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Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»

Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»
Photo Didier Debusschère

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«Brisons le silence», ont scandé près d’une centaine de manifestantes, hier, devant l’Assemblée nationale, elles qui sont venues se joindre aux victimes de violences sexuelles, dont les dénonciations affluent dernièrement sur les réseaux sociaux. 

Tant des sympathisantes du mouvement de dénonciation que des survivantes d’agressions se sont ainsi réunies sous une fine pluie, scandant des slogans et brandissant des pancartes aux nombreux messages.

Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»
Photo Didier Debusschère

La manifestation réunissait en totalité des femmes, l’événement ayant été présenté comme «non mixte». Une façon pour les femmes de «reprendre du pouvoir», elles qui représentent une proportion importante des victimes de violence sexuelle, selon les organisatrices. 

«Si elles ne brisent pas le silence, le système n’avancera pas. La culture du viol est présente. On met en doute la parole des victimes d’agression sexuelle. On les culpabilise, alors que la honte doit changer de camp. Ça doit aller du côté des agresseurs», estime la directrice de Viol-Secours et porte-parole du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale, Julie Tremblay.

Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»
Photo Didier Debusschère

Oui à la liste

«La liste est nécessaire» a été l’un des slogans brandis, en référence à une liste de présumés agresseurs qui a circulé sur les réseaux sociaux dans les derniers jours. Une liste où les noms des personnes visées, dénoncées anonymement, ouvraient parfois la porte à une erreur sur la personne et où la nature des accusations laissait peu de place à la nuance quant au degré de gravité des gestes allégués.

«C’est sûr qu’il y a une gradation. Il ne faut pas les traiter tous sur le même pied d’égalité», concède Mme Tremblay.

Quant au risque de s’embarquer dans un discours diffamatoire, Julie Tremblay plaide qu’«il n’y a aucun plaisir pour les victimes de devoir le dénoncer de cette façon-là».

Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»
Photo Didier Debusschère

«Si on veut avoir de vrais changements sociaux profonds, il ne faut pas dire aux victimes de garder le silence. Elles doivent dénoncer haut et fort», croit-elle, jugeant que le mouvement de dénonciations anonymes n’en est pas un de «vengeance».

Une femme rencontrée par Le Journal, qui a préféré taire son nom, a eu le courage de témoigner de son expérience éprouvante avec les forces de l’ordre lorsqu’elle s’est rendue porter plainte, une fois pour elle et une autre fois pour des gestes posés à l’endroit de sa fille de deux ans. 

«J’ai eu peur. [...] J’ai ressenti de l’intimidation. [Les deux hommes policiers] m’ont dit que je n’allais pas leur montrer comment faire leur job. Non seulement on est sensibles, mais on se sent en danger», témoigne-t-elle. 

Manifestation en soutien aux victimes d’agressions sexuelles: «Elles doivent dénoncer haut et fort»
Photo Didier Debusschère

«Aujourd’hui, c’est la pointe de l’iceberg. On parle des femmes qui libèrent la parole. Imaginez toutes celles qui ne l’ont pas, la parole», illustre-t-elle.

De tous âges

Les manifestantes réunissaient des femmes de tous âges, allant des bambins en compagnie de leurs parents à des femmes d’âge mûr. Cette représentativité intergénérationnelle vaut beaucoup pour certains, dont Alexandra Tremblay, venue manifester avec sa fille de quatre ans et son fils de deux ans.

«Je veux que mes enfants sachent qu’ils ont un pouvoir sur leur vie, sur les décisions qui sont prises, sur la politique. Qu’il n’y a rien d’impossible, tant pour une femme que pour mon fils», lance-t-elle.