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Syrie, un acharnement sans fin

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Déjà préoccupés par la première vague de la pandémie qui n’en finit pas et la deuxième qu’on nous promet, un combat de titans au Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas laissé de marques cette semaine sur nos radars. Pourtant, ces résolutions diplomatiques concernent du vrai monde pris dans une vraie misère et menacé par un vrai coronavirus.

Tout le monde sait à peu près que ça va mal en Syrie. Dans la vague du « printemps arabe » de 2011, les Syriens ont défié la dictature de Bachar al-Assad qui a répondu par une répression féroce. Le pays a été plongé dans une épouvantable guerre civile où les tortionnaires d’Assad ont rivalisé d’horreur avec les bourreaux de l’État islamique.

Les Kurdes, qui avaient nettoyé le nord et l’est du pays des islamistes, ont été remerciés en étant lâchés par les États-Unis. Les Russes, plus fidèles à leur alliance avec Damas, ont pilonné les opposants au régime avec des bombardements sauvages, sans se soucier de la population civile.

Entre-temps, douze millions de Syriens fuyaient leur maison, soit pour l’étranger soit pour un autre coin de la Syrie. De massacres en carnages, il ne reste plus – sauf pour la portion du pays contrôlée par les combattants kurdes – qu’une poche de rebelles dans le nord-ouest de la Syrie. Une grosse poche, il faut dire : environ trois millions de personnes dépendant directement de l’aide humanitaire venue de l’étranger.

RUSSES ET CHINOIS contre TOUS LES AUTRES

Cette aide humanitaire passe par deux points de contrôle à la frontière turque que la Syrie – soutenue aux Nations unies par Moscou et Pékin – veut faire fermer. Russes et Chinois perçoivent l’acheminement de nourriture, de médicaments et d’autres marchandises, par-dessus la tête de Damas, comme une violation de sa souveraineté.

Les autres membres du Conseil de sécurité ne s’illusionnent pas sur les intentions de Bachar al-Assad : l’aide humanitaire deviendrait dans les mains du dictateur l’arme ultime pour forcer les derniers rebelles à abandonner leur opposition au risque de littéralement crever de faim.

LA BARBARIE AU QUOTIDIEN

Après neuf années épuisantes d’affrontements, on ne peut pas accorder le bénéfice du doute au régime syrien. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a dévoilé un rapport bouleversant cette semaine sur les efforts déployés au cours des sept derniers mois par l’armée syrienne et ses alliés russes pour s’emparer des secteurs qui leur échappent dans le nord-ouest du pays.

Le rapport se lit comme un scénario de film d’horreur avec « des bombardements généralisés et aveugles », « des infrastructures civiles décimées », « des villes et villages dépeuplés » et « des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants tués ». Les enquêteurs de l’ONU, à la vue de « nombreux hôpitaux, écoles et marchés détruits par des attaques aériennes et terrestres », n’hésitent pas à parler de crimes de guerre.

Malheureusement pour les civils en fuite, l’alternative n’est pas meilleure : les rapporteurs racontent que les extrémistes musulmans qui contrôlent cette dernière poche de résistance « ont pillé les maisons abandonnées », « arrêté, torturé et exécuté les civils exprimant des opinions dissidentes » et « bombardé sans discernement les zones densément peuplées administrées par le gouvernement ».

Et maintenant, c’est la pandémie qui menace. Vraiment, il reste totalement noir le bout du tunnel pour les Syriens. 

La Syrie, pays fragmenté 

source : statista

La détresse syrienne  

Jusqu’à 500 000 morts depuis 2011


6,6 millions de déplacés à l’intérieur du pays


5,6 millions d’exilés 

  • Turquie : 3,6 millions 
  • Liban : 900 000 
  • Allemagne : 700 000 
  • Jordanie : 657 000 
  • Irak : 245 000 
  • Égypte : 130 000  

♦ Entre décembre 2015 et février 2016, le Canada a accueilli 25 550 réfugiés syriens.