dont la richesse et les détails sont incomparables. 

Surtout, il a été tenace en résistant face à ceux qui s'opposaient à ses projets. Son obstination et sa persévérance nous ont permis de vivre aujourd'hui dans une ville unique en Amérique du Nord. On peut considérer ce visionnaire comme le véritable fondateur du Canada.

Aucune gravure ou peinture de Samuel de Champlain n'est connue. La représentation qu'on a de lui est imaginaire. La plus proche de la réalité est un dessin qu'il a fait en 1609 représentant l'attaque d'un village onondaga dans lequel il s'est mis en scène au centre de l'image.

2) Pierre Dugua de Mons: un personnage central dans l’ombre de Champlain  

Monument de Pierre Dugua de Monts à Québec, 2014
Photo Wikipédia Commons
Monument de Pierre Dugua de Monts à Québec, 2014

Le mérite de la fondation de Québec revient, à juste titre, à Samuel de Champlain. Cela dit, la gloire acquise par le natif de Brouage a pendant longtemps relégué au second plan la figure de Pierre Dugua de Mons (vers 1558-1628), qui a pourtant joué un rôle primordial dans l’établissement d’un comptoir commercial sur les rives du fleuve Saint-Laurent en 1608. 

Bien vu à la cour du roi Henri IV, Dugua de Mons obtient en 1603 le monopole du droit de traite des fourrures en Nouvelle-France. À la tête d’une entreprise commerciale financée par des marchands français, il dirige alors les éphémères établissements de l’île Sainte-Croix et de Port-Royal en Acadie. 

Peu avant de voir son monopole lui être retiré sous l’action de marchands rivaux, Dugua de Mons confie à Champlain le soin de fonder un comptoir de traite sur le site actuel de Québec. Malgré la perte de son monopole, Dugua de Mons poursuit ses activités commerciales dans la jeune colonie au moins jusqu’en 1617. Il va sans dire que la fondation de Québec n’aurait pas été possible sans son intervention. Dans l’historiographie québécoise, il aura été longtemps éclipsé par Champlain, dont la renommée a été assurée en partie par la publication de ses récits et par sa production cartographique.

3) Une pratique d’un autre âge: le mariage de Champlain et d’Hélène Boullé  

Extrait du contrat de mariage entre Samuel de Champlain et Hélène Boullé
Photo Archives nationales de France, MC/ET/LXXXV/108
Extrait du contrat de mariage entre Samuel de Champlain et Hélène Boullé

Bien que la date de naissance de Champlain soit toujours incertaine, on sait qu’il est au moins trentenaire en 1610 lorsqu’il épouse Hélène Boullé, la fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la Chambre du roi, et de Marguerite Alix. La mariée, née en 1598, n’est âgée que de 12 ans. Voilà qui peut faire sourciller! Ce type d’union impliquant des personnes mineures n’est pourtant pas rare à cette époque bien que la moyenne d’âge des époux soit généralement plus élevée.

Dans la bonne société, le mariage est avant tout une question d’alliance familiale. Par son union, Champlain est mieux placé qu’auparavant pour promouvoir ses intérêts et ceux de la colonie auprès du jeune Louis XIII, qui a succédé à Henri IV. Le mariage représente également pour Champlain un important enjeu financier puisqu’il doit lui rapporter la coquette somme de 6000 livres en dot.

En 1620, Hélène Boullé fait la traversée de l’océan Atlantique avec son mari. Dépaysée par ce pays si différent du milieu parisien, elle retourne définitivement en France en 1624. Jusqu’à la mort de Champlain, en 1635, elle veille tout de même aux intérêts de son époux. Devenue religieuse ursuline sous le nom d’Hélène de Saint-Augustin, elle finira ses jours à la tête du monastère de Meaux près de Paris.

4) La fondation de Québec  

Le Don de Dieu, navire de Champlain en 1608, timbre commémoration, 2008
Illustration Postes Canada
Le Don de Dieu, navire de Champlain en 1608, timbre commémoration, 2008

Lorsqu'il débarque à Québec le 3 juillet 1608 pour y construire son Habitation, Champlain connaît l'endroit pour l'avoir visité cinq ans auparavant. Comme plusieurs, il rêve de trouver un passage vers la Chine. S'il y parvenait, Québec en serait un poste de douane qui rapporterait des richesses à la France. Pour l'heure, il veut y développer un comptoir commercial. Québec sera le point de départ d'un réseau de traite des fourrures qui s'étendra un jour à tout le continent.

Sa grande ville, il la voit plus en amont sur la rivière Saint-Charles: Ludovica. Il veut développer une agriculture et exploiter les richesses naturelles environnantes pour rendre ses habitants autonomes. À la suite du premier hiver de 1608-1609, seulement huit des 25 pionniers survivront. Néanmoins, il n'abandonnera jamais. À sa mort, survenue le 25 décembre 1635, il n'y avait à Québec que 150 personnes, mais Champlain avait assuré une présence française dans la vallée du Saint-Laurent et il avait jeté les bases de ce qui allait devenir une grande capitale qui ferait l'envie de bien des rivaux.

5) Ludovica, une nouvelle colonie à la gloire du roi de France  

Portrait de Louis XIII par Pierre-Paul Rubens vers 1622
Image Wikipedia Commons
Portrait de Louis XIII par Pierre-Paul Rubens vers 1622

À l’hiver de 1618, Champlain a maille à partir avec la compagnie de traite des fourrures qui dirige l’établissement de Québec et les financiers qui la soutiennent. Désireux de renouveler son réseau de soutien, de conserver son poste de lieutenant du vice-roi et de pérenniser l’établissement de Québec, Champlain soumet un mémoire à la Chambre de commerce de Paris et au roi de France Louis XIII.

Dans le texte présenté au monarque, le fondateur de Québec expose un ambitieux programme visant à peupler, à aménager et à défendre la jeune colonie. Il imagine la fondation d’une nouvelle ville sur les berges de la rivière Saint-Charles. Il écrit qu’elle sera «de la grandeur presque celle de Saint-Denis, laquelle s’appellera, s’il plaît à Dieu et au roi, Ludovica». 

Pour peupler ce lieu dont le nom correspond à la version latinisée du prénom Louis (Ludovicus), Champlain demande que 300 familles s’établissent au pays. Afin de défendre la colonie et de contrôler l’accès au fleuve, il planifie la construction de deux forts: l’un sera situé sur le promontoire de Québec, qui deviendra le fort Saint-Louis, et l’autre, sur la rive opposée. En outre, il propose l’envoi d’un contingent de 300 soldats au pays. Sollicitant l’appui financier du roi afin de réaliser ce vaste projet, Champlain estime qu’il faudra 15 années pour le réaliser. On sait que ce projet ne se réalisera pas tel quel, mais il traduit tout de même la pensée d’un visionnaire.

6) Un premier système de défense au sommet de la falaise: le fort Saint-Louis  

Le Fort Saint-Louis, détail de la maquette de Michel Bergeron «La ville de Québec en 1635», Jacques Beardsell
Illustration Musée de la Civilisation
Le Fort Saint-Louis, détail de la maquette de Michel Bergeron «La ville de Québec en 1635», Jacques Beardsell

Lorsqu'il débarque à Québec en 1608, Champlain construit l'Habitation, c'est-à-dire un ensemble de logement, d'entreposage et de défense. Situé sur le rivage, l'endroit est vulnérable. C'est pourquoi, en 1620, il construit un fort accroché au sommet de la falaise. Il le baptise «Saint-Louis» en l'honneur de Louis IX, celui qui avait été désigné saint patron de la France deux ans plus tôt. 

Le fort est palissadé de pieux, et on y retrouve un corps de logis, également en bois. En 1626, il est agrandi pour accueillir un plus grand nombre d’habitants qui craignaient les attaques iroquoises et, éventuellement, une invasion des Anglais. Un jour, la ville rayonnera à partir de ce point. C'est là que Champlain mourra le 25 décembre 1635. Plus tard, le fort deviendra le château qui accueillera les gouverneurs, tant français que britanniques. C'est sur ses fondations qu'on a érigé un monument en mémoire de Champlain, le fondateur de Québec.

7) Québec, colonie anglaise (1629-1632)  

Samuel de Champlain livre la ville de Québec aux frères Kirke, au mois de juillet 1629, Cap-aux-Diamants, 2007-0793.
Fonds Yves-Beauregard
Samuel de Champlain livre la ville de Québec aux frères Kirke, au mois de juillet 1629, Cap-aux-Diamants, 2007-0793.

En 1627, l’Angleterre s’allie avec les protestants de La Rochelle qui s’opposent au pouvoir du roi de France. Le siège et le blocus de la ville rebelle s’avèrent le point focal de ce conflit en Europe. Cette querelle se propage à l’Amérique alors que les Anglais tentent d’évincer les Français au Canada.

Une première expédition est mise sur pied en 1628 avec, à leur tête, les frères David, Lewis, Thomas, John et James Kirke, tous natifs de Dieppe en Normandie et œuvrant à titre de corsaire pour le compte du roi d’Angleterre. Leur campagne se solde par la prise de quelques postes français et du blocus temporaire de Québec. L’année suivante, les frères Kirke réussissent à obtenir de Champlain la reddition de Québec, alors à court de vivres et de munitions. Ce qu’on ne sait pas dans les deux camps, c’est que les nations belligérantes avaient préalablement signé un traité de paix, invalidant en principe la prise de Québec.

De retour en Europe, Champlain s’active pour récupérer Québec. Le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé en 1632, restitue finalement la colonie à la France. La vingtaine de Français demeurés sur place assistent au retour de Champlain en 1633, qui effectue alors sa dernière traversée de l’océan Atlantique.

8) Un toponyme de reconnaissance: Notre-Dame-de-Recouvrance  

Statue de Notre-Dame-de-Recouvrance située à la basilique-cathédrale de Québec
Photo J.F. Caron
Statue de Notre-Dame-de-Recouvrance située à la basilique-cathédrale de Québec

Les frères Kirke s'emparent de Québec le 24 juillet 1629. Or, ce conflit avait pris fin trois mois plus tôt par la signature du Traité de Suse le 24 avril 1629, mais ça, personne ne le savait de ce côté-ci de l'Atlantique. Si Champlain avait capitulé dès l'arrivée des Kirke à l'été 1628, la Conquête anglaise aurait été effective, mais en ayant résisté au siège jusqu'à l'été 1629, Champlain avait, sans le savoir, sauvé Québec, qui avait été prise en temps de paix. 

Toutefois, les communications étant ce qu'elles étaient, Champlain n'est mis au courant de cette situation qu'à son arrivée en Angleterre. Outré, il se démène pendant trois ans, tant en France qu'en Angleterre, pour que la colonie soit rétrocédée. 

S'il obtenait gain de cause, il fait le vœu d'ériger à Québec une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Recouvrance. La France recouvre finalement Québec le 29 mars 1632 par la signature du Traité de Saint-Germain-en-Laye. À son retour en 1633, Champlain tient promesse, et le temple est érigé. Ce sera la première église paroissiale du Canada. 

La petite chapelle, mainte fois incendiée et reconstruite, est devenue la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, dans laquelle se trouve, depuis 1929, une statue de Notre-Dame-de-Recouvrance surmontée d'un buste de Champlain.

9) Une triste nuit de Noël: le décès du fondateur  

Photo Pierre-Olivier Fortin, Wikimedia Commons

C'est au fort Saint-Louis, à la suite d'une courte maladie, que Samuel de Champlain rend l'âme le 25 décembre 1635. Il avait environ 55 ans. Depuis quelques semaines, il souffrait de paralysie. Avait-il été victime d'un accident vasculaire cérébral? Le 17 novembre précédent, il avait dicté et signé son testament. Il léguait l'essentiel de ce qu'il possède en Nouvelle-France à Notre-Dame-de-Recouvrance, donc à la fabrique paroissiale, à l'exception de quelques legs particuliers. 

Son vieil ami et confident, le père Charles Lalemant, lui administre les derniers sacrements. Il l’avait accompagné tout au long de sa courte maladie. C'est également lui qui célèbre la messe des funérailles à la chapelle de Notre-Dame-de-Recouvrance. Le père Paul Le Jeune prononce l’oraison funèbre. Son corps est inhumé dans cette chapelle qu'il avait promis de faire construire. Ses restes n'ont jamais été retrouvés, ce qui provoquera une grande chasse au trésor parmi les archéologues de tout acabit.

10) L’hommage à Champlain: une tradition plus que centenaire  

Photo Archives de la Société historique de Québec

La cérémonie par laquelle la population de Québec rend hommage à son fondateur s’impose à la suite du dévoilement, en 1898, près du Château Frontenac, d’une imposante statue de Champlain qui est l’œuvre du sculpteur français Paul-Romain Chevré. Cette pratique, plus centrée sur le personnage que sur son rôle dans la fondation de la ville, n’est toutefois pas régulière avant 1937.

C’est à la Société d’histoire régionale de Québec (SHRQ), qui deviendra la Société historique de Québec (SHQ), que l’on doit véritablement l’adoption de la cérémonie actuelle le jour de la fondation de Québec. En effet, le 3 juillet 1937, la SHRQ organise une cérémonie devant le monument de Samuel de Champlain pendant laquelle est déposée une couronne de fleurs en hommage au fondateur. 

À partir de 1950, la Société nationale Samuel de Champlain (SNSC), qui accapare l’événement, lui donne une portée nationale, voire internationale, alors qu’est attribué au natif de Brouage le rôle de «fondateur du Canada».

Dans les années 1970, la SHQ profite de la dissolution de la SNSC pour redonner à la commémoration son sens originel, c’est-à-dire un hommage au fondateur de Québec. La cérémonie du 3 juillet pendant laquelle une couronne de fleurs est déposée se poursuivra jusqu’à nos jours.

Pour plus d'information, lire: David Hackett Fischer, Le Rêve de Champlain, Boréal, 2011, 1008 pages.

Jérôme Ouellet et Jean-François Caron, historiens  

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