/entertainment/stage
Navigation

Béatrice Picard: la retraite peut attendre!

Béatrice Picard: la retraite peut attendre!
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Toute coquette, passionnée et passionnante, Béatrice Picard était heureuse de nous accorder un entretien et de se prêter à une séance photo à l’occasion de son 91e anniversaire, qu’elle fête le 3 juillet. La grande actrice, qui devra faire une pause de théâtre en raison du report de la pièce dans laquelle elle devait jouer cet été, n’envisage pas du tout de prendre sa retraite et compte bien rester active! 

Madame Picard, vous êtes toujours aussi dynamique. Quel est votre secret?

Je pense que c’est parce que je n’ai jamais arrêté. À l’époque, nos enfants, on ne les envoyait pas dans une garderie à six mois. Alors, quand je travaillais, quelqu’un venait m’aider à la maison. Il fallait prouver qu’on était capables de tout faire — être bonne hôtesse, savoir cuisiner, tout nettoyer dans la maison — pour pouvoir faire ce métier-là en plus. Vous savez ce que j’entendais le plus souvent? «Ces pauvres enfants!» Je répondais: «Madame, moi, au lieu de la quantité, je donne de la qualité.» Quand les femmes commençaient à travailler un peu, elles occupaient des postes de secrétaires, entre autres, jusqu’au mariage. Et si elles continuaient après, c’était sporadiquement.

Et vous n’étiez pas mariée à l’époque. Cela devait faire scandale.

Nous avons fait ça d’une façon assez discrète. J’ai parlé de mon fiancé longtemps, puis les petits sont arrivés, et on me disait: «Ah! Je ne savais pas que vous étiez mariés!» Moi, je riais, je ne disais rien, et tout le monde pensait que nous l’étions.

Cette situation était-elle bien vue dans votre famille?

Ça a pris beaucoup de temps avant que mes parents l’acceptent. Ils m’ont dit que s’il y avait quelque chose, c’est moi qui en subirais les conséquences. «Et si tu es mal prise, on sera là.» Moi, je faisais ma vie. Jacques avait deux enfants, et au début, ils étaient avec nous, alors je me suis retrouvée avec quatre enfants tout à coup! Mais c’était correct.

Dans votre cas, rappelons que vous avez dit oui à l’âge de 75 ans!

Oui, je me suis mariée pour vrai («avec le journaliste André Trudelle, en 2004»)! Ça garde jeune, en fait. André et moi, on jouait au bridge, puis on s’est fréquentés durant un an. On a fait rencontrer les deux familles pour annoncer nos fiançailles, puis l’année suivante, on s’est mariés. On a fait ça comme dans l’ancien temps. Il est malheureusement décédé, ça fera 10 ans en septembre.

Envisageriez-vous de vous remarier?

On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je ne vis pas en fonction de cela. La solitude ne m’effraie pas. Au contraire, je la recherche parfois parce que je suis très occupée, et pas juste par le travail. J’aime aussi, en temps normal, aller à l’opéra, au théâtre, à des concerts. J’ai aussi beaucoup d’amis avec qui j’ai des projets, parce que je pense que ça en prend pour se garder en forme. Je devais être au Théâtre de Rougemont cet été et j’avais autre chose qui devait suivre. J’aurai donc 92 ans quand je jouerai l’été prochain! J’ai toujours blagué en disant que j’allais jouer sur scène à l’âge de 100 ans. Ça va peut-être finir par arriver!

Et pourquoi pas?

C’est sûr que j’ai toujours le feu sacré, mais, si ça devenait un petit peu pénible, une corvée, je crois que je m’arrêterais.

Vous êtes en bonne santé. Vous arrive-t-il de penser à la mort?

Je ne crois plus, comme lorsqu’on était jeune, au ciel et à l’enfer. Mais il y a peut-être quelque chose de plus éthérique qui peut vivre. On émet des ondes, alors pourquoi ces ondes-là ne retrouveraient-elles pas d’autres ondes avec lesquelles j’ai eu des contacts? Je ne sais pas, ce n’est peut-être pas ça du tout. Surtout, je ne voudrais pas devenir impotente. J’ai toujours été si active toute ma vie, je crois que je ne supporterais pas ça, alors je prends les moyens pour rester active. Je marche le matin, durant environ 30 minutes, depuis que j’ai le droit de sortir de la résidence où j’habite. L’un de mes fils m’a dit un jour qu’il fallait que je prenne le temps de me reposer un peu: «Tu es rendue une pièce de collection, maintenant, il faut que tu en prennes soin!»

Vous avez aussi toujours beaucoup voyagé.

Oui. J’avais toujours rêvé de voir le Machu Picchu, et il y a quatre ans, je me suis entraînée à aller grimper des montagnes. Jeune, j’avais quand même fait beaucoup de trekking. Finalement, ç’a été annulé parce qu’il n’y avait pas assez de monde, alors j’ai décidé de partir au Japon à la place. On était en avril. C’était merveilleux de voir les cerisiers en fleurs! Mais là, je vais me calmer un peu le pompon. Ç’a été mon dernier beau grand voyage, mais, avec André, on partait chaque année. On est allés entre autres au Maroc, au Portugal et en Grèce.

Votre carrière s’échelonne sur 70 ans. De quoi êtes-vous le plus fière?

C’est d’avoir duré. J’ai réussi à vaincre le trac en me préparant bien, en me disant que je savais ce que je devais faire. J’ai toujours été perfectionniste. Le père de mes enfants me demandait toujours: «Pourquoi acceptes-tu tout ce qui passe?» Et je lui disais que si j’attendais que le beau rôle se présente, je n’aurais pas joué durant ce temps-là! Il faut que chaque petite chose qu’on fait nous fasse avancer. Je n’ai jamais dit non à un rôle. Et si je sentais que je piétinais, j’allais, par exemple, suivre des cours de danse pour me stimuler. Récemment, j’ai eu un peu de mal avec mes mains, alors, j’ai décidé de suivre des cours de piano. Un jour, j’ai joué dans un télé-théâtre. Une comédienne m’avait dit avoir refusé le rôle parce qu’elle ne le trouvait pas intéressant. Je lui avais répondu: «C’est parce que moi, je vais le rendre intéressant...»

Et côté famille, vous serez à nouveau arrière-grand-maman bientôt, n’est-ce pas?

J’ai six arrière-petits-enfants, et une septième qui s’en vient, qui s’appellera Charlotte. Je suis tellement contente, parce que c’était une panoplie de garçons, je n’avais qu’une arrière-petite-fille!

 

  • Béatrice Picard jouera dans la pièce Huit femmes, dont les représentations au Théâtre de Rougemont ont été reportées en 2021. Marraine des Petits Frères depuis 2007, elle nous invite à prendre soin de nos aînés (petitsfreres.ca).