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Le piège canadien

Rencontre Trudeau-Legault
Photo d’archives, Chantal Poirier Justin Trudeau accompagné de François Legault.

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C’est Noël tous les jours avec notre beau Justin.

Il a déjà distribué des dizaines de milliards directement aux citoyens.

Il offre maintenant 14 milliards $ aux gouvernements provinciaux pour lutter contre la COVID-19.

Vieux film

Mais attention, il veut forcer les provinces à investir cet argent dans les priorités établies par lui : le dépistage, la recherche, etc.

Il fixe ses conditions comme si l’argent lui appartenait, et comme si Ottawa savait mieux que les provinces où sont les priorités.

Legault lui répond qu’il veut sa part (3,5 milliards) sans conditions et pour l’investir surtout dans les CHSLD.

Les autres gouvernements provinciaux ont la même position que le Québec : ils veulent des transferts sans conditions.

C’est ici que nos petits fédéralistes locaux s’excitent.

Wow, un beau front commun uni avec nos « partenaires » canadiens !

Voyez comment ça peut marcher quand on est de bonne foi !

Enfin, nous « tendons la main », nous « construisons des ponts », nous nous « unissons au lieu de nous diviser ».

On connaît la cassette... et on sait comment le film se termine.

Quand j’étais ministre des Affaires intergouvernementales, j’ai vécu ces fronts communs des provinces à de multiples reprises.

Il suffisait qu’Ottawa sorte son chéquier et achète le ralliement des provinces prêtes à se vendre pour pas cher.

Pouf, fini le front commun !

Le Québec se retrouvait seul... à défendre tout simplement ce que dit la Constitution canadienne sur ses responsabilités.

Regardez maintenant cette question de transferts fédéraux pour la santé au-delà de la crise actuelle causée par le virus.

Le Québec, comme tout l’Occident, vieillit. Forcément, nos dépenses en santé augmentent : elles représentaient déjà 50,2 % de nos dépenses publiques en 2019.

Ne vous demandez pas pourquoi il n’y a pas assez d’argent pour nos routes en déroute ou pour nos écoles délabrées.

Au Québec, le nombre de gens de plus de 85 ans va tripler au cours des 30 prochaines années.

En 1978, il y avait huit personnes en âge de travailler pour chaque retraité. Aujourd’hui, il y en a 3,4.

Pris à la gorge, quels choix aura le gouvernement du Québec pour faire face à ce vieillissement ?

Augmenter les impôts ? Couper ailleurs ? Privatiser et laisser les gens se débrouiller ?

Réjouissant, hein ?

Et c’est là qu’Ottawa, comme on dit, nous attend dans le détour.

Quand le Québec sera asphyxié, il sera très tenté d’accepter les conditions d’Ottawa.

Tu veux l’argent ? Tu feras ce que je te dis.

Poids

L’autre arme pour mettre au pas le Québec, ce sera une hausse vertigineuse de l’immigration.

260 000 immigrants sont entrés au Canada en 2014. Ottawa projette de monter bientôt à 350 000.

Si le Québec accepte une part proportionnelle à sa population, il sera évidemment impossible d’intégrer correctement 80 000 immigrants chaque année, puisqu’on n’y arrive déjà pas avec les 50 000 actuels.

Si on accepte moins que notre part mathématique, notre poids et notre influence au sein du Canada rapetissent. 

Pendant ce temps, on dort au gaz ou on fait la fête.

Nous marchons comme des somnambules vers l’abîme.