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Sous le poids de la Chine, Hong Kong suffoque

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C’est franchement gros comme lien et – pour nous, Québécois – littéralement à l’autre bout de la planète. Nous pourrions, sans remords, nous en désintéresser. Sauf que ce qui se passe à Hong Kong ne se limite pas à cette péninsule et aux quelques îles qui s’y rattachent. La Chine serre la vis et c’est la démocratie, encore une fois, qui manque d’air.

Le pouvoir communiste à Pékin vient d’imposer aux Hongkongais une loi qui, prétend-il, vise au maintien de l’ordre dans l’ancienne colonie britannique. Il faut toujours se méfier d’une législation concoctée en secret et qui, une fois dévoilée, donne de vastes pouvoirs de répression à un tout nouveau « Bureau de sécurité nationale ».

De manière large et vague, cette nouvelle loi identifie quatre grands crimes – subversion, terrorisme, séparatisme et « collusion avec des forces étrangères » – et ceux qui seront trouvés coupables risquent ni plus ni moins que l’emprisonnement à vie. Le décret, en réalité, veut casser les liens du mouvement démocratique.

1997... DÉJÀ OUBLIÉ

Ce n’est pas, contrairement à ce que Pékin laisse entendre, qu’une affaire entre Chinois. L’entente de rétrocession de Hong Kong par le Royaume-Uni à la Chine en 1997 accordait au petit territoire un statut spécial – le fameux « Un pays, deux systèmes » – que les communistes chinois s’engageaient à respecter jusqu’en 2047. On en est loin.

La nouvelle loi, par exemple, crée des tribunaux spéciaux, indépendants du système juridique hongkongais. Les autorités chinoises se gardent aussi le pouvoir de déplacer en Chine-même les procès des accusés. Au diable, l’autonomie !

IMPOSER L’AUTOCENSURE

Le plus inquiétant tient fondamentalement au caractère suffisamment flou des potentiels crimes commis pour que tout protestataire se sente menacé. Des centaines d’arrestations ont déjà été effectuées au cours des derniers jours, mais ce sont surtout la peur et la méfiance qui se sont propagées.

Pour reprendre l’analyse de l’historien Steve Tsang dans la revue The Atlantic, ce que Hong Kong connaît est une version non sanglante du massacre de la place Tien An Men en 1989 : « L’objectif est d’intimider et de terrifier les gens pour qu’ils ne pensent même plus à protester. »

Les protestations, elles, sont au moins venues de l’étranger, notamment d’Ottawa qui a eu le courage de suspendre son traité d’extradition avec Hong Kong et ses exportations de matériel militaire. Chapeau au premier ministre Trudeau ! Parce qu’il en faut du courage pour tenir tête à la Chine et sa puissante machine économique.

SE PERDRE SUR LA NOUVELLE ROUTE DE LA SOIE

Les Chinois se vantent d’avoir récolté l’appui de 52 pays au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour la « nouvelle loi de sécurité nationale » à Hong Kong. La liste se lit comme un rendez-vous d’autocrates (Cuba, Myanmar, Égypte, Corée du Nord, Arabie saoudite) ou de pays en développement qui ont attaché leur sort aux investissements chinois.

En fait, plus d’une quarantaine de ces pays se sont engagés dans l’immense projet de développement « La ceinture et la route », projet dans lequel Pékin compte investir entre 1000 et 8000 milliards de dollars. Ça force l’allégeance, mettons.

Les 27 opposants à cette déclaration – de la Suède à la Nouvelle-Zélande, en passant par la France – sont tous des démocraties. Le Canada, heureusement, s’est bien entouré pour signaler aux Hongkongais qu’ils ne seront pas laissés à eux-mêmes. 

HONG KONG : Petit territoire, grande influence  

  • Population : 7,5 millions 
  • Superficie : 1106 km2 (deux fois et demie la taille de Montréal) 
  • Économie : Souvent qualifié de 3e centre financier mondial après New York et Londres. 
  • PIB par habitant : 65 000 $ (10e au monde) 
  • Histoire : Possession britannique à partir de 1842 ; rétrocédée à la Chine en 1997.