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Le MBAM a ses raisons...

Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal
Photo d'archives, Agence QMI Nathalie Bondil

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Le monde des institutions culturelles en général et celui de la philanthropie en particulier répondent à des us et coutumes qui leur sont propres.

Les conflits et les rivalités qui s’y déroulent entre gens riches et célèbres peuvent nous apparaître comme des intrigues dignes de la défunte satire Le cœur a ses raisons. Sauf que quand on constate que le congédiement cavalier de la directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) lui vaut des critiques d’institutions prestigieuses comme le Musée d’Orsay ou le Palais de Tokyo, c’est gênant. On a l’impression d’assister à une querelle pour le contrôle du Cercle des Fermières local. 

Guerre larvée

En trame de fond de cette histoire dont on ne connaît pas tous les détails, on voit une guerre larvée se déroulant au sein même du clan Desmarais. L’actuel président du CA du MBAM a été nommé en remplacement du président de Power Corporation, sous recommandation d’un comité de nomination présidé par un proche des Desmarais qui gère la collection d’art de l’entreprise.

Avant qu’il ne congédie Nathalie Bondil, on savait qu’elle n’appuyait pas la nomination comme directrice de la conservation du Musée de Mary-Dailey Desmarais, bru d’un des frères Desmarais et dont l’époux est vice-président de Power Corp. L’autre frère Desmarais et son épouse ne sont pas contents, s’inquiètent pour l’avenir du Musée et critiquent le président du CA, qui aurait le bras trop long.

Vous suivez encore ? C’est important parce que tout cela est en train de nous faire oublier que Nathalie Bondil a fait l’objet d’un rapport dévastateur sur le climat de travail qu’elle maintenait au Musée. Jouissant d’une réputation internationale et reconnue comme une grande bâtisseuse, elle reçoit plein d’appuis du monde des affaires. Bref, tout cela n’est pas clair et la ministre de la Culture a demandé une enquête.

Téléroman

Les personnes qui ont du génie ne sont pas toujours faciles à vivre et, comme disait Nietzsche, les gens qui sont humbles ont généralement d’excellentes raisons de l’être. Il est fort possible que de travailler avec la flamboyante Mme Bondil ne soit pas chose aisée. Le cas de Charles Dutoit à l’Orchestre symphonique de Montréal nous l’avait enseigné il y a quelques années : on peut largement contribuer au rayonnement d’une institution tout en étant profondément toxique. 

Le souci, c’est que la tolérance envers les comportements harcelants ou déplacés va en s’amenuisant, et ce, pour de bonnes raisons. Nathalie Bondil avait manifestement besoin de travailler sur son caractère.

Inversement, les grands de ce monde qui croient avoir l’air brillants en s’adonnant à des guerres de basse-cour pour le contrôle d’un musée trahissent plutôt leur manque d’intelligence sociale. Aussi qualifiée qu’elle soit, qui pouvait vraiment croire que la nomination de Mary-Dailey Desmarais dans un tel contexte lui rendrait service ?

Le congédiement de Nathalie Bondil, si tant est qu’il fût justifié, ne s’est manifestement pas fait dans les règles de l’art. Les Desmarais et leurs pions disposés ici et là dans l’entourage du MBAM vont devoir refaire leur devoir, ne serait-ce que pour mettre fin à ce gênant téléroman d’après-midi.