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[PHOTOS] Voici 10 métiers d’antan disparus (ou presque) au Québec

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L'industrialisation et la mécanisation ont rendu caduque la pratique de certains métiers. La production de masse permet de se procurer les produits de consommation courante dans les grandes chaînes. Or, des techniques et des savoirs transmis de génération en génération ont sombré dans l'oubli. Posons un regard nostalgique sur des métiers ou des activités disparus de notre quotidien.

1) Le métier de forgeron  

Jos Louis Paquet, dans sa forge, Saint-Côme-Linière, 1952. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P92908).
Photo Omer Beaudoin
Jos Louis Paquet, dans sa forge, Saint-Côme-Linière, 1952. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P92908).

Dans l'imaginaire collectif, le forgeron est l'homme qui ferre les chevaux. En réalité, les forgerons doivent développer plusieurs spécialités, telles que la taillanderie, la maréchalerie, le charronnage et la forge générale. Leur apprentissage commence dès l'adolescence auprès d'un forgeron d'expérience.

La forge générale consiste en la fabrication de clous et de pentures pour la construction de bâtiments, de crochets pour les bûcherons, la réparation de pièces en métal, etc. Le forgeron peut aussi construire des charrettes (charronnage), ferrer les animaux de trait (maréchalerie) ou fabriquer des objets tranchants comme des socs de charrues ou des bêches (taillanderie).

Forge F.-X. Drolet, vers 1900. BAnQ Québec (P678, S44, D1, P1).
Photographe inconnu
Forge F.-X. Drolet, vers 1900. BAnQ Québec (P678, S44, D1, P1).

Au début de l'industrialisation, les forgerons sont aussi nécessaires au bon fonctionnement de l'industrie de la transformation du métal, jusqu'à ce que la mécanisation et les machines-outils les remplacent peu à peu.

2) La fabrication du savon du pays  

Une dame au travail pour la fabrication du savon à l'ancienne mode, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D18, P4).
Photo Canadian National Railway
Une dame au travail pour la fabrication du savon à l'ancienne mode, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D18, P4).

Le processus de saponification est connu depuis longtemps. Les découvertes modernes de chimistes ont standardisé les ingrédients de base et ont mené à une fabrication industrielle au cours du XIXe siècle. Mais les savons commerciaux coûtent cher. Le savon du pays, préparé avec des ingrédients domestiques, est plus économique et, surtout, tout usage.

Au printemps, les femmes préparent le caustique en versant de l'eau bouillante sur des cendres de bois franc. Le mélange repose 15 jours et produit une eau jaunâtre qui est filtrée. Puis, elles installent dehors, sur un feu, un grand chaudron de fonte. On y fait bouillir de l'eau et les graisses amassées pendant les derniers mois pour obtenir le «consommage». Il doit refroidir toute une nuit.

Le «consommage» et le caustique sont versés dans un grand chaudron avec de l'eau. Le mélange doit bouillir longtemps et être continuellement brassé avec une palette de bois. Quand c'est prêt, les femmes ajoutent du sel pour solidifier le savon. Il doit refroidir pendant 24 heures avant d'être coupé, puis séché jusqu'à un an. Le savon durci durera beaucoup plus longtemps.

3) La pêche à l'anguille  

Pêche à l'anguille près du pont de L'île. Saint-Louis-de-Courville, 1950. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P81395)
Photo J. W. Michaud
Pêche à l'anguille près du pont de L'île. Saint-Louis-de-Courville, 1950. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P81395)

Les Premières Nations pratiquaient la pêche à l'anguille sur le fleuve Saint-Laurent bien avant l'arrivée des premiers Européens. Ces derniers l'ont aussi pratiquée dès leur arrivée. Des quelque 250 pêcheurs actifs entre Lévis et Rimouski au milieu du XXe siècle, seuls quelques irréductibles subsistent encore, principalement dans la région de Kamouraska. 

Les pêcheurs d'anguilles pratiquent la pêche à la fascine. Cette technique est née de l'hybridation de deux méthodes. La première est utilisée par les peuples des Premières Nations. Elle combine l'utilisation de nasses et de paniers de vannerie en forme d’entonnoir ainsi que la construction de petits murs en pierre se fermant en V. Les Européens avaient l'habitude d'utiliser des gords, soit un assemblage de pieux et de filets.

Chaque pêcheur possédait sa méthode et ses matériaux de prédilection pour construire ses fascines. Ce savoir s'est transmis de père en fils pendant plusieurs générations.

4) Les standardistes  

Téléphoniste, 1922. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D2, P26).
Photo Edwards
Téléphoniste, 1922. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D2, P26).

Au début de la téléphonie, les communications téléphoniques sont connectées manuellement par un standardiste qui relie les lignes téléphoniques sur un standard. Les premiers standards téléphoniques contiennent jusqu'à 50 lignes. Plusieurs standards peuvent être reliés pour augmenter le nombre de lignes offertes.

Rapidement, ce sont essentiellement des femmes qui sont recrutées pour ce travail. Lors de la connexion, elles entendent la conversation qui se déroule. C'est pourquoi on s'attendait à ce qu'elles soient discrètes, courtoises et disciplinées, particulièrement dans les grandes compagnies où il y avait une surveillance accrue des employées.

Salle de travail du standard à batterie de Bell Telephone Co., vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D13, P14-3).
Photo Bell Telephone Company of Canada
Salle de travail du standard à batterie de Bell Telephone Co., vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D13, P14-3).

Dans les années 1920 sont apparus les premiers standards automatiques. Ils ont graduellement remplacé les standardistes jusque dans les années 1950.

5) La fabrication de raquettes en babiche  

Un Huron de Lorette au travail pour la confection de raquettes, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D4, P5).
Photo Edith S. Watson, Pacifique Canadien
Un Huron de Lorette au travail pour la confection de raquettes, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D4, P5).

La fabrication de raquettes en babiche est un savoir autochtone. Elles sont des objets utilitaires permettant de chasser, de voir à ses collets, etc. Leurs formes diffèrent en fonction de leur utilisation et du type de neige sur laquelle on veut marcher. Leur fabrication nécessite le travail de plusieurs personnes, selon leur spécialité.

Le cadre est en bois de bouleau ou en frêne. Toutefois, selon la disponibilité de ces espèces, d'autres peuvent être utilisées. Le bois vert est tout d'abord travaillé à la hache et au couteau croche. On le courbe pour former le cadre. Une fois la bonne courbure obtenue, on le laisse sécher.

La babiche est faite de lanières de cuir provenant de cervidés. On s'en sert comme une corde pour fabriquer ou tresser différents objets. Ce sont les femmes qui retirent les poils et le gras de la peau et qui étirent le cuir. Enfin, il est coupé en lanières, dont la largeur varie selon l'épaisseur de la peau ainsi que l'usage auquel il est destiné.

Quand tout est prêt, le tressage peut commencer. Les tresseurs utilisent des outils en os pour placer la babiche et égaliser les espaces entre les lanières. 

6) Le travail de la laine  

Une femme à son rouet, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D4, P8).
Photographe inconnu
Une femme à son rouet, vers 1930. BAnQ Québec (P428, S3, SS1, D4, P8).

Autrefois, on élevait des moutons sur la plupart des fermes. Outre la tonte de ces derniers, le travail de la laine est effectué par les femmes.

Tout d'abord, il faut trier la laine. On retire les parties trop souillées et celles qui sont feutrées. Elle est nettoyée par trempage pour déloger les impuretés qui s'y logent. Par la suite, on doit la dégraisser, la laver et la faire sécher. Si on veut la colorer, c'est à ce moment que cela se fait.

Le cardage s'effectue à l'aide de cardes, planches de bois garnies de pointes de métal. Cette étape permet de conserver les fibres longues de la laine et d'en faire des petits boudins. Ces derniers sont filés au rouet. Pour faire une laine plus grosse, on doit prendre plus d'un fil qu'on assemble en les repassant au rouet. La laine est maintenant prête à être tricotée ou tissée.

Moulin à carder de Gérard Willet. Saint-Gervais dans le comté de Bellechasse, 1951. BAnQ Québec (E6,S7, SS1, P85935).
Photo J. W. Michaud
Moulin à carder de Gérard Willet. Saint-Gervais dans le comté de Bellechasse, 1951. BAnQ Québec (E6,S7, SS1, P85935).

Avec l'industrialisation, les machines-outils des moulins à carder prendront le relais. Fort nombreux au Québec vers la fin du XIXe siècle, ceux qui sont encore fonctionnels aujourd'hui sont maintenant des attractions touristiques.

7) Les bardeaux de cèdre 

Sainte-Famille, maison Paradis, 1925. BAnQ Québec (P600, S6, D5, P701).
Photographe inconnu
Sainte-Famille, maison Paradis, 1925. BAnQ Québec (P600, S6, D5, P701).

Le bois, particulièrement le bardeau de cèdre, a longtemps été utilisé pour la finition extérieure des habitations, car le cèdre résiste bien à la pourriture. Si les bardeaux sont préparés et posés dans les règles de l'art, l'investissement en temps vaut amplement la durée de vie du recouvrement, soit environ 75 ans lorsqu'il est bien entretenu.

L'essence utilisée a son importance, d'où le choix du cèdre blanc, bien présent au Québec. Plus tard, les artisans ont aussi accès au cèdre rouge de l'Ouest canadien. Pour plus d'étanchéité, il faut que le bardeau soit sans nœuds et sans défauts. 

Un bon bardeau doit être fendu et non coupé. La fente a l’avantage de suivre les fibres du bois, contrairement au sciage qui rend le bardeau plus perméable à l'eau. L'artisan utilise un coin à bardeaux et un maillet pour la première taille. Par la suite, à l'aide de la plane, il l'amincit et le biseaute. Les bardeaux ont ainsi de 3 à 14 pouces de largeur, pour une longueur de 16, 18 ou 24 pouces.

Une bonne pose se fait du bas vers le haut au moyen de clous, dont le nombre varie selon la largeur du bardeau. La longueur de la partie apparente varie selon la pente. Les joints doivent se superposer.

8) L’art de la ceinture fléchée  

Fabrication de la ceinture fléchée à l'École des arts domestiques de Québec, 1944. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P17034).
Photo Raymond Audet
Fabrication de la ceinture fléchée à l'École des arts domestiques de Québec, 1944. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P17034).

Selon les recherches de madame Monique Leblanc, ce sont les voyageurs engagés pour aller dans l'Ouest canadien qui ont donné le goût de cette ceinture colorée aux Amérindiens, et non l'inverse. Elle a aussi retrouvé, dans les archives, différentes preuves démontrant que le fléché est connu sur l'ensemble du territoire québécois.

Les premières ceintures colorées en laine, dont le motif est le chevron, sont appelées «ceinture de l'habitant». Le motif de flèche apparaît vers la fin du XVIIIe siècle.

Le fléchage est un tissage à la main. L'artisane doit d'abord déterminer les dimensions du produit fini et les couleurs du motif. Puis, elle calcule le nombre de brins de laine dont elle a besoin ainsi que la longueur. Ensuite vient le temps de monter son ouvrage. Les brins de laine sont placés dans le bon ordre pour être ensuite attachés et tendus entre un crochet fixé au mur et une autre structure solide. 

La tisserande commence alors son ouvrage. Avec ses doigts, elle entrecroise les fils dans un ordre précis. Elle s'arrête souvent pour démêler les fils qui se trouvent à l’autre extrémité du tissage. Elle retend ensuite son ouvrage avant de reprendre le tissage. Plusieurs heures de travail sont nécessaires pour compléter une ceinture.

9) La récolte de la glace  

La récolte de la glace pour la ferme. Pont-Rouge, 1952. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P90465).
Photo J. W. Michaud
La récolte de la glace pour la ferme. Pont-Rouge, 1952. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P90465).

Au milieu du XIXe siècle, la création de la glacière permet une meilleure conservation domestique des aliments. Le meuble est fabriqué de bois. La partie du haut est isolée et recouverte de métal. On y dépose le cube de glace qui pèse de 11 à 22 kg. En fondant, il garde au frais les aliments déposés dans la partie du bas. Mais d'où provient la glace?

La récolte se fait sur un plan d'eau au plus froid de l'hiver. Il faut attendre qu'elle soit assez épaisse pour supporter le poids des hommes et des chevaux qui s'y installent. Pour la préparer, le secteur de récolte est balisé. Pour une glace de bonne qualité, il faut la déneiger et y percer des trous pour permettre à l'eau de monter gelée à la surface.

La glace est sciée à bras d’homme. Les blocs mesurent environ 120 cm par 60 cm, pour un poids de 135 à 185 kg. Un bon scieur pouvait couper jusqu'à 300 blocs par jour. Ils sont déplacés à l'aide d'une gaffe dans un canal pour les apporter jusqu'à la rive, où une rampe permet de les charger sur un traîneau.

La glace est conservée jusqu'à la prochaine saison dans un bâtiment dont les murs sont à double épaisseur et isolés au bran de scie. On étend également du bran de scie entre chaque rang de glace ainsi que sur le dessus.

10) La culture du lin  

«Le broyeur de lin», peinture par Côté, 1947. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P35580).
Photo Roland Charuest
«Le broyeur de lin», peinture par Côté, 1947. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P35580).

Le lin est cultivé depuis fort longtemps. C’est probablement la première matière textile à être transformée. Les méthodes de récolte et de préparation du lin sont restées les mêmes jusqu'à l'industrialisation des procédés. En Nouvelle-France, chaque famille sème du lin pour son usage domestique. C'est une culture qui demande beaucoup de soins.

Pour la récolte, le lin est arraché à la main pour que la fibre conserve sa pleine longueur, gage de résistance. Par la suite, on procède au rouissage. Il s’agit d’une fermentation essentielle au traitement de la fibre. On étend le lin en une fine couche sur l'herbe pour environ un mois. L'action du soleil et de la pluie fait le reste. Quand le lin est prêt, on l'entrepose.

À l'automne, on commence par sécher les gerbes au-dessus d'un feu. Ensuite, on les broie pour casser le bois de la tige et dégager la fibre. Cette étape est fatigante et exige de nombreuses manipulations. 

On poursuit avec le teillage qui se réalise à l'aide d'une planche et d’un couteau de bois. On peigne ensuite la filasse pour rendre les filaments réguliers et parallèles. Les fileuses prennent le relais en étirant et en tordant les fibres de lin pour en faire un fil continu, prêt à être utilisé.

Un texte d'Annie Labrecque, Bibliothèque et Archives nationales du Québec  

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici, et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire nos textes produits par la Société historique de Québec en cliquant ici.  
  • En 2020, BAnQ souligne le 100e anniversaire des Archives nationales du Québec. Le microsite du centenaire peut être consulté ici.   
Photo BaNQ

Sources    

  • DE CARUFEL, Hélène. La culture traditionnelle du lin. Mémoire présenté à la Faculté des Lettres, Université Laval, 1979, 128 p.  
  • DOUVILLE, Judith, «La pêche à l'anguille sur la Côte-du-Sud», Revue d'ethnologie de l'Amérique française, vol. 15, 2017, pp. 43-64.  
  • Encyclopédie du patrimoine de l'Amérique française [en ligne].   
  • GADACZ, René R. et Michelle FILICE. Babiche, Historica Canada, L’Encyclopédie canadienne [en ligne].   
  • GENEST, Bernard et Françoise DUBÉ. Arthur Tremblay, forgeron de village. Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1978, 184 p.  
  • GENEST-LEBLANC, Monique, «Ceintures fléchées – L'envers du décor», Rabaska – Revue d'ethnologie de l'Amérique française, vol. 14, 2016, p. 79-89  
  • LAMONTAGNE, Sophie-Laurence et Fernand HARVEY, «De l'économie familiale à l`artisanat – Les textiles domestiques», Cap-aux-diamants, no 50, été 1997, p. 20-24  
  • LANIEL, André, «De la coupe à glace au réfrigérateur», Histoire Québec, vol. 23, no 1 (2017), p. 20-22  
  • MARTIN, Michèle, «Femenisation of the Labour Process in the Communication Industry – The Case of the Telephone Operators, 1876-1904», Labour/Le Travail, vol. 22 (automne 1988), pages 139-162.  
  • «Les raquettes», Pisitimmariit, De véritables experts [en ligne].   
  • TREMBLAY, Gynette, «Le savon – Plus qu'un détergent», Cap-aux-diamants, no 70, été 2002, p. 38-42.  
  • VARIN, François, «Le bardeau de bois», Continuité, no 36, été 1987, pp. 52-53.