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Le déconfinement de la sexualité

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Il semble évident qu’en matière de comportement sexuel les médias traditionnels demeurent discrets. Ils prennent rarement l’initiative d’aborder ce qui reste la préoccupation humaine la plus obsessionnelle : le sexe.

Les réseaux sociaux sont inondés, au contraire, de commentaires d’internautes majoritairement jeunes.

Car les nouvelles générations n’ont pas été élevées dans les interdits sexuels. Ils ont souvent découvert la sexualité à travers la pornographie, accessible à tout enfant exposé aux écrans multiples.

À onze ans, des garçonnets s’initient à la copulation en regardant des scènes entre humains et animaux. Ils sont entourés d’adultes libidineux qui s’amusent à parler de sexe avec une crudité à faire rougir un gorille, et apprennent à aborder sexuellement les petites ados qui, n’étant pas en reste, n’ont pas la langue dans leur poche. Au propre comme au figuré.

Outrance

Des chanteurs connus se vantent sur internet de « grainer » les verres des filles dans les partys, c’est-à-dire de tremper leur membre dans un cocktail à l’insu de la « pôvre » ou de l’élue qui trouvera du piquant à son shooter. Les adolescentes encore farouches demandent à leur mère qui s’étouffera si elles peuvent refuser une fellation à un beau garçon de quatorze ans qui la lui demande. Un peu plus et la jeune fille demandera à sa maman si c’est impoli de dire non.

Il y a quelques années, les journaux rappelaient qu’au fond d’un autobus scolaire, des ados s’en donnaient à cœur joie sexuellement, confondant le transport en commun avec le sous-sol sombre d’un bungalow de banlieue.

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Ceux qui ont amorcé leur vie sexuelle pendant la grande récréation des années soixante et qui revendiquaient la liberté sexuelle comme instrument d’émancipation en prennent pour leur rhume. Leurs descendants, et particulièrement les millénariaux, sont aussi obsédés sexuellement que les vieux du temps de l’eau bénite. Mais le sexe semble robotisé en quelque sorte, car coupé souvent de l’émotion qui le porte.

Risques

Par ailleurs, l’on cherche encore la façon la plus pédagogique d’aborder la sexualité à l’école. Mais quel enseignant peut rivaliser avec les contenus graveleux et obscènes des réseaux sociaux ? Comment nier la détresse des confessions d’internautes, de filles avant tout, qui s’exposent en décrivant leurs expériences sexuelles à l’intention de la planète entière ? Car, encore une fois, ce sont les filles qui prennent des risques en s’offrant corps et âme aux prédateurs expérimentés qui les harponnent avec une facilité déconcertante.

La sexualité aujourd’hui semble plus triste que jubilatoire. Moins libre que conformiste, plus envahissante que rassurante, moins émotionnelle que pulsionnelle.

La sexualité est devenue un produit de consommation. Ce n’est plus un péché, certes, mais c’est l’objet d’une routine comme une autre. En fait, les descriptions de la sexualité font peu de place au désir, à la sentimentalité, et bien sûr à un romantisme qui s’accommode mal du vocabulaire brutal, pornographique, chirurgical et à la limite dégoûtant qui a cours dans tous les milieux, et surtout sur la place publique.

Non, la libération sexuelle n’est pas accomplie. Ne serait-ce pas plutôt le contraire ?