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Joe Biden et le discours du roi

Joe Biden et le discours du roi
AFP

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Tout comme moi, vous avez peut-être apprécié le film Le discours du roi, sorti en 2010. Après l’abdication de son frère aîné Édouard VIII, le prince Albert monte sur le trône sous le nom de George VI. Le nouveau roi vit avec un grave problème de bégaiement. Le film nous raconte les efforts déployés pour surmonter ses troubles d’élocution et livrer une allocution à des millions d’auditeurs au moment du déclenchement de la Deuxième Guerre.

Pourquoi rappeler cette histoire aujourd’hui? Parce qu’il semble que Joe Biden ait été profondément ému par ce récit. Cette confidence de Jill Biden, l’épouse du candidat démocrate, est une des nombreuses révélations tirées d’une entrevue accordée par l’ancien vice-président à un journaliste de The Atlantic.

  • Écoutez l'entrevue de Luc Laliberté avec Jean-François Baril à QUB Radio:

Depuis qu’il a annoncé officiellement sa candidature, l’état de santé physique et mentale de Biden est régulièrement soulevé. Ce fut le cas lors des débats entre candidats démocrates, et l’équipe de Donald Trump revient régulièrement à la charge sur cette question. S’il est clair qu’à 77 ans, il n’affiche plus la même énergie et la même forme physique que pendant ses deux mandats à la vice-présidence, doit-on forcément conclure que ses facultés intellectuelles sont pour autant affectées?

Par le passé, Joe Biden a rarement abordé la question de son bégaiement. Après avoir refusé d’accorder des entrevues poussées sur le sujet, voilà qu’il donne soudainement son accord à The Atlantic. Le journaliste qui a mené la discussion est lui-même bègue et il ne cache pas qu’il souhaite entendre le candidat reconnaître ouvertement qu’il éprouve toujours des problèmes d’élocution, ne serait-ce que pour contribuer à faire tomber des préjugés.

Vous connaissez sans doute la réputation de gaffeur de Biden. Depuis toujours, il lui arrive de se tromper ou de déformer des mots ou des phrases. Il n’est pas impossible qu’une bonne part de ces bourdes soit attribuable aux efforts constants qu’il déploie pour contrôler son bégaiement. 

Tous les témoignages présentés dans l’article confirment qu’il a toujours été bègue. Sujet de bien des railleries à l’école secondaire et au collège, il a pu composer avec la situation en compensant par son humour et ses prouesses athlétiques. Plutôt que de se confier ou de chercher de l’aide, il est parvenu à développer un certain nombre de trucs pour contrôler son bégaiement, assumant ensuite pleinement sa réputation de gaffeur.

Si le récit des difficultés du jeune Biden laisse difficilement insensible et qu’on ne peut que se réjouir de l’entendre lancer un message d’espoir à beaucoup de jeunes Américains, le moment choisi pour l’entrevue fait sourciller. À 77 ans, en pleine campagne présidentielle et confronté à des attaques sur ses facultés cognitives, il consent enfin à lever le voile...

Le message est positif et noble, mais personne n’est dupe. À la fin de l’entrevue, on reste avec cette désagréable sensation de récupération politique. On souhaite rassurer et calmer les attaques en attribuant les hésitations et les oublis du candidat à son seul bégaiement. 

L’élection 2020 revêt un caractère particulier pour bien des raisons, mais il est rare qu’on s’interroge aussi ouvertement sur l’acuité intellectuelle des deux candidats. Je ne sais pas si les électeurs seront rassurés ou convaincus par les confidences de Biden, mais attendez-vous à ce que ses adversaires reviennent à la charge. Peu importe le motif, le candidat démocrate a inquiété des alliés et des proches. Si, pour l’instant, il peut se permettre de demeurer discret, les mois de septembre et octobre constitueront de sérieux tests.