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Dare To Care en pleine tourmente

Le patron de la maison de disques part, des artistes prennent leurs distances

Montréal en lumière
Photo d'archives, Éric Carrière Éli Bissonnette et Bernard Adamus lors d’un événement du Festival Montréal en lumière, en 2013. Le premier a abandonné la présidence de la maison de disques Dare To Care, le second en a été expulsé à la suite d’allégations sur le web.

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Désertée par son patron et Les sœurs Boulay à la suite des allégations d’inconduites sexuelles touchant Bernard Adamus, la maison de disques Dare To Care Records/Grosse Boîte, un des fleurons de l’industrie musicale québécoise, est plongée dans la tourmente.

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Des artistes et des employés dénoncent depuis jeudi le laxisme du président Éli Bissonnette, à qui on reproche d’avoir fermé les yeux sur les abus sexuels qu’aurait commis Bernard Adamus et d’avoir instauré un climat de travail toxique dans les bureaux.

Adamus a reconnu avoir été « vulgaire, grossier, arrogant et très saoul trop souvent », dans un message publié, jeudi, au lendemain de son renvoi de Dare To Care.

« À toutes les femmes que j’ai pu offenser, je m’excuse profondément », a déclaré celui qui prend une pause pour travailler sur lui.

Départs

Peu après, Éli Bissonnette a annoncé son départ temporaire de la présidence de l’étiquette qu’il a cofondée en 2010.

« Je souhaite poser des actions concrètes pour continuer ma réflexion, mon cheminement personnel et pour lutter contre ce système d’abus sur lequel j’ai trop longtemps fermé les yeux », a-t-il indiqué sur Facebook.

Dans la foulée, Cœur de pirate, dont le succès au Québec et en France a contribué au prestige de l’étiquette, a rompu ses liens de gérance avec Éli Bissonnette.

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Capture d'écran Instagram

« Mon travail, mes efforts, ma réussite ne devraient pas servir à nourrir le mal, les secrets, les abus de pouvoir, les artistes qui n’ont franchement pas d’affaire là », a-t-elle déclaré sur Instagram.

Elle n’a pas précisé si elle conservait son contrat de disques avec la compagnie.

Les sœurs Boulay aussi

Les sœurs Boulay ont aussi annoncé qu’elles quittaient immédiatement l’équipe de gérance de Dare To Care et elles ont révélé qu’elles avaient décidé de ne pas renouveler leur contrat de disques.

Sur Instagram, Mélanie et Stéphanie Boulay ont aussi admis qu’elles étaient au courant de « certaines allégations inacceptables » au sujet de Bernard Adamus.

« Les problèmes, ont-elles écrit, avaient été adressés [sic] et les explications / justifications / promesses d’amélioration nous avaient satisfaites au départ. Avait-on accès à toute l’information ? Non. Mais a-t-on fait l’autruche par peur d’y perdre des plumes ? Oui. »

Quel avenir ?

Qu’adviendra-t-il de Dare To Care et Grosse Boîte ? Les employés qui restent sont dans le brouillard. « On n’a aucune idée de la suite en ce moment. Est-ce qu’on repart à neuf ensemble ou on quitte et ça finit là ? Il y a aussi beaucoup d’artistes qui sont là et qui ont travaillé avec nous », dit la directrice artistique, Claudie Jalbert.

« Pour l’instant, on veut se dissocier d’Éli et s’excuser aux gens. » 

Ce qu'ils ont dit 

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Photo d'archives, Agence QMI

 

« À toutes les femmes du milieu de la musique qui ont le courage de parler en ce moment, vous êtes des reines. » –Laurence Nerbonne

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Photo d'archives, Agence QMI

 

« Nous croyons qu’Éli Bissonnette a fait de mauvais choix par le passé. Nous croyons aussi qu’il est sur la bonne voie. Le changement est possible et on peut tous attendre guérir, et tout le monde mérite une deuxième chance. [...] Il doit cheminer seul désormais, sans plus blesser ou éclabousser de gens qui n’ont rien demandé. » – Stéphanie et Mélanie Boulay

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Photo d'archives, Pascal Huot

 

« J’ai longtemps voulu croire en la personne qui a cru en moi, et je me sens coupable de l’avoir fait. Un moment donné, ça suffit. » –Cœur de pirate

Montréal en lumière
Photo d'archives, Agence QMI

 « J’ai pris du recul sur le mouvement actuel parce que je n’ai pas de leçon à donner à personne. J’ai parfois été un dude cave moi aussi. Mais sachez que je veux être un meilleur humain et que je veux aider à changer les mentalités. On vous entend, on vous croit et on vous supporte. » –Émile Bilodeau

L’entreprise, en quelques mots 

  • En 2001, Éli Bissonnette et Hugo Mudie, qui étaient alors colocataires, ont fondé Dare To Care Records avec d'autres partenaires.
  • Les premières années, l'étiquette s'est concentrée sur le punk avec entre autres les albums de The Sainte Catherines, le groupe d'Hugo Mudie.
  • En 2004, Mudie a quitté Dare to Care pour de bon, juste avant la parution du premier album de Malajube. Éli Bissonnette a pris seul les rênes de la compagnie.
  • Trois ans plus tard, DTC créait Grosse Boîte pour présenter des artistes francophones. Tricot Machine, Avec pas d’casque, Bernard Adamus, Canailles, Jimmy Hunt, Fanny Bloom et Les sœurs Boulay allaient collaborer avec l’étiquette.
  • Le plus gros succès est toutefois arrivé avec Cœur de pirate qui a propulsé l’entreprise au niveau international.
  • Depuis ses débuts, DTC/Grosse Boîte a travaillé avec plus de 55 artistes, a reçu plus de 30 Félix et plus d’une vingtaine de prix GAMIQ.
  • En 2013, DTC fondait l’étiquette de disque numérique Sainte Cécile. Elle a distribué des artistes comme Carl-Éric Hudon, Nicolet, Jesuslesfilles et Maybe Watson.
  • Environ 25 employés travaillent présentement pour Dare To Care. 

- Avec la collaboration de Raphaël Gendron-Martin