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Oléoduc Énergie Est: toujours non!

Oléoduc Énergie Est: toujours non!
Photo d'archives

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Le projet d’oléoduc Énergie Est refait surface au moment où des navires-citernes contournent le continent pour acheminer le pétrole de l’Ouest vers les raffineries des Maritimes.

Acheminer le pétrole, coûte que coûte

On le sait, les pétrolières et les gouvernements des provinces de l’ouest du Canada militent depuis longtemps pour la construction d’un oléoduc qui traverserait le pays de bout en bout afin d’approvisionner les raffineries de l’est du pays.

  • ÉCOUTEZ Steve E. Fortin à QUB radio:

Le projet Énergie Est a été évoqué dès 2012 et a été appuyé par la plupart des provinces canadiennes, outre le Québec. On rappellera qu’il s’agit d’un pipeline de plus de 4600 kilomètres devant acheminer plus d’un million de barils de pétrole bitumineux par jour.

En 2017, l’exploitant TransCanada, qui projetait la construction de cet oléoduc, finira par abandonner le projet en raison de nouvelles normes environnementales trop strictes. 

Pour la majorité des Québécois qui s’opposent au projet, cette nouvelle est accueillie favorablement. On notera quand même que ce projet est loin d’être «mort et enterré». Épisodiquement, politiciens et industriels du secteur pétrolier aiment le ramener à la surface à titre de «solution la plus sensée» pour approvisionner les trois raffineries de l’est du Canada.

Une solution embarrassante 

À défaut de pouvoir bâtir son pipeline de 4600 km, l’industrie pétrolière s’est tournée vers les énormes vaisseaux et la voie maritime pour acheminer le pétrole bitumineux de l’ouest vers l’est. Une solution qualifiée «d’embarrassante» par plusieurs intervenants. 

«L'idée de faire circuler un pétrolier de la côte Ouest tout le long du canal de Panama en remontant la côte Est vers une raffinerie dans notre propre pays est certainement une solution embarrassante», selon l’analyste David Yager, de la firme Yager Management Ltd.

En mai dernier, Transports Canada a approuvé le projet d’acheminement par tanker maritime. On parle ici d’un trajet de plus de 12 000 km, de la Colombie-Britannique vers le Nouveau-Brunswick, en passant par le canal de Panama. Le tout sur presque un mois de navigation.

Il est en effet assez ridicule de parcourir toute cette distance pour envoyer un des pétroles les plus nocifs de la planète d’un bout à l’autre du pays. Ce parcours de milliers de kilomètres, sur terre ou sur mer, comporte des risques environnementaux injustifiables. 

Mais il n’en faut pas plus pour que des politiciens et des industriels du pétrole se saisissent de cette situation embarrassante afin de ramener à l’avant-scène l’oléoduc Énergie Est.

La ministre de l’Énergie de l’Alberta, Sonya Savage, n’a pas tardé à réagir en rappelant que «ce serait beaucoup plus simple si on bâtissait l’oléoduc Énergie Est plutôt que d’étouffer l’industrie pétrolière par des procédures d’évaluation coûteuses».

Sur Twitter, le premier ministre albertain Jason Kenney a réagi lui aussi...

Deux solutions embarrassantes!

Disons-le franchement, ce trajet maritime de 12 000 km est insensé. Au moins tout autant que la construction d’un oléoduc de 4600 km. Le collectif environnemental Coule pas chez nous l’explique

«L’oléoduc de TransCanada doit traverser 860 cours d’eau au Québec, dont les rivières des Outaouais dans l’ouest, des Mille-Îles et des Prairies dans la région de Montréal, puis le fleuve Saint-Laurent près de Québec. En cas de fuite, il pourrait laisser s’écouler 1,15 million de litres de pétrole en 13 minutes, ce qui correspond au temps de réponse nécessaire à TransCanada pour stopper le flux de pétrole.»

Et plus loin, sur les fuites: 

«Selon TransCanada, les oléoducs sont sécuritaires à 99,6%. Il subsiste donc un risque de 0,4%. Ce pourcentage peut paraître négligeable, mais pensez-y bien: sur un volume de 175 millions de litres transportés par jour, il équivaut à une fuite possible de 700 000 litres... par jour!

«Or, une étude réalisée pour la MRC de D’Autray souligne que les systèmes de surveillance prévus par TransCanada ne peuvent détecter une fuite dont le débit serait de moins de 1,5% du débit total de l’oléoduc, ce qui représenterait 2,6 millions de litres par jour. Quand on sait qu’un seul litre de pétrole peut contaminer 2 millions de litres d’eau, le risque est considérable.»

La moins «embarrassante» des solutions, pour le Canada et pour le Québec, indiscutablement, c’est de tout faire pour que l’Alberta s’affranchisse de l’industrie des sables bitumineux. Et ce, sur l’horizon le plus court possible.

En mars dernier, dans le cadre d’une publication sur l’avenir de l’industrie pétrolière albertaine, le Parkland Institute, associé à l’Université de l’Alberta, disait ceci: 

«Les cinq principales sociétés pétrolières canadiennes continuent de dégager de bons taux de profit et de transférer des dividendes importants à leurs actionnaires. Le Big Five évalue régulièrement ses décisions commerciales en fonction de divers scénarios futurs et comment les effets du changement climatique et des politiques et réglementations climatiques peuvent affecter ses actifs et ses stratégies commerciales au cours des prochaines décennies.

«Les gouvernements de l'Alberta et du Canada doivent maintenant décider d'un plan d'action pour gérer la transition du pays vers une économie à émissions nettes nulles d'ici 2050. Les plans qui prennent la crise climatique mondiale au sérieux impliqueront nécessairement le déclin accéléré et géré de la production de pétrole et de gaz au cours des trois prochaines décennies.»

À la lumière des engagements environnementaux du Canada, lesquels sont régulièrement répétés par le premier ministre actuel, toute construction de projet titanesque d’oléoduc devient injustifiable, tant économiquement que pour des motifs environnementaux.