/news/coronavirus
Navigation

«Last call» à minuit!

Interdiction de vendre de l’alcool après minuit et départ des clients à 1h du matin

Coup d'oeil sur cet article

Dès vendredi à minuit, les bars ne pourront plus servir de l’alcool et devront fermer à 1h du matin pour réduire les risques de voir de nouvelles éclosions de coronavirus au Québec, a annoncé le ministre de la Santé, Christian Dubé, jeudi.

• À lire aussi: Le Mile Public House resserrera la vis à ses clients

• À lire aussi: Montréal : les bars activent leur mode survie

Les bars devront tout d’abord cesser de vendre de l’alcool à minuit, et les clients devront avoir quitté les lieux avant 1h du matin.    

«On voit un peu partout dans le monde, particulièrement aux États-Unis, que les bars sont des lieux propices à la propagation, et c’est vrai qu’on l’a vu à plusieurs endroits, ici, au Québec. Alors j’ai décidé de prendre des mesures pour éviter des éclosions. C’est un compromis difficile, mais acceptable», a expliqué le ministre de la Santé, lors d’une conférence de presse avec le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda.

Le nombre de cas au Québec est en hausse alors qu’on en recensait 137 jeudi, contre 82 mercredi. Face à de nouvelles éclosions survenues notamment au Mile Public House, un bar de Brossard, Québec a choisi de resserrer les règlements entourant l’ouverture des bars pour éviter que la situation dans la province ne dérape. 

Le nouveau ministre de la Santé avait déjà mis en garde les tenanciers de bars qui ne respectaient pas les règles que des sanctions allaient être mises en place pour qu’aucun débordement ne se reproduise. 

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Mesures et mécontentement

Pour ne pas confiner à nouveau cette industrie, Christian Dubé a pris trois nouvelles mesures. Il est donc désormais impossible de commander de l’alcool dans un bar passé minuit. 

Les clients doivent aussi obligatoirement quitter ces établissements avant 1h du matin. Et les tenanciers ne peuvent dorénavant accueillir qu’à 50% de leur capacité, comme dans les restaurants, afin de mieux faire respecter les deux mètres de distanciation sociale. 

Les clients doivent encore obligatoirement rester assis pour consommer et ont interdiction de danser.

Peter Sergakis, propriétaire de plusieurs établissements et président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, croit que ces nouvelles mesures vont assurer la mort de plusieurs bars.
Photo Pierre-Paul Poulin
Peter Sergakis, propriétaire de plusieurs établissements et président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, croit que ces nouvelles mesures vont assurer la mort de plusieurs bars.

Pour Peter Sergakis, propriétaire de plusieurs établissements et président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, «le gouvernement ne fait que déplacer le problème» et ce sont les propriétaires de bars qui en subissent les conséquences.

Car si les bars ne peuvent plus servir d’alcool après minuit, les restaurants ayant un permis d’alcool, eux, le peuvent.

Selon M. Sergakis, de nombreux établissements ne pourront survivre à ces mesures. 

«Fermer trois heures plus tôt que d’habitude, c’est la mort assurée pour beaucoup de bars! » s’est-il exclamé.      

  • Écoutez l'entrevue du président de l'Union des tenanciers de bars du Québec Peter Sergakis avec Jean-François Baril à QUB Radio:   

 

Malgré ces nouvelles restrictions, le ministre de la Santé a confirmé qu’aucune aide financière ne sera accordée pour venir en aide aux propriétaires de bars.      

  • ÉCOUTEZ l'entrevue d'Éric Lefrançois, porte-parole et co-fondateur de la nouvelle association des bars du Québec, avec Vincent Dessureault à QUB radio:   

Registre des clients

Pour aider les propriétaires à faire respecter ces nouvelles mesures, une plus grande présence policière sera également déployée près des endroits achalandés. Des inspecteurs de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) seront aussi envoyés dans les bars pour vérifier que les règles sont respectées. 

Le gouvernement demande aussi aux tenanciers de tenir un registre afin de contacter rapidement les clients en cas d’éclosion. 

Des clients satisfaits      

Mai-Lee Caya et Elizabeth Dubé sont heureuses de pouvoir profiter des bars et des terrasses, malgré les mesures sanitaires.
Photo Maude Ouellet
Mai-Lee Caya et Elizabeth Dubé sont heureuses de pouvoir profiter des bars et des terrasses, malgré les mesures sanitaires.

De nombreux clients de bars de la grande région de Montréal ont reçu positivement l’annonce du resserrement des mesures sanitaires pour les bars. 

«Je trouve ça raisonnable. Les bars et les terrasses, c’était déjà supposé être cancellé cet été. C’est un bonus qu’on a. Ça ne diminue pas le plaisir du tout, même si ça ferme à minuit», pense Mai-Lee Caya, rencontrée au resto-pub Balthazar dans le quartier DIX30 avec sa copine Elizabeth Dubé.

L’idée de devoir inscrire son nom et son numéro de téléphone dans un registre fait aussi son chemin. 

«Ça ne me dérange pas, même que j’aimerais mieux le savoir s’il y avait une éclosion. Peut-être que les jeunes pensent moins à ça, mais ma mère est plus âgée. Elle peut mourir de ça», lance Daniel Bujold, croisé sur la terrasse du Restaurant ZIBO! dans le quartier DIX30. 

Jeno Kenderessy, client habituel du Petit 26 sur la rue Jarry, à Montréal, abonde dans le même sens. «Donner mon numéro de téléphone ou mon nom? Aucun problème! » lance-t-il.

Sur une dizaine de personnes interrogées, toutes étaient d’accord avec la mesure du gouvernement de fermer plus tôt afin d’éviter les débordements.

– Maude Ouellet, Journal de Montréal et Guillaume Cyr, Agence QMI 

La fin des boÎtes de nuit?      

La fermeture des bars à minuit ainsi que l’interdiction de danser est une catastrophe pour des discothèques. Émilie Amyot, propriétaire du Ping Pong Club et de la boîte de nuit Mme Lee sur Ontario, n’ouvrira pas le Mme Lee. 

«Tu vas dans un club pour danser, être collés et debout », indique-t-elle, en mentionnant le manque de mobilier pour asseoir tout le monde. Ces mesures causeront probablement un changement de vocation du Mme Lee. 

«On ne peut pas distancer le monde. On ne peut pas faire danser le monde, on n’a pas de places assises et en plus, on ferme à minuit. Tous les clubs ne pourront pas rouvrir», dit-elle en pensant à l’avenir réservé aux boîtes de nuit.

Même son de cloche pour Peter Sergakis, propriétaire de plusieurs établissements et président de l’Union des tenanciers de bars du Québec.

«On a quatre discothèques au Sky et notre clientèle, elle rentre à minuit! On ouvre à 22h et nos clients arrivent à minuit pile. J’ai 10 clients jusqu’à minuit, c’est après que ça rentre. Mais là, on peut plus ouvrir après minuit! Alors on fait quoi? C’est sûr qu’il y a beaucoup d’établissements qui vont mourir!» s’insurge-t-il. 

– Alex Proteau, Agence QMI et Clara Loiseau, Journal de Montréal

Besoin d’une dose d’amour      

Le copropriétaire de La P’tite grenouille et du Pool Bar L’infidèle à Trois-Rivières, Alexandre Brouillette.
Photo collaboration spéciale, Amélie St-Yves
Le copropriétaire de La P’tite grenouille et du Pool Bar L’infidèle à Trois-Rivières, Alexandre Brouillette.

Un copropriétaire de deux bars de Trois-Rivières, âgé de 30 ans et père deux fois, commence à craindre pour l’avenir de ses entreprises.

Alexandre Brouillette, copropriétaire de la P’tite grenouille et du Pool Bar L’infidèle, a accueilli les mesures annoncées par le gouvernement comme une douche froide, par-dessus une période déjà difficile.

«Ça fait 4 ans que je travaille très fort dans mes établissements pour les rentabiliser, et là, je vois mon entreprise s’écrouler tranquillement à cause des autres qui ne respectent pas les règles. C’est difficile», dit-il.

Normalement, les clients commencent à arriver vers 23h, et le plus gros de ses ventes sont entre 23h30 et 2h du matin. Tout ce qu’il peut souhaiter, c’est que les gens se présentent plus tôt.

«Une dose d’amour, c’est tout ce qui peut nous sauver. Si le monde ne se présente pas, ça va finir par fermer», dit-il. 

– Amélie St-Yves, collaboration spéciale

« Nous allons respecter les règles »  

Le gérant de la brasserie artisanale La Korrigane, Frédéric Boudreau.
Photo Simon Clark
Le gérant de la brasserie artisanale La Korrigane, Frédéric Boudreau.

À peine rouverts depuis deux semaines, certains établissements n’ont pas eu le temps de profiter de quelques bonnes soirées estivales avant d’être à nouveau contraints par le gouvernement. C’est le cas à la brasserie artisanale La Korrigane, sur la rue Saint-Joseph, à Québec.

L’été passe vite et la saison des terrasses ne dure pas longtemps. Malgré la déception, le copropriétaire Guillaume Carpentier n’a pas l’intention de désobéir aux nouvelles directives, au contraire. 

« Nous avons respecté les règles pour la réouverture et nous allons respecter les nouvelles mesures. Il faut comprendre aussi qu’on a été les premiers à fermer, les derniers à rouvrir et les premiers à se faire restreindre encore », a-t-il expliqué, conscient des énormes difficultés de l’industrie. 

Selon le tenancier, il faudra la collaboration de tous, clients et policiers inclus, pour éviter des problèmes de gestion en fin de soirée.

– Jean-François Racine

Comme à l’hôpital      

Le propriétaire du bar Le Campus à Rimouski, Luc Pichette, aurait préféré que le gouvernement sévisse contre les bars récalcitrants plutôt que d’imposer les mêmes mesures à tout le monde.

Il trouve dommage de payer pour les autres, tandis que son bar d’une capacité de 160 places se limite déjà à 50 clients, qu’il respecte toutes les règles, et qu’il n’y a eu que quelques dizaines de cas de COVID-19 dans tout le Bas-Saint-Laurent.

Au moins, il n’a pas de difficultés à gérer ses habitués et continuera de respecter les règles. Il est également prêt à tenir un registre.

«Là, tu rentres et il y a plein de pancartes. On dirait quasiment que tu rentres plus dans un hôpital quand dans un bar. Mais au moins, les gens comprennent», dit-il.

– Amélie St-Yves, collaboration spéciale

Infantilisant      

La propriétaire du Liverpool de Sherbrooke, Annie Faucher, déplore l’attitude de la santé publique envers les bars.

«Je trouve qu’on infantilise les tenanciers au lieu de les responsabiliser et on étend ça à tous les tenanciers. C’est sûr qu’on est tristes. C’est déjà difficile et on se débat comme des diables dans l’eau bénite», mentionne-t-elle.

Elle affirme qu’elle gardera le sourire, mais a l’impression que le gouvernement n’est pas toujours clair. À 15h jeudi, elle attendait toujours de savoir ce qui devrait être inscrit dans le registre de clients.

– Amélie St-Yves, collaboration spéciale

 

Ce qu’ils ont dit  

Gaétan Dion, barman depuis 21 ans à la Taverne Jos Dion, à Québec, est déçu de la fermeture à minuit, imposée par le gouvernement.
Photo Simon Clark
Gaétan Dion, barman depuis 21 ans à la Taverne Jos Dion, à Québec, est déçu de la fermeture à minuit, imposée par le gouvernement.

« On n’est pas contents. On a été fermés pendant trois mois, et c’est un autre coup d’épée dans le dos. » — Gaétan Dion, barman à la taverne Jos Dion


Mathieu Castilloux
Photo Didier Debusschère
Mathieu Castilloux

« Tout le monde va payer pour quelques individus. Au Lac-Saint-Jean, à Baie-Comeau ou en Gaspésie. Au Costco, au Canadian Tire ou dans les épiceries, la distanciation n’est pas mieux. On se fait attaquer de plein fouet. C’est une journée noire et triste. » — Mathieu Castilloux, copropriétaire de la Taverne Jos Dion


Richard Poulin
Photo courtoisie
Richard Poulin

« Il n’y a rien de drôle. Les bars et la boxe, je ne sais pas s’ils mettent tout ça ensemble en pensant qu’on est tous des bandits. J’avais un bar qui marchait fort, et là, j’ai une dizaine de clients. Je ne prends plus de salaire et je fais du déménagement. La zone rouge est à Montréal. Pourquoi sommes-nous punis à Québec et ailleurs ? » — Richard Poulin, propriétaire du Bar Sport Vegas


Simon Dunn
Photo Agence QMI, Dominick Gravel
Simon Dunn

« Ils ont bien joué leur carte. Ils ont fait planer le doute comme quoi ils allaient nous fermer complètement. En nous disant : “vous fermez à minuit”, c’est mieux que fermer complètement. Mais pour certains endroits, fermer à minuit, ça veut dire fermer complètement. » — Simon Dunn, propriétaire du bar La Drinkerie Ste-Cunégonde, situé sur la rue Notre-Dame à Montréal.

APPEL À TOUS

Vous avez vaincu la COVID-19? Le Journal est à la recherche de personnes guéries du coronavirus et qui aimeraient témoigner.

Écrivez-nous à scoop@quebecormedia.com