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Joe Biden et la communauté musulmane

Joe Biden et la communauté musulmane
AFP

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Aussi souvent qu’il le peut, Joe Biden tente de démontrer qu’il est tout le contraire de son opposant républicain. C’était le cas hier, lorsqu’il a échangé avec des représentants d’un des plus grands regroupements de musulmans américains.

Sa participation à une rencontre organisée par Emgage Action revêtait déjà un caractère spécial, puisque les candidats à la présidence évitent habituellement de rencontrer directement les représentants de la communauté musulmane. Joe Biden en a profité pour faire ressortir ce qui le distingue de Donald Trump.

Le candidat démocrate n’a introduit aucune nouvelle idée hier, mais il s’est engagé à corriger ou annuler rapidement des mesures de son prédécesseur, à commencer par le décret qui restreint de manière stricte les arrivées en provenance de plusieurs pays à majorité musulmane.

L’ancien vice-président s’est permis de citer le prophète Mahomet et a souligné que la communauté musulmane avait été la première à subir les assauts des politiques de l’administration Trump, avant les hispanophones et la communauté noire.

Dénonçant l’islamophobie et la recrudescence des crimes haineux, Joe Biden a donc livré un message rassembleur et s’est engagé à inclure des musulmans au sein de son administration. Jamais, durant la rencontre, n’a-t-il mentionné le terrorisme ou l’islamisme radical. 

Aucun autre candidat à la présidence dans l’histoire des États-Unis n’a approché la communauté musulmane comme Biden l’a fait hier. Il a même souhaité que l’on aborde plus souvent l’histoire de l’Islam dans les écoles: «One of the things that I think is important: I wish, I wish we taught more in our schools about the Islamic faith.» Je ne me souviens pas d’une déclaration semblable dans une autre campagne présidentielle.

Si le message de Biden était conforme à l’image qu’il projette habituellement, il n’était pas pour autant dénué d’intérêt stratégique. Malgré les récents sondages qui pointent en direction d’une victoire plus facile que prévu, l’équipe du candidat ne laisse rien au hasard. Si la communauté musulmane ne compte que pour 1% de l’électorat total, elle peut, dans certains États, faire la différence entre la victoire et la défaite.

En 2016, Donald Trump s’est imposé au Michigan par 10 000 votes. Il y a 150 000 électeurs musulmans sur la liste électorale de cet État. On en retrouve également un nombre non négligeable en Floride, un autre État que Joe Biden aimerait bien ravir au président sortant.

La décision de Joe Biden, de répondre favorablement à l’invitation des leaders musulmans, indique qu’il est prudent et qu’il ne néglige aucun effort. Ses stratèges se souviennent peut-être que le républicain George W. Bush avait lancé un message d’ouverture à cette communauté lors de la campagne de 2000, une élection particulièrement serrée.

La manœuvre du démocrate risque de rapporter encore plus si l'on tient compte du fait que seuls 13% des Américains de confession musulmane se considèrent comme des républicains.