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Nikki Yanofsky se propulse au-delà de ses racines

Nikki Yanofsky se propulse au-delà de ses racines
Joël Lemay / Agence QMI

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Nikki Yanofsky est tellement plus que la protégée de Quincy Jones ou que cette préado virtuose qui a fait ses dents au Festival de jazz de Montréal à 12 ans. Sur Turn Down The Sound, la Montréalaise explore et surprend. Cet album lancé vendredi s’impose comme son effort le plus funky à ce jour.

Elle s’est produite au Carnegie Hall et à l’Olympia de Paris avant d’avoir atteint sa majorité, en plus de gravir le sommet du palmarès Canadian 100 avec son hymne olympique I Believe pour les Jeux olympiques de Vancouver. De toutes les chanteuses de sa génération, Nikki Yanofsky est sans doute celle à qui on a prédit la plus grande carrière.

Nikki Yanofsky se propulse au-delà de ses racines
Joël Lemay / Agence QMI

Le titre Forget, la plage 4 de sa plus récente offrande, témoigne toutefois des aléas d’un parcours en dents de scie. La musicienne s’adresse directement à ceux qui ont douté d’elle, à ceux qui lui ont fermé des portes au nez.

Mais les principaux intéressés ont-ils compris le message? «Définitivement. C’est intéressant parce que je pense que l’industrie de la musique est comme un oxymore. Ça implique deux parties différentes de ton cerveau», répond la chanteuse.

Nikki Yanofsky se propulse au-delà de ses racines
Joël Lemay / Agence QMI

«Tu crées quelque chose d’original et on te répond qu’on ne sait pas comment mettre ça en marché. Des gens m’ont dit que je devrais me limiter au jazz, d’autres à la pop... On n’a pas toujours su quoi faire avec moi et, dans le passé, j’ai trouvé ça très frustrant.»

Plutôt que de choisir entre ces deux options, Nikki Yanofsky a mis le cap là où les gérants d’estrade ne l’attendaient pas. Elle a atterri en territoire funk et R&B sur Turn Down The Sound.

«Quincy Jones, qui est l’un de mes mentors, m’a appris à décatégoriser la musique. Il m’a toujours dit de faire fi des genres et d’écrire des chansons qui s’agencent bien à mon registre», confie l’artiste.

«Il m’a aussi suggéré d’aller vers le funk parce que j’avais une voix pour ça. J’ai suivi son conseil et j’ai commencé à explorer ces sons-là.»

Après avoir été qualifiée d’extraterrestre toute son adolescence durant, portée par ce goût du jazz longtemps jugé anachronique, c’est comme si Nikki Yanofsky était enfin en phase avec son époque. Après tout, des gars comme Kendrick Lamar ou Les Louanges incorporent des effluves de la note bleue à leurs arrangements en s’attirant des éloges...

«Je veux vraiment m’inscrire dans la même démarche que Kali Uchis, Jorja Smith et Joy Crookes, ces musiciennes actuelles qui créent des ponts entre les styles.»

«En ce moment, il y a toute cette gang de dames incroyables qui ramènent cette “vibe” soul. Ces sonorités-là reviennent à la mode et j’avais tellement hâte que ça arrive. C’est le genre de musique que j’ai toujours aimé, que j’ai toujours fait!»

Comme si, finalement, l’heure de Nikki Yanofsky venait enfin de sonner.

Auteure de sa propre histoire 

Nikki Yanofsky donne le ton dès les premières notes de Loner, l’introduction à ce disque tout en contrastes. Un opus qui tranche avec le reste de son répertoire et avec cette image de fille pétillante et imperturbable qu’elle cultivait.

«Quand j’écris seule, je me sens plus confortable à l’idée de me montrer vulnérable. J’ai écrit Black Sheep et I Owe It All To You moi-même et ce sont les paroles les plus personnelles de ce disque.»

«En même temps, il y a quelque chose de super dans le fait de collaborer avec d’autres. C’est une belle façon d’entrer en relation.»

Vaincre le deuil par le rythme

De ses séances de coécriture est née une étonnante amitié intergénérationnelle avec Rod Temperton, le créateur derrière Thriller de Michael Jackson et Give Me The Night de George Benson.

Nikki lui dédie par ailleurs Nerve, la piste 5 enrobée de riffs de guitare frénétiques façon Prince. Une forte dose de joie et de groove qui tranche loin du contexte de sa création.

«J’ai écrit cette chanson après la mort de Rod. Quand il est décédé, j’ai vraiment voulu lui rendre hommage, mais c’était super dur, pour moi, parce que je n’avais pas l’impression de lui rendre justice. Puis, j’ai réalisé qu’il ne fallait pas que ce soit une balade triste», dit la Montréalaise.

«Rod adorait la musique funky qui donne envie de se lever pour danser. Je pense que c’est ce qu’il aurait voulu. Côté paroles, ça parle d’un gars qui n’accorde pas d’importance à ce que les autres pensent de lui, qui vit sa vie en ses propres termes. Il était exactement comme ça et c’était un de mes meilleurs amis.»