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Insectes au menu

CASA 0711 Fleurs et potager
Photo collaboration spéciale, Albert Mondor

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En ce qui concerne la nourriture qu’ils consomment, de plus en plus de gens ont des préoccupations environnementales et souhaitent notamment un traitement plus juste des animaux.

Ainsi, on estime qu’environ un tiers des Nord-Américains évitent de manger de la viande au moins une journée par semaine. De plus, un sondage effectué en 2015 rapporte que 56 % des Français déclarent manger moins de viande que par les années passées contre seulement 3 % qui ont augmenté leur consommation.

Pratiquée par environ deux milliards d’êtres humains, la consommation d’insectes est perçue par de nombreuses personnes comme une solution de remplacement écologique à l’alimentation à base de viande rouge. Déjà répandue dans les cultures traditionnelles de plusieurs régions d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, l’entomophagie – un terme qui signifie consommation d’insectes – commence à susciter un certain intérêt en Europe et en Amérique du Nord.

C’est dans cet esprit que sont nées récemment diverses entreprises spécialisées dans l’élevage d’insectes pour la consommation humaine. Fondée en 2019 par Louise Héneault-Éthier et Didier Marquis, TriCycle est l’une de ces entreprises pionnières vouées à l’élevage d’insectes. Les principaux insectes faisant présentement l’objet d’un élevage industriel par les entreprises en démarrage sont les criquets, les grillons, les mouches soldats noirs ainsi que les ténébrions (aussi appelés vers de farine), cette dernière espèce étant celle qui est principalement élevée chez TriCycle.

Louise Héneault-Éthier et Didier Marquis, fondateurs de la ferme d’élevage d’insectes TriCycle.
Photo collaboration spéciale, Albert Mondor
Louise Héneault-Éthier et Didier Marquis, fondateurs de la ferme d’élevage d’insectes TriCycle.

Élevage écologique

La production d’insectes est particulièrement écologique si on la compare à l’élevage bovin typique. À ce titre, la production d’un kilo de bœuf exige 30 à 40 kilos de grains et de fourrage, tandis qu’un kilo d’insectes exige un apport de 1 à 5 kg de plantes seulement. De plus, la majorité des substances végétales – 94 % – offertes aux insectes élevés chez TriCycle proviennent d’un rayon de 5 km de la ferme qui est située près du Marché central à Montréal. Drêches de brasseries de bière, résidus de boulangeries et pulpe de fruits provenant de la fabrication de jus constituent la majeure partie du menu des insectes élevés dans cette ferme. 

Bouffe à profusion

La ferme TriCycle produit chaque année 60 millions d’insectes sur une superficie d’à peine 60 mètres carrés ! Les ténébrions sont élevés dans des bacs, eux-mêmes disposés sur des étagères. Les insectes sont nourris et déplacés régulièrement selon leur stade de développement.

Les ténébrions figurent parmi les insectes comestibles les plus faciles à élever.
Photo collaboration spéciale, Albert Mondor
Les ténébrions figurent parmi les insectes comestibles les plus faciles à élever.

Deux produits sont offerts par TriCycle, soit les insectes entiers et la poudre d’insectes. La poudre peut être utilisée pour la confection de barres protéinées, de boulettes de burger, de pain et de pâtes. Diverses recettes à base d’insectes ont aussi été développées par l’entreprise en collaboration avec l’ITHQ et certains chefs réputés comme Bob le Chef, dont de la tapenade, du pâté chinois, du pâté
jamaïcain et des dumplings !

Engrais

Les insectes élevés par la ferme TriCycle sont commercialisés sous formes de ténébrions entiers et de la poudre de ténébrions.
Photo collaboration spéciale, Albert Mondor
Les insectes élevés par la ferme TriCycle sont commercialisés sous formes de ténébrions entiers et de la poudre de ténébrions.

En plus de produire une quantité impressionnante d’insectes, la ferme Tri-Cycle génère aussi du frass. Cette substance au nom étrange est en fait constituée du fumier et des mues des insectes. Les insectes passent par divers stades de croissance qui impliquent un changement de leur squelette externe. Ces exosquelettes, aussi appelés mues, se retrouvent donc mélangés au fumier. 

Le frass est un engrais peu odorant qui prend l’aspect d’une farine de couleur beige. Il contient environ 3 % d’azote, 4 % de phosphore et 2 % de potassium. De plus, on retrouve dans cet engrais une quantité importante de chitine, une substance qui stimule la vie microbienne du sol et améliore l’enracinement, la croissance ainsi que le développement des végétaux. Certaines études scientifiques ont également démontré que la chitine améliore la résistance des plantes à la sécheresse. 

CASA 0711 Fleurs et potager
Photo collaboration spéciale, Albert Mondor

Principaux avantages de l’élevage des insectes comestibles

  • L’élevage d’insectes peut se faire à partir des déchets organiques et permet donc le recyclage de ceux-ci, évitant leur enfouissement.
  • L’élevage des insectes utilise moins d’eau et produit moins de gaz à effet de serre que celui du bétail.
  • Les insectes se reproduisent rapidement et peuvent être élevés sur de petites surfaces.
  • Les insectes constituent une ressource alimentaire saine et nourrissante, riche en matières grasses, protéines, vitamines, fibres et minéraux. 

L’élevage des insectes comestibles à travers le monde

En divers endroits en Amérique du Nord et en Europe, on assiste à la naissance d’une industrie pratiquant l’élevage d’insectes. Les jeunes entrepreneurs qui se lancent dans l’élevage d’insectes sont remplis d’enthousiasme, de projets et d’idées pour accroître la production et la consommation de ces nouvelles sources de protéines.

En France, une entreprise a réalisé une collecte de fonds record de 110 millions d’euros pour financer la plus grande usine mondiale de production d’insectes à Poulainville, dans les Hauts-de-France.

Entomo Farms, une importante entreprise de l’Ontario qui élève uniquement des grillons avec l’appui de certains gros joueurs de l’industrie alimentaire, dont Maple Leaf qui est devenu un des actionnaires en 2018 et Loblaws qui commercialise les produits. Leur plus gros marché, pour l’instant, se situe au Québec. 

Au Québec, on compte maintenant près d’une quarantaine d’entreprises qui élèvent des insectes comestibles. Une association des éleveurs et transformateurs d’insectes a également vu le jour récemment au Québec.