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J'offre à Maripier Morin de poursuivre Safia Nolin en diffamation

J'offre à Maripier Morin de poursuivre Safia Nolin en diffamation
Photo d'archives, AGENCE QMI

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D’entrée de jeu, je tiens à préciser que je suis provictime et en faveur des dénonciations d’agressions sexuelles et d’inconduites sexuelles. De plus, je n’aime pas penser que des présumés agresseurs se servent de poursuites en diffamation pour faire taire les victimes, mais il y a des limites! Cependant, la manière dont les dénonciations ont été faites, ces derniers jours, et les vies brisées sans que les accusés puissent bénéficier de la présomption d’innocence me révoltent.

Est-ce que c’est vrai ou pas? Ce n’est pas la question dont je veux traiter ici, mais bien la manière avec laquelle c’est fait. Quand une personne subit une agression ou du harcèlement qui peut être d’ordre criminel, elle doit déposer une plainte le plus rapidement possible à la police pour qu’il y ait une enquête et que le procureur de la Couronne dépose des accusations si les allégations sont fondées. Cette enquête est confidentielle pour éviter de faire des procès sur la place publique avant même qu’il y ait des accusations formelles. Des gens se sont battus depuis longtemps pour éviter des injustices qui ont détruit des vies et pour mettre en place un système qui prévoit des droits fondamentaux, qui est la présomption d’innocence et le droit à une défense pleine et entière. 

Pour ce qui est des comportements déplacés qui ne sont pas d’ordre criminel, qui peuvent être sous forme de harcèlement psychologique (incluant le harcèlement sexuel), et qu’on a souvent vus en milieu de travail, il y a une façon de faire et on doit déposer une plainte aux personnes en autorité pour que les allégations soient vérifiées et que des sanctions soient portées. 

  • Écoutez l'entrevue de François-David Bernier avec Jean-François Baril à QUB Radio:

Si on est dans un bar et qu’on a une conversation privée avec quelqu’un qu’on trouve déplacé ou alors que les propos de cette personne nous affectent, on ne peut pas seulement débarquer sur les médias sociaux et rapporter les propos de cette personne, sachant très bien que ces écrits détruiront sa vie. On tente au moins de lui parler, lui demander de s’excuser en privé ou par la voie d’une mise en demeure confidentielle. Lorsque c’est fait de la manière dont Safia Nolin l’a fait dans le cas de Maripier Morin, ça pourrait être, ça, de la DIFFAMATION. 

Voici ce que c’est, la diffamation, qui constitue une limite au droit à la liberté d’expression: «une atteinte, par des propos verbaux ou écrits, au droit à l’honneur et à la réputation que possède toute personne.» 

Et elle se manifeste de trois manières, établies dans le jugement de la Cour Suprême Prud’homme c. Prud’homme

«La première survient lorsqu’une personne prononce des propos désagréables à l’égard d’un tiers tout en les sachant faux. De tels propos ne peuvent être tenus que par méchanceté, avec l’intention de nuire à autrui. La seconde situation se produit lorsqu’une personne diffuse des choses désagréables sur autrui alors qu’elle devrait les savoir fausses. [...] Enfin, le troisième cas, souvent oublié, est celui de la personne médisante qui tient, sans justes motifs, des propos défavorables, mais véridiques, à l’égard d’un tiers.» 

En vertu de l’extrait ci-haut, retenez que même si des propos pourraient être véridiques, s’ils sont tenus par une personne «médisante», ce qui veut dire «méchante», et sans justes motifs, cela peut constituer de la diffamation. Je crois que c’est terrible la manière dont Safia Nolin a agi en sachant très bien que son geste allait détruire la vie de Maripier Morin, quand il y avait beaucoup d’autres façons de faire pour régler la situation. 

Il y a quelques siècles, on brûlait vives des personnes sur le bûcher public sans procès. Maintenant, on brûle la dignité d’une personne sur le bûcher des médias sociaux. La dignité d’une personne est fondamentale dans sa vie. On ne parle pas de gestes de violence physique contre une personne, mais le geste est d’autant plus violent considérant les conséquences et le dommage démesurés que la personne visée vivra. 

En somme, bien que j’aie souvent aidé des victimes, dans ma carrière, et que je sois contre toute forme de violence ou de harcèlement commise sur une personne, je considère que la manière dont les dénonciations ont été faites, depuis les derniers jours, est une dérive totale de notre système. 

Oui, je serais prêt à prendre la cause de Maripier Morin et à la porter jusqu'en Cour suprême, même si je ne cautionne pas la manière dont elle aurait agi cette soirée-là. Il y avait d’autres avenues pour régler la situation et la peine infligée à Maripier Morin est démesurée par rapport au geste qu’elle aurait commis.