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«Y’en a pu de COVID icitte!»

«Y’en a pu de COVID icitte!»
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

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Une manifestation en Beauce aux allures des Covidiots que l’on voit dans le Trump country...

«Libâââârtééé», je crie ton nom!

Ils étaient quand même assez nombreux à Saint-Georges de Beauce pour manifester contre le port du masque obligatoire hier, en ce samedi de canicule. Environ 500, selon le journaliste François Provost du journal local En Beauce (selon la SQ, entre 400 et 700 personnes).

«Y’en a pu de COVID icitte!»
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Bien sûr, aucune distanciation sociale et pas de masques, c’est l’évidence. La recette parfaite pour créer les conditions d’un petit foyer d’éclosion du virus. Pour autant que l’on accepte cette prémisse toute simple: la COVID-19 n’est pas terminée, loin de là.

Le journaliste Provost a d’ailleurs recueilli quelques extraits des discours des organisateurs, comme celui-ci: 

«Pour l’avenir de nos enfants, pour l’avenir de nos commerces, pour l’avenir de la démocratie et de notre vie, nous sommes tous réunis pour manifester contre le port du masque obligatoire.»

Ah. L’avenir de nos enfants... Vraiment?

Justement, la science — encore une fois, pour autant qu’on accepte que la science soit meilleure conseillère en matière de santé publique que tous les Kéveuune et les Karèène qui font des recherches dans leur sous-sol — devrait nous mettre en garde quant à cette décision d’exposer nos enfants à des rassemblements inconsidérés comme celui d’hier à Saint-Georges.

«Y’en a pu de COVID icitte!»
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Je suggère à l’une des organisatrices de cette manifestation citée plus haut de lire ce papier intéressant, mais inquiétant aussi du New York Times où l’on se réfère à une étude empirique qui brasse certaines affirmations par rapport aux enfants et à la COVID-19. 

Cette étude réalisée sur plus de 65 000 personnes en Corée du Sud tend à démontrer que les enfants de moins de 10 ans seraient moins susceptibles d’attraper et de propager le virus, alors que dans la tranche d’âge des 10 à 19 ans, c’est tout le contraire; ceux qui sont porteurs du virus le transmettraient de la même façon que les adultes.

Voilà qui donne matière à réflexion quant à la réouverture des écoles, par exemple. Ou au fait de traîner ses enfants dans une manifestation aux cris de ralliement du genre: «Y’en a pu de pandémie!»

Selon Chantal Giguère, une autre organisatrice citée par François Provost, «On nous incite à ne croire qu'à une seule version des faits provenant d’une seule source, sans tenir compte des autres éléments qui sont à notre disposition pour comprendre ce qui arrive».

On reconnaît ici la marque des adeptes de théories complotistes. À ça, on répondra que l’information qui est prise en compte par la santé publique, par les chercheurs de l’INSPQ (Institut national de santé publique du Québec), par exemple, est multiple et vastement diversifiée. Mais il est vrai que la santé publique porte peu attention aux élucubrations des Cossette-Trudel et autres gigolos du complot. 

Aussi, pour ceux que cette question intéresse, on lira avec attention les «Recommandations intérimaires COVID-19: port du couvre-visage ou du masque médical par la population générale» de l’INSPQ, un document fouillé, nuancé, fort de plusieurs sources documentaires sur le port du couvre-visage. Notons que ce document a été mis à jour le 8 juillet dernier et qu’il se base sur l’information la plus récente sur cette question.

Bien sûr, je suis tout à fait conscient que je prêche ici dans le néant absolu quand je m’adresse à celles et ceux qui ne croient même pas que le virus existe ou aux autres qui brandissaient hier des pancartes de fascisme et de dictature pour qualifier la mesure mise en place par le gouvernement concernant le port obligatoire du couvre-visage dans les endroits fermés ou lors des grands rassemblements où la distanciation sociale est difficile.

«Y’en a pu de pandémie icitte!»

Évidemment, il y a des régions qui ont été plutôt épargnées par la COVID-19, des endroits où le nombre de cas est incomparable par rapport à la métropole ou dans les premières couronnes.

Aussi, on peut comprendre que, vu du Bas-Saint-Laurent ou encore de la région de Chaudière-Appalaches, le port du masque obligatoire peut paraître excessif. 

Toutefois, cette mesure provinciale doit être considérée à l’aune de l’expérience passée de la semaine de relâche. On se souviendra que la crise de la COVID-19 s’est déclarée au pire moment pour le Québec, alors que la semaine de relâche venait à peine de se terminer et que plusieurs Québécois avaient voyagé lors de ce congé annuel.

Les deux semaines de la «construction» sont, en quelque sorte, le peak des vacances estivales au Québec. On estime à plus d’un million le nombre de personnes qui prendront la poudre d’escampette au cours des prochains jours. Et à vue de pif, de quelqu’un qui vient de faire le tour de la Gaspésie, les vacanciers seront nombreux à chercher le large... Pas juste dans l’est de la province.

Voilà pourquoi il est essentiel que tous respectent la consigne, même à Saint-Georges de Beauce. Car les Québécois qui transiteront partout au Québec viennent, justement, de partout au Québec. Comme de certaines zones qui, elles, ont été des foyers d’éclosion.

Notre «libââârté» actuelle de déconfinement est fragile et elle se trouve menacée si nous baissons la garde au moment même où les Québécois se permettent enfin de sortir de leur cocon pour aller voir le monde, pour profiter du Québec en entier.

La moindre des choses, c’est d’accepter cette contrainte toute banale, dans le fond... de porter un couvre-visage quand on entre à l’épicerie, dans un restaurant, dans un musée, ou pour payer l’essence.

Je conçois que plusieurs sont agacés par les changements de direction de la santé publique relativement au port du couvre-visage. Toutefois, en situation de pandémie mondiale devant un ennemi invisible à propos duquel on ne connaissait que très peu de choses, on pardonnera aux scientifiques et aux gouvernements d’avoir dû s’adapter en cours de route.

Tout n’a pas été parfait, loin de là. Mais les délires du type «Arruda, Legault, dictateurs» (comme on le voyait lors de cette manif en Beauce)... Très peu pour moi.

Non, le gouvernement n’a pas de «plan» obscur pour s’attaquer à nos «libertés individuelles». Les actions de la santé publique ne sont pas non plus induites par une machination quelconque. Par des intérêts, parfois? Peut-être. La décision de rouvrir les bars, par exemple. On verra.

En ce qui a trait à la mesure du port obligatoire du couvre-visage (laquelle fait partie d’une stratégie qui comporte aussi le respect d’autres consignes comme se laver les mains, continuer la distanciation, etc.), combinée aux autres consignes, voilà qui demeure la meilleure assurance que, collectivement, nous pouvons nous déconfiner encore un peu plus, tout en réduisant la possibilité de créer des foyers d’infection au passage.

Voilà pourquoi je traîne avec moi mon masque partout en région. Pour me protéger, certes, mais surtout par respect envers ceux que je visite. Par respect envers leurs efforts pendant le confinement. Et mettre un couvre-visage quand c’est requis, voilà qui est la moindre des choses.