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#MeToo: la parole se déconfine

ARTS-TAPIS ROUGE ADISQ
Photo d'Archives, Agence QMI Safia Nolin a utilisé le call-out pour dénoncer les agissements de Maripier Morin à son endroit. Cette dernière a ensuite présenté ses excuses à la chanteuse sur Instagram.

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Depuis peu, nous assistons à une deuxième vague du mouvement #MeToo sur les médias sociaux. Ce maelström de dénonciations, qui a d’abord touché le milieu du web et des tatoueurs québécois, s’est par la suite étendu à d’autres sphères, dont celle des arts et spectacles.

Ce qui distingue cette deuxième vague de la première, c’est qu’en 2017, les victimes se sont majoritairement contentées de raconter les histoires d’abus. C’était une espèce de coming out collectif : #MoiAussi j’ai été victime d’abus.

Aujourd’hui, on nomme les présumés agresseurs par leur nom. Même que des listes où figurent des personnes qui auraient eu des comportements problématiques et/ou criminels circulent allègrement sur les médias sociaux. Et plus les jours passent, plus ces listes s’allongent.

Call-out

Mais ce procédé, qu’on appelle « call-out », ne fait pas l’unanimité. On craint des dérapages et une possible chasse aux sorcières. On brandit le spectre des fausses accusations.

Il y a une différence entre être un trou de cul et un agresseur. Une différence énorme, j’en conviens. N’empêche, il y a des comportements toxiques, inacceptables et dommageables qui ne sont pas criminels au sens de la loi, mais qui doivent cesser, car ils causent du tort aux victimes.

Je veux être claire, je crois fermement en la présomption d’innocence, mais force est d’admettre que si tout ça se déroule en ce moment, c’est que plusieurs présumées victimes ont l’impression qu’elles ne seront pas prises au sérieux par la justice.

Le call-out leur permet donc de se sentir moins seules, de se regrouper pour éventuellement dénoncer et faire face à l’appareil judiciaire.

Je souligne au passage que ce procédé a permis, dans certains cas, d’épingler des présumés agresseurs. Je pense entre autres à Éric Salvail ou à Gilbert Rozon, qui font présentement face à la justice.

Culture du silence

En ce qui concerne les fausses accusations, il faut savoir qu’elles ne concernent que 2 à 4 % des plaintes. C’est la même proportion que l’ensemble des crimes d’autre nature. Ça fait que lâchez-moi avec ça.

La vérité, c’est qu’il y a rarement de la fumée sans feu. Quand 26 femmes se plaignent des agissements d’une personne, c’est habituellement parce que cette personne a des comportements problématiques.

Je ne sais pas ce qui va réellement ressortir de ce prolongement du mouvement #MeToo, mais j’ose croire que ce sera la fin de la culture du silence qui règne dans beaucoup de milieux.

Parce que je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas été surprise par ces dénonciations. Ces noms-là, on se les chuchote à l’oreille depuis des années. Sauf que ces personnes sont rarement inquiétées et continuent de travailler pendant que les présumées victimes, elles, ravalent leur détresse.

Le phénomène auquel on assiste en ce moment est la conséquence de ce ras-le-bol collectif et des failles de notre système judiciaire. Quand le chaudron est trop plein, il déborde.