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Oui, s’affranchir d’Air Canada, c’est possible

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J’ai grandi dans le Nord-du-Québec. Pour son travail, mon père devait faire régulièrement des allers-retours vers Montréal pour les affaires. Il devait d’abord conduire pendant deux heures sur une route isolée, pour ensuite prendre l’avion à partir de Val-d’Or. 

Je raconte cette histoire pour que tous comprennent bien à quel point certaines de nos régions sont éloignées... vraiment éloignées. 

Qu’il est difficile d’y faire des affaires ou d’y attirer du tourisme sans liaisons aériennes régulières. 

Qu’en cessant ses liaisons régionales, Air Canada a contribué à les asphyxier économiquement.  

Des services essentiels ?

Depuis le retrait d’Air Canada de plusieurs de nos régions, des municipalités, chambres de commerce et associations touristiques étudient l’idée d’utiliser nos taxes pour financer les vols régionaux.  

Pour qu’il soit justifié de sortir le chéquier du contribuable, les vols régionaux doivent être des services essentiels. Alors, qu’en est-il ? L’exemple suivant, qui perdure depuis des années, devrait contribuer à cette réflexion. 

Saviez-vous que les villages autochtones de la baie d’Ungava, dans le Nord-du-Québec, ne sont pas connectés au reste du Québec par une route ? Qu’il faut absolument prendre l’avion pour s’y rendre ?  

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-Denis Garon, Chroniqueur économique au Journal de Québec et du Journal de Montréal, à QUB Radio:  

Or, il se trouve que ces endroits regorgent de paysages féériques. Ils recèlent un potentiel touristique intéressant pour ces communautés nordiques. Par exemple, le parc national des Pingualuit est l’un de nos trésors secrets les mieux gardés. 

Pour y aller, vous devez d’abord passer par Kangiqsujuaq ou Kuujuaq. L’aller-retour coûte entre 1000 $ et 3000 $... Un prix que même le député du coin n’ose pas payer. Il attend que l’avion du gouvernement s’y rende pour aller s’y faire voir. Je note ici qu’aucun transporteur aérien d’État n’est venu à la rescousse des Inuits.  

Une société d’État ?

En Gaspésie, une cellule de crise vient d’être mise sur pied pour étudier les solutions de substitution à Air Canada. Selon le maire de Gaspé, laisser agir les lois du marché rendrait la région dépendante d’une seule compagnie. 

Le maire a raison. Les vols régionaux sont ce qu’on appelle un « monopole naturel ». Une situation où une seule compagnie peut survivre parce que les frais fixes d’exploitation sont élevés et que le marché est petit. La région a donc deux autres choix : demander une société d’État... Dans un tel cas, offrirait-elle les vols à des prix reflétant les coûts ou subventionnerions-nous ses opérations ? La seconde option est d’adopter un mode plus coopératif. 

Imiter les nations autochtones

Pour s’affranchir d’Air Canada, les régions auraient intérêt à s’intéresser aux initiatives autochtones. Plusieurs communautés ont réussi à s’organiser pour se défaire des grands transporteurs. 

Air Inuit a été fondée dès 1978. Elle a reçu quelques subventions, notamment pour la modernisation de ses installations en vertu du Plan Nord. Elle reçoit des contrats gouvernementaux. Mais elle demeure une société privée... et ses avions parcourent présentement les cieux.  

Les Cris possèdent leur propre compagnie aérienne. Air Creebec dit avoir les reins suffisamment solides pour assurer une liaison entre Montréal et Val-d’Or dès le mois d’août, à des prix similaires à ceux d’Air Canada.  

Ce qui m’amène à poser la question suivante : à quand Air Gaspésie appartenant à la communauté ? 


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG-UQAM