/opinion/columnists
Navigation

L’envie de se taire

L’envie de se taire
Photos courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

J’avais prévu faire un texte sur la difficulté que ça représente parfois pour un chroniqueur de devoir s’exprimer sur un sujet qui s’impose dans l’actualité, mais sur lequel on n’a pas encore d’opinion.

Je pensais prendre pour exemple l’obligation du port du masque dans les lieux publics. Ma tête n’est vraiment pas faite là-dessus.

Finalement, survient plutôt un autre de ces sujets qui prend tellement de place qu’on a l’impression qu’il va tout absorber. 

Je parle de la nouvelle vague de dénonciations de comportements sexuels inappropriés. Je ne sais vraiment pas quoi en dire, à ce stade-ci.

Le village

Par le passé, lors des moments #agressionsjamaisdénoncées et #moiaussi, j’avais été très vocal sur ces sujets et plus dans le sens de celles et ceux qui pensent qu’il existe bel et bien une culture du viol. C’est encore là où je loge.

Cette fois-ci, toutefois, j’ai juste envie de me taire. J’ai envie d’écouter. J’ai l’impression que ce n’est pas à mon tour de parler.

Cette semaine, les accusations de Safia Nolin à l’endroit de Maripier Morin ont pris beaucoup de place. Une opinion qu’on a lue et entendue à plusieurs endroits, c’est que ça ressemblait plus à un malentendu entre deux personnes qui auraient dû être réglé en privé.

Et, justement, comme dans tout bon conflit privé, tout le village s’est permis de commenter, selon qu’il fasse davantage partie du public cible de Nolin ou de Morin.

Mais pourquoi, on tient tant à en parler, quand ça arrive, des dénonciations comme celles-là? Pourquoi considère-t-on que notre opinion en matière d’inconduite sexuelle est nécessaire pour faire avancer le débat.

Personnellement, homme de 38 ans, j’ai pourtant l’impression que j’ai très peu à dire sur la manière dont une personne qui a été blessée par de tels comportements devrait se comporter. Mon expérience de vie m’a amené à moi-même vivre des situations où je sentais qu’on ne m’entendait pas ou qu’on me manquait de respect dans la sphère de l’intime, mais je n’ai jamais eu à sentir que quelqu’un d’autre avait pris le contrôle sur moi.

Inversement, je m’interroge sur mes propres comportements. On peut bien crier «PAS TOUS LES HOMMES» lorsqu’il est question de viol, mais je le sais que c’est arrivé à beaucoup de gars de mettre une personne mal à l’aise en la courtisant, d’être trop insistant ou de mal réagir face à un refus. On peut aller trop loin dans l’intimité de quelqu’un sans penser l’agresser.

Pas à moi de juger

Alors c’est ça. Face à ce sujet, je n’ai pas envie d’en parler, même si c’est ce que je suis en train de faire. Je ne pense pas que mon opinion sur la vague de dénonciation a quelque importance que ce soit. Je ne pense pas que c’est mon témoignage ou mon expérience qui méritent d’être entendus.

Sur la légitimité du forum que constituent les dénonciations en ligne au détriment de la voie judiciaire, ma tête n’est pas faite. Sauf que je trouve que personne ne semble vouloir entendre que ce que les victimes veulent, ce n’est pas de mettre du monde en prison. Ce qui est recherché, c’est de voir certains comportements changer ou disparaître.

Mais, même là, qui suis-je pour dire ce que veulent les personnes qui s’expriment présentement?

Pour l’heure, je vais donc me contenter d’écouter et de réfléchir. Et si, un jour, je trouve quelque chose d’intelligent à dire, je l’écrirai.