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La première usine de masques N95 au Canada bientôt en production

Situées au Québec, les installations de la firme Medicom permettront de réduire notre dépendance à la Chine

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En plein cœur de Montréal, une nouvelle usine cruciale pour affronter une seconde vague de la COVID-19 est en train de voir le jour.

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Grâce à elle, le Québec sera beaucoup moins dépendant des approvisionnements médicaux chinois et étrangers. On y fabriquera des masques par millions. Et pas n’importe lesquels.

Des machines automatiques, installées dans un ancien local industriel de l’arrondissement Saint-Laurent, produiront 24 heures par jour les fameux masques N95 qui ont tant manqué au début de la pandémie.

Propriété de Medicom, une compagnie montréalaise qui est un des plus grands distributeurs de matériel médical au monde, l’usine sera la seule au Canada à fabriquer des masques N95 à partir du mois de septembre.

Medicom nous a ouvert cette semaine les portes de son usine, où l’on a déjà commencé à faire un autre type de masques, également très utiles.

« La grande leçon de la COVID-19, c’est que pour un produit essentiel de protection comme le masque, on ne peut pas être dépendant d’un marché qui se ferme », rappelle Guillaume Laverdure, chef d’exploitation de Medicom, en entrevue, alors que des machines de production bourdonnent autour de nous.

La frousse

M. Laverdure évoque ainsi la frousse qu’avait flanquée la Chine au monde entier quand, au début de la pandémie du coronavirus, elle avait décidé de bloquer ses exportations de matériel médical.

La situation ne se reproduira plus. Medicom prévoit produire 40 millions de masques N95 par année dans son usine de l’arrondissement Saint-Laurent. Cinq machines spécialisées sont attendues de France dans les prochaines semaines, de façon à ce que les premiers masques sortent à la mi-septembre.

Le gouvernement canadien achètera la moitié de la production et celui du Québec une large partie de celle-ci, que le ministère de la Santé n’a pas voulu préciser, étant donné que le contrat final n’est pas encore signé.

Au printemps dernier, Investissement Québec a consenti un prêt de 4 millions $ à Medicom pour accélérer la mise en œuvre de l’usine.

Medicom n’est pas une nouvelle venue en matière de masques. Loin de là. Elle exploite déjà des usines de N95 en France, à Taïwan et aux États-Unis, et prévoit en ouvrir deux nouvelles au Royaume-Uni et à Singapour.

90 millions par année

Néanmoins, la contribution de l’usine de Montréal ne se limitera pas seulement aux N95. Elle a déjà lancé depuis quelques semaines la production de masques chirurgicaux de niveau 3, c’est-à-dire ceux qui offrent la meilleure capacité de captation des particules et qu’on utilise dans les salles d’opération. Medicom prévoit en fabriquer 90 millions par année. 

Dans ce cas aussi bien que pour les N95, Medicom ne dépendra pas de la Chine pour les matières premières. Les matériaux employés dans l’usine de Montréal proviendront uniquement de fournisseurs nord-américains ou français.

« L’idée, c’est d’avoir une chaîne d’approvisionnement résiliente », explique Guillaume Laverdure.

Pour éviter toute interruption de la production, Medicom jouera aussi de prudence. Un grand espace a été aménagé dans les installations de l’arrondissement Saint-Laurent pour entreposer des matières premières permettant trois mois de fabrication. Lors de notre visite, la moitié de l’espace était déjà occupé par les immenses rouleaux de matière textile.

LES MASQUES N95 

Très efficaces, ces masques qui épousent étroitement les contours du visage filtrent au moins 95 % (d’où leur appellation) des particules en suspension dans l’air. Leur fabrication est plus complexe que les masques chirurgicaux standards. Un nombre limité de compagnies en produisent dans le monde.

UN GÉANT MÉCONNU 

Présente sur quatre continents, la compagnie Medicom a été fondée à Montréal en 1988 – où son siège social se trouve toujours –, lors d’une autre pandémie, celle du VIH/sida, en réponse à la demande urgente de gants pour les professionnels de la santé. Elle compte maintenant 1100 employés, dont 150 à Montréal, 13 centres de distribution et 10 usines. Son chiffre d’affaires s’établit à plus de 400 millions $ par année. La Caisse de dépôt et placement du Québec a annoncé cette semaine l’octroi d’un prêt d’un montant non dévoilé à Medicom pour lui permettre de poursuivre son expansion.


 

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

L’usine a déjà commencé la production de masques chirurgicaux de niveau 3, en attendant le démarrage de celle des N95. 

 

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Les masques chirurgicaux de niveau 3, que l’on fabriquera au rythme de 90 millions par année, offrent la meilleure capacité de captation des particules aériennes et sont utilisés dans les salles d’opération.

 

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Medicom a accumulé une impressionnante réserve d’immenses rouleaux de matière textile dans une section adjacente à son usine. Elle vise une réserve équivalente à trois mois de production.

 

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

L’usine, qui a bénéficié d’un prêt de 4 millions $ d’Investissement Québec, permet la création de 33 emplois.  

 

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Le chef de l’exploitation de Medicom, Guillaume Laverdure, rappelle les dangers de dépendre d’un grand producteur comme la Chine pour l’approvisionnement en équipements médicaux.

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

 Trois types de matières textiles ainsi que des bandelettes métalliques sont nécessaires pour fabriquer les masques chirurgicaux. Les matériaux utilisés ici proviennent de fournisseurs nord-américains et français.

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

 La production de masques est largement automatisée. Certaines de ces machines proviennent de France.

Photo Agence QMI, Mario Beauregard