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Télé américaine et diversité

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Les habitudes sont souvent dures à changer et les mentalités encore plus. C’est parfois incompréhensible. Il faut malheureusement de tristes événements pour relancer d’éternels débats. Black Lives Matter l’illustre bien. Si la diversité n’est pas encore tout à fait au rendez-vous sur nos ondes, elle l’est pourtant beaucoup plus chez nos voisins du Sud.

On aurait pu croire que la présence afro-américaine dans des émissions états-uniennes de tous genres contribuerait à atténuer les tensions et à atténuer le racisme. Malgré des modèles positifs, des récits percutants et des contextes réalistes, la race humaine a beaucoup de chemin à faire vers l’égalité sociale. 

La question de la diversité à la télévision est très présente chez nous actuellement. Avec raison. Mais en cette journée de la fête nationale des Américains, l’occasion est belle d’observer la place qu’occupe la diversité sur leurs ondes, dans leurs séries. Ce qui est désolant est toutefois de constater que ces protagonistes, bien que populaires et aimés, n’arrivent pas à faire changer complètement les mentalités.

Les débuts

Ethel Waters
Photo d’archives
Ethel Waters

Ethel Waters, célèbre chanteuse de jazz et actrice, serait la première Afro-Américaine à avoir obtenu un rôle dans une série télé. Nous sommes en 1950 sur les ondes de la chaîne ABC. Elle incarnait alors le rôle-titre de Beulah, une comédie de situation dans laquelle elle est la reine de la cuisine capable de trouver des solutions à tous les problèmes de ses employeurs. Ethel quitta la série après la première année, la jugeant dégradante pour les Noirs.

Amos ’n’ Andy
Photo d’archives
Amos ’n’ Andy

Dans les mêmes années, la comédie Amos ’n’ Andy fait le saut de la radio à la télévision. On y brossait le quotidien de deux Afro-Américains de Harlem. Fait inusité, à la radio, les rôles étaient tenus par deux acteurs blancs qui durent évidemment être remplacés par Alvin Childress et Spencer Williams en passant sur CBS. 

Les grandes familles

The Jeffersons
Photo courtoisie, CBS
The Jeffersons

Les années 70-80 et 90 voient débarquer des comédies mettant en vedette des familles afro-américaines. Pour trancher avec l’image ségrégationniste et rétrograde souvent réservée aux Noirs, on mise alors sur des familles prospères caractérisées par leur réussite. The Jeffersons (1975-1985 sur CBS) est une série dérivée de All in the Family. On y suit le quotidien d’une famille afro-américaine qui quitte Queens pour un quartier luxueux de Manhattan, fière du succès de l’entreprise familiale de nettoyage à sec. C’est dans cette comédie que nous aurions vu un premier couple interracial à la télé.

Diff’rent Stokes
Photo courtoisie, NBC
Diff’rent Stokes

Vient ensuite Diff’rent Stokes (1978-1986 sur NBC) dans laquelle un veuf milliardaire promet à sa gouvernante mourante de s’occuper de ses deux fils (Gary Coleman et Todd Bridges) qui ont grandi à Harlem dans la pauvreté. Statut social et choc des cultures étaient au centre des épisodes qui se terminaient toujours par une morale. La série a connu un succès international.

The Cosby Show
Photo courtoisie, NBC
The Cosby Show

The Cosby Show (1984-1992 sur NBC) est sans doute une des séries américaines les plus connues ayant dépassé les cotes d’écoute de Miami Vice ou Magnum P.I. Créée par Bill Cosby, on y suit les Huxtable, une famille aisée de Brooklyn dont le père est médecin et la mère avocate. Les enfants n’ont a priori aucun problème. Il n’était jamais question de profilage racial. Certains l’ont critiqué alors que d’autres y voyaient une façon de réduire les tensions raciales au pays.

Family Matters
Photo courtoisie, Warner Bros television
Family Matters

Family Matters (1989-1998 sur ABC puis CBS) dressait un portrait d’une famille moyenne de Chicago prise avec un petit voisin maladroit et envahissant, éperdument amoureux de leur fille. 

The Fresh Prince of Bel-Air
Photo courtoisie
The Fresh Prince of Bel-Air

The Fresh Prince of Bel-Air (1990-1996 sur NBC) révèle un jeune chanteur, Will Smith, qui incarnait un ado de Philadelphie que sa mère avait envoyé en pension chez son riche oncle dans un quartier huppé de Los Angeles pour ne pas mal tourner. Les classes sociales sont souvent source de quiproquos entre les Banks, leur majordome et le petit gars issu d’un milieu plus que modeste.

The Oprah Winfrey Show
Photo courtoisie
The Oprah Winfrey Show

C’est aussi à cette époque que la reine des talk-shows d’après-midi, Oprah Winfrey, fait son apparition. Dès 1986, elle s’inscrit comme une véritable référence et réinvente le genre. The Oprah Winfrey Show a duré 25 ans sur les ondes de ABC et CBS, et l’animatrice, qui a depuis sa propre chaîne OWN, est toujours une des femmes les plus puissantes de la télévision.

Les années 2000

La dernière décennie est marquée par une diversité des genres de séries. Si les familles issues de la diversité étaient confinées souvent à la comédie, on les retrouve désormais dans les drames, l’action, la téléréalité. De nouveaux créateurs dont Shonda Rhimes, Donald Glover et Ava DuVernay s’imposent. Des œuvres percutantes viennent nous rappeler que la lutte contre le racisme n’est pas gagnée.

Black-ish
Photo courtoisie, ABC
Black-ish

Black-ish (2014-2020 sur ABC) s’inscrit dans la lignée des séries des décennies précédentes tout en abordant des angles sociopolitiques. Cette famille de la classe moyenne connaît tellement de succès que des séries dérivées, Grown-ish et Mixed-ish, ont vu le jour.

Atlanta
Photo courtoisie, FX Networks
Atlanta

Atlanta (2016-2020 sur FX) dresse un portrait très actuel de la réalité afro-américaine avec ses défis socio-économiques. Deux cousins tentent de percer la scène rap. On y aborde les relations amoureuses et familiales sans faire abstraction des tensions raciales.

This is Us
Photo courtoisie, NBC
This is Us

This is Us (2016-2020 sur NBC) s’est vite inscrite dans le cœur des Américains. Le couple Pearson ayant adopté un petit afro-américain, la différence raciale est amenée avec beaucoup de délicatesse au fur et à mesure que le jeune Randall vieillit. Adulte, le retour viscéral vers ses racines est touchant et ajoute une dimension très riche à la série.

Empire
Photo courtoisie
Empire

Dans Empire (2015-2020 sur Fox), Terence Howard incarne une ancienne vedette du hip-hop aujourd’hui puissant producteur de disques qui, pour des raisons de santé, doit désigner son successeur. Une lutte familiale est à prévoir, particulièrement contre son ex-femme, Cookie.

Insecure
Photo courtoisie, HBO
Insecure

La comédie dramatique Insecure (2016-2020 sur HBO) mise sur l’amitié de deux bientôt trentenaires et les remises en question quand arrive un changement de décennie. Chaque épisode aborde des défis sociaux auxquels sont souvent confrontées les femmes afro-américaines.

When They See Us
Photo courtoisie, Netflix
When They See Us

When They See Us (2019 sur Netflix) est une série bouleversante relatant le procès et la condamnation, à tort, de cinq jeunes (quatre Afro-Américains et un Hispanique) pour le viol d’une joggeuse blanche dans Central Park. Elle illustre bien l’injustice à laquelle font face bien des citoyens à cause de la couleur de leur peau. 

La réalité multiculturelle

Never Have I Ever
Photo courtoisie, Netflix
Never Have I Ever

La communauté latino-américaine est dans les faits la minorité visible la plus présente au sein de la population américaine. Elle est mise de l’avant particulièrement grâce à des personnages féminins forts et déterminés comme dans Jane the Virgin, Ugly Betty ou On My Block

Master of None
Photo courtoisie, Netflix
Master of None

Les créateurs de la diversité peuvent bénéficier des plateformes numériques qui, ouvertes sur le monde, sont soucieuses d’offrir des regards variés et authentiques. Les acteurs et scénaristes Mindy Kaling et Aziz Ansari ont su mettre en lumière leur culture indienne avec beaucoup d’autodérision. Dans Master of None (2015-2017 sur Netflix), Aziz nous montre le quotidien banal d’un acteur tentant de trouver sa place à New York. Avec Never Have I Ever (2020 sur Netflix), Mindy s’inspire de sa propre adolescence teintée des valeurs traditionnelles pour donner vie à une jeune pleine d’aplomb décidée à vivre des expériences amoureuses bien de son époque. 

Fresh Off the Boat
Photo courtoisie, ABC
Fresh Off the Boat

Le chef et animateur vedette Eddy Huang a vu son autobiographie adaptée à la télé. Fresh Off the Boat (2015-2020 sur ABC) raconte le quotidien de sa famille venue de Taïwan. Il s’agit d’une des rares séries sur une chaîne traditionnelle à mettre en vedette une famille asiatique.