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La preuve spectrale

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Durant les procès des sorcières de Salem, un fallacieux procédé juridique appelé « la preuve spectrale » a permis de purger sans encombre cette petite communauté du Massachusetts. Aujourd’hui, devant ce flot de dénonciations anonymes, j’ai l’impression que nous sommes remontés 327 ans en arrière.

Coupable ou coupable

La preuve spectrale stipulait que dès que le nom de quelqu’un était lancé – pour être supposément apparu en songe dans l’esprit d’une personne possédée –, il se voyait immédiatement accusé soit de sorcellerie, soit d’avoir donné son consentement au diable pour prendre possession de lui, afin de tourmenter ses victimes. De fait, sitôt nommé, et sur l’unique foi de l’accusateur, c’en était déjà terminé pour l’accusé. 

Au nom du diable

Au-delà de la théorie d’un empoisonnement à l’ergot de seigle qui, pour certains, justifierait cette hystérie légendaire, les siècles tendent à suggérer que les procès de Salem, sous le couvert d’une chasse aux sorcières, auraient notamment servi de prétexte à un vaste règlement de compte entre deux puissantes familles rivales, qui a envoyé beaucoup de gens à l’échafaud, probablement plus coupables de ne pas avoir voulu céder des terres que d’avoir fait commerce avec le diable...

Aujourd’hui, la dénonciation anonyme, même pour des raisons de sécurité très compréhensibles, en ne voulant pas davantage s’encombrer de présomption d’innocence et de contextes, signe le retour de la preuve spectrale et ouvre la voie aux mêmes dérives que celles survenues à Salem. Pourtant, procéder ainsi, même pour un légitime ras-le-bol, revient à pratiquer une opération à cœur ouvert à la scie à chaîne. Rien de bon ne pourra en résulter, ni pour les victimes en quête de réparation ni pour tous ceux qui se verraient accusés à tort et pour qui les conséquences seraient funestes. Alors, gardons-nous bien de troquer la justice contre la preuve spectrale, car l’histoire nous apprend que nous y perdrions au change.