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La persévérance de Daniel Roby

Daniel Roby
Photo courtoisie, Films Séville Le cinéaste Daniel Roby donne des directives à l’acteur Antoine Olivier Pilon sur le plateau de tournage du film Suspect numéro un.

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Le cinéaste québécois Daniel Roby a certainement poussé un soupir de soulagement en dévoilant enfin au public cette semaine son thriller anglophone Suspect numéro un, le premier gros film québécois à prendre l’affiche depuis la réouverture des salles de cinéma. C’est que le réalisateur de Louis Cyr et Funkytown a porté ce projet à bout de bras pendant 13 ans.

Suspect numéro un (Target Number One, en version originale anglaise) s’inspire librement de l’histoire d’Alain Olivier, un ex-toxicomane québécois qui a été condamné à tort en 1991 pour trafic d’héroïne. Olivier, qui a passé plus de huit ans dans une prison thaïlandaise (de 1989 à 1997) a toujours clamé son innocence, prétendant avoir été piégé par une opération de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) qui a mal tourné. 

Dans le film, Daniel Roy relate comment Alain Olivier – rebaptisé Daniel Léger pour des raisons légales et incarné par l’acteur Antoine Olivier Pilon – s’est retrouvé malgré lui au centre de cette opération bâclée, tout en suivant en parallèle l’enquête menée par le journaliste Victor Malarek (joué par Josh Hartnett) qui a fait éclater ce scandale. 

Le cinéaste québécois a commencé à s’intéresser à l’affaire Alain Olivier en 2007 en lisant un article sur le sujet dans un journal. 

« Cette histoire rocambolesque m’a tout de suite interpellé, relate Daniel Roby en entrevue au Journal. Je suis allé lire d’autres articles sur le sujet, dont les reportages de Victor Malarek. J’ai ensuite passé trois mois en cour quand Alain Olivier a poursuivi la GRC et le gouvernement. J’ai accumulé énormément d’informations. Je trouvais que cette histoire me permettait d’aborder la question de la liberté de presse. Si le journalisme d’enquête n’existait pas, Alain Olivier serait mort dans une prison en Thaïlande. »

Patience et détermination

Après une année de travail sur cette histoire, Daniel Roby avait déjà réussi à pondre une première version du scénario. Le projet semblait alors sur les rails mais pour toutes sortes de raisons, le cinéaste a dû patienter encore une dizaine d’années avant de pouvoir tourner le film.

« Quand j’ai commencé à écrire le scénario de Suspect numéro un (jadis intitulé Gut Instinct), je pensais que ce serait mon second long métrage. Mais c’est finalement mon cinquième !, lance-t-il en riant. 

En 2008, Roby a mis le projet de côté pour une première fois pour aller tourner Funkytown, film sur les années du disco à Montréal. Il a ensuite été recruté pour réaliser le drame biographique Louis Cyr, qui a connu un immense succès au box-office en 2013. 

Il y a quelques années, il était enfin prêt à entreprendre le tournage de Suspect numéro un quand un investisseur étranger s’est retiré du projet à la dernière minute. Encore là, Roby a été persévérant et est revenu à la charge avec de nouvelles solutions pour mener ce projet à terme.

« Ç’a été une longue aventure parsemée d’obstacles mais à un moment donné, tout est tombé en place au bon moment. Il fallait juste être patient et ne jamais lâcher le morceau.

« Je pense que finalement, c’est une bonne chose d’avoir réalisé des films comme Funkytown et Louis Cyr avant de m’attaquer au tournage de Suspect numéro un. Ça m’a permis de prendre de l’expérience et de maximiser le budget qu’on avait (environ 7 M$). Mine de rien, c’est mon plus petit budget depuis La peau blanche (son premier long métrage). » 

La distribution du film a aussi beaucoup évolué au fil des années. Le fait de devoir attendre aussi longtemps lui a permis notamment de confier le personnage principal de son film à Antoine Olivier Pilon, qui aurait été trop jeune pour le rôle il y a quelques années. Il a aussi eu un coup de cœur pour l’acteur américain Josh Hartnett (Pearl Harbor) qui prête ses traits au journaliste Victor Malarek. 

« Josh m’a vraiment impressionné, souligne Roby. Dès le départ, il a été très généreux et très investi dans le projet. Il disait que c’était le genre de rôle qui correspondait exactement à ce qu’il cherchait à ce stade de sa carrière. Il s’est d’ailleurs beaucoup amusé avec ce personnage. Je trouve qu’il se passe quelque chose à chaque fois qu’il est à l’écran. »


Le film Suspect numéro un, à l’affiche depuis vendredi.