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La messe à gogo des indépendantistes

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Dans sa chronique du 30 juin dernier, sur la présente course à la chefferie du PQ, Joseph Facal a écrit ces lignes sur l’un des quatre candidats, Paul St-Pierre Plamondon :

« M. St-Pierre Plamondon se veut le candidat de la modernisation, mais il lui reste à expliquer ce qu’il veut précisément moderniser, et comment réconcilier cette modernisation avec le fait que l’indépendance est une réponse à des aspirations qui ont peu à voir avec l’air du temps... »

Tarte aux pommes sans pommes

Avec ce petit paragraphe, Joseph Facal a résumé la question fondamentale qui se pose aux indépendantistes québécois. 

Comment rendre « moderne » un projet qui n’a rien à voir avec l’air du temps ? Comment rendre « à la mode » un projet dont la mission principale est non pas la « modernisation » mais la « préservation » ?

Préserver une langue, une culture, une façon d’envisager le monde et de concevoir le vivre-ensemble ?

À force de vouloir « moderniser » à tout prix le projet indépendantiste, à force de vouloir le rendre sexy auprès des jeunes qui ont la nausée chaque fois qu’ils entendent les mots « nation » et « peuple » (gracieuseté – entre autres – du cours d’éthique et culture religieuse, qui était une arme d’endoctrinement massif), ne risque-t-on pas de le dénaturer complètement ? 

De le vider de sa substance ?

Regardez notre dernière Saint-Jean : une fête nationale sans drapeau, c’est une tarte aux pommes sans pommes.

Ou, pour reprendre la fameuse boutade du philosophe allemand Georg Christoph Lichtenberg, « un couteau sans lame auquel il ne manque que le manche ». 

C’est ça qu’on veut faire avec le projet indépendantiste ?

Le rendre tellement « moderne », tellement branché sur les valeurs actuelles, tellement « plaisant » et « moralement acceptable » pour les jeunes qu’il ne veut plus rien dire ?

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« Jésus est ton ami »

Dans les années 60, l’Église catholique, désemparée de voir ses églises se vider à la vitesse grand V, a eu une idée de « génie » pour attirer de nouveau les jeunes vers Jésus.

Les messes à gogo. 

Faisant partie de la génération qui a dû se taper quelques-unes de ces messes à l’église Notre-Dame-de-la-Paix à Verdun (aujourd’hui démolie, ce qui en dit long sur le succès de l’opération), je peux vous affirmer que ce fut l’une des pires inventions de l’histoire de l’humanité, avec le fromage en spray, le Twister et les épaulettes géantes des années 80.

Les curés qui ont eu cette brillante idée mériteraient d’écouter en boucle les chansons affreuses qu’on imposa aux ouailles lors de cette triste période.

Au lieu de la musique sacrée de Bach, qui vous élève que vous soyez croyant ou pas, on avait droit à deux pelés et une tondue qui chantaient, guitare en mains, sandales aux pieds et fleurs dans les cheveux : « Jésus est ton ami, ton ami pour la vie ! »

« L’amour est l’infini à la portée des caniches », écrivait Louis-Ferdinand Céline. Les messes à gogo, c’était l’éternité à la portée des perruches. 

De quoi s’ennuyer des messes en latin, qui avaient au moins de la grandeur.

La question

Bref, jusqu’où peut-on « moderniser » le projet souverainiste ?

C’est la question à 100 000 $, au cœur de la course à la chefferie du PQ.