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Dénonciation sur le web: «L’opinion populaire s’emballe très, très, très rapidement»

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La vague de dénonciations d’abus, de harcèlement et de violences sexuelles sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Instagram, fait réagir la criminaliste Danielle Roy, qui s’attriste de voir les gens ne plus faire confiance au système judiciaire.

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«On a décidé qu’on vivait dans un pays démocratique et, pour vivre en démocratie, on s’est donné des règles de droit. C’est important que ces règles soient respectées. On ne veut pas vivre dans une société où les gens se font justice eux-mêmes», a expliqué Me Roy en entrevue sur les ondes de LCN.

Les faits doivent être présentés devant un tribunal et jugés par un magistrat pour confirmer la culpabilité d’un individu. «Il faut tester la preuve.»

«Ce qui se passe en ce moment, c’est des dénonciations sur la place publique. Les gens sont descendus en flammes alors que les moyens de se défendre sont peu ou pas probables. On peut toujours répondre, mais on ne peut pas contre-interroger. L’opinion populaire s’emballe très, très, très rapidement», a-t-elle poursuivi.

Processus difficile

Plusieurs victimes ont choisi de dénoncer sur les réseaux sociaux, car le processus judiciaire a échoué pour plusieurs, ou parce qu’elles ne veulent pas passer à travers d’une telle épreuve.

Me Danielle Roy l’admet sans détour: le processus judiciaire «n’est jamais facile». «Que ce soit pour un témoin, un plaignant ou une victime, le processus n’est pas facile. Cependant, le système a mis beaucoup de moyens en place, dans les dernières années, pour accompagner les plaignantes d’agressions sexuelles. Elles sont bien accompagnées», a-t-elle assuré.

D’autre part, contourner le système de justice ouvre la porte à plusieurs abus. «Ceux qui s’estiment injustement visés, est-ce qu’ils auront le droit de se venger eux aussi? Ça n’a aucun sens!»

Poursuite en diffamation

Me Roy juge que dans certains cas, les auteurs de dénonciations sur le web pourraient être poursuivis en diffamation.

«Ça détruit des réputations, des carrières, des familles. Les tribunaux sont là pour encadrer. Toute forme d’agression sexuelle est malheureuse et doit être dénoncée, mais elles ne sont pas toutes punies de la même façon. On ne punira pas de la même façon une agression sexuelle avec un couteau sous la gorge dans une ruelle qu’une agression où on s’est fait mettre la main sur la cuisse. Pas question de banaliser, mais est-ce que les deux méritent le même sort? Je ne crois pas.»

Elle insiste en disant qu’une grande proportion des dossiers d’agressions sexuelles, une fois portées devant le tribunal, donnent des résultats concluants.