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Roger Stone et l’intervention divine

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«But I had prayed fervently [...] and I believe the whole matter was in God's hands and that God would provide. And He did.» C’est ainsi que Roger Stone résumait la décision du président Trump de commuer sa peine. Il a prié et placé son sort entre les mains de Dieu et celui-ci a entendu ses prières. 

Roger Stone, c’est le marécage que Donald Trump promettait de nettoyer à son arrivée à la Maison-Blanche. Tout le caractère mafieux de cette présidence est concentré dans ce seul épisode. L’un des pires magouilleurs de l’histoire politique américaine, un exécuteur de basses œuvres, évite la prison et promet même de se joindre à la campagne présidentielle.

La décision de Donald Trump, pour scandaleuse qu’elle soit, ne surprend même pas. Nous l’attendions. Robert Mueller, habituellement stoïque et prudent, est sorti de son mutisme pour remettre les pendules à l’heure. Dans une entrevue accordée au Washington Post, il a rappelé que «Stone a été poursuivi et déclaré coupable parce qu’il a commis des crimes fédéraux. Il demeure un repris de justice condamné à juste titre».

Par définition, commuer une peine ou accorder un pardon présidentiel revêt presque toujours un caractère controversé. À moins de corriger une erreur judiciaire, une intervention du président infirme une décision d’un tribunal. Mais dans le cas présent, nous connaissions les intentions du président avant même le prononcé de la sentence. Le caractère grossier et cavalier de la décision de Donald Trump confère à son geste une portée historique, ce qu’il vient de faire est inédit.

Comble de l’hypocrisie, le président actuel se présente comme le candidat de la loi et l’ordre ainsi que le candidat de la droite morale et religieuse. Des procureurs fédéraux ont préféré démissionner après les interventions du procureur général pendant le procès et ce même procureur général, William Barr, était opposé au fait de commuer la sentence.

En ce qui a trait à la droite morale et religieuse, entendre Roger Stone évoquer une intervention divine devrait être choquant, à moins que son Dieu ne soit Trump. 

Si le pardon présidentiel accordé à Richard Nixon, dont le visage est tatoué dans le dos de Stone, avait contribué à la crise de confiance des Américains envers la classe politique, la commutation de la peine de Roger Stone devrait achever de discréditer l’administration actuelle.