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Un ex-dirigeant du Cirque suspecté dans une affaire de fraude fiscale

L’ancien v.-p. juridique a été l’associé du metteur en scène Franco Dragone

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Photo Getty images Louis Parenteau (à droite sur la photo) a été associé avec le metteur en scène Franco Dragone. On le voit ici en 2006, à Macao, lors du lancement du projet City of Dreams avec Lawrence Ho, le fils du défunt magnat des casinos, Stanley Ho.

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Un ancien vice-président affaires juridiques du Cirque du Soleil est suspecté dans le vaste stratagème présumé de fraude fiscale et de blanchiment impliquant le metteur en scène vedette Franco Dragone.

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L’avocat québécois Louis Parenteau figure sur une liste de 41 personnes nommées par un juge belge dans cette affaire à la fin de 2019, a appris notre Bureau d’enquête.

Rappelons que Franco Dragone, 67 ans, est accusé par les autorités judiciaires belges d’avoir fraudé, puis blanchi 19,7 millions d’euros (30,3 millions $) de redevances sur ses spectacles, dont certains célèbres, du Cirque du Soleil.

Le parquet de Mons, en Belgique, a déposé des accusations contre lui et cinq autres personnes, a-t-on appris à la fin juin. 

  • Le journaliste Félix Séguin revient sur le dossier au micro de Pierre Nantel, sur QUB Radio:

Franco Dragone aurait bénéficié d’un montage complexe touchant des paradis fiscaux lui permettant de payer très peu d’impôt sur ses revenus.

îles Vierges britanniques

Une société offshore des îles Vierges britanniques, Canterlo Limited, créée à l’époque où Franco Dragone et Louis Parenteau travaillaient pour le Cirque en 1998, serait centrale dans la fraude présumée.

Contrairement à Franco Dragone, Louis Parenteau ne fait pas l’objet d’accusations dans le dossier. 

Un juge d’instruction belge soupçonne entre autres Parenteau d’avoir créé des documents pour justifier, après coup, des transferts de fonds entre des sociétés du groupe Dragone, et d’en avoir fait lui-même usage.

Selon un document judiciaire, les autorités belges ont finalement choisi de ne pas porter d’accusations contre Parenteau parce que les faits suspectés contre lui sont trop anciens.

Trois autres Québécois figuraient sur la liste des 41 inculpés, mais le ministère public belge a déterminé dans leur cas qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre. Un de ceux-ci est un ex-associé d’Ernst & Young à Montréal, Jim Haiman (voir autre texte).

Dix ans au Cirque

Louis Parenteau a travaillé au Cirque en tant que vice-président exécutif affaires juridiques et corporatives pendant une dizaine d’années. Il est devenu président du groupe Dragone au début des années 2000 jusqu’en 2008.

Il n’a pas donné suite à des appels et à un courriel.

Dans un communiqué qu’il nous a fait parvenir, le metteur en scène Franco Dragone assure n’avoir rien à se reprocher. 

« Je conteste en tous points les faits de nature fiscale qui me sont reprochés par l’accusation. [...] Je répondrai point par point dès que le droit belge me le permettra », nous a-t-il écrit. Il a refusé une demande d’entrevue.

Des liens avec de mystérieuses firmes des îles Vierges 

Louis Parenteau a transigé avec au moins deux firmes offshore alors qu’il travaillait pour Franco Dragone, selon des documents consultés.

2000

Louis Parenteau est nommé président de la firme de Franco Dragone en Belgique. 

15 mai 2006

La société Lupa International est incorporée aux îles Vierges britanniques. Selon le magazine belge Le Vif, Louis Parenteau est le seul bénéficiaire de cette société et elle sert à recueillir des revenus d’un spectacle de Franco Dragone, Le Rêve, à Las Vegas.

16 mai 2006

Une autre société offshore, Lina International, reliée à la firme Canterlo (centrale dans la fraude présumée), est incorporée.

2008

Louis Parenteau se sépare de Franco Dragone et revend ses actions du groupe. Il accorde un solde de prix de vente à Lina International.

1er avril 2011

Des billets à ordre totalisant 18,5 millions $ sont émis à Louis Parenteau en provenance d’une compagnie à numéro liée à une entreprise du nom de Lupa Productions au Québec

17 mai 2011

La société Lupa International est liquidée aux îles Vierges par Jim Haiman

2013

Franco Dragone et Louis Parenteau, notamment, sont visés par une enquête pénale pour des « infractions fiscales internationales graves et organisées » et du « blanchiment d’argent », selon Le Vif

2015

Louis Parenteau transfère dans une fiducie, la Fiducie patrimoniale Louis Parenteau, la somme de 33,2 millions $ et des montants dus par Lina International, entre autres.

Deux propriétés données à une fiducie  

Deux propriétés acquises par Louis Parenteau à Outremont et au lac Brome, en Estrie, ont été transférées à une fiducie portant son nom en 2015.
Photo Agence QM, Joël Lemay
Deux propriétés acquises par Louis Parenteau à Outremont et au lac Brome, en Estrie, ont été transférées à une fiducie portant son nom en 2015.

L’ancien vice-président affaires juridiques du Cirque du Soleil, Louis Parenteau, a fait l’acquisition de deux maisons cossues en les payant comptant après avoir travaillé avec Franco Dragone en Belgique, selon des documents notariés.

En 2009, il a fait l’achat d’une maison au lac Brome, en Estrie, pour 617 000 dollars. 

En 2012, il a acquis une maison dans l’arrondissement Outremont pour 1,18 million de dollars.

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Photo Martin Chevalier

En 2015, les deux propriétés cossues ont été données à une fiducie du nom de Fiducie Louis Parenteau.

Insaisissables

Les deux cofiduciaires de cette fiducie sont Louis Parenteau lui-même ainsi que Jim Haiman­­­. 

Les deux ont été suspectés dans le dossier de Franco Dragone, sans toutefois être accusés. 

Franco Dragone, Metteur en scène
Photo d'archives, AFP
Franco Dragone, Metteur en scène

Aucun des deux n’a voulu commenter. 

L’acte de fiducie contient une clause selon laquelle les biens de la fiducie sont « insaisissables ».

« Les présentes stipulations [...] sont justifiées par l’intérêt sérieux et légitime de restreindre l’admissibilité de devenir bénéficiaire [dans la fiducie] », indique un document consulté.

Soulignons que les maisons ont été données en mai 2015, au moment même où plusieurs autres actifs étaient donnés à la Fiducie Louis Parenteau, dont 33 millions de dollars, des montants dus par une société offshore à Parenteau et des actions d’une compagnie à numéro québécoise.