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«Coincés comme des sardines!»

Le Rocher Percé / Gaspésie,Québec,Canada
Photo Adobe Stock

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La Gaspésie a été prise d’assaut par les vacanciers cet été. Si c’est un baume pour l’économie locale, cela vient avec son lot d’inquiétudes et, malheureusement, d’incivilités aussi...

  • ÉCOUTEZ Steve E. Fortin:

Du «trafic» à Percé!

Gérard est né à Gaspé. Il a fait mille métiers, me dit-il, mais surtout, l’été, il s’occupe de quelques chalets et résidences loués par des propriétaires qui n’habitent pas la région à plein temps.

«Je n’ai jamais vu ça!» s’esclaffe-t-il, alors qu’un son de klaxon de voiture nous fait sursauter. Les «campeurs», motos, voitures, camions poids lourds se succèdent devant nous. À la halte routière où nous sommes, en sortant de Gaspé vers Percé, un flot incessant. Les places pour se garer sont rares.

«J’te le dis, j’ai rarement vu ça! Hier, j’suis allé à Percé. C’était pas allable! Du trafic à Percé!»

Gérard m’explique que les demandes sont nombreuses. Tout est loué, mais des touristes s’informent quand même, pour un bout de terrain où stationner un motorisé ou un petit «campeur». Sinon une tente.

Bien sûr que, l’été, ce coin de pays est habitué à recevoir son lot de touristes. Mais cet été, c’est différent. Gérard m’explique que plusieurs résidents ressentent un petit malaise à se trouver «coincés comme des sardines». Maintenant. En temps de pandémie, au moment où l’on insiste tant sur la distanciation sociale. 

«C’est ben difficile de respecter les deux mètres, à Percé et à Gaspé, avec tout le monde qu’y a icitte!»

Surtout, Gérard en a contre le fait que, cette année, plus que jamais, beaucoup de visiteurs ont investi les berges, les plages. Et trop souvent, quand ceux-ci repartent, ils laissent des traces, des déchets. Il rappelle que les résidents entretiennent ces endroits et s’assurent que ceux-ci soient propres et bien tenus. C’est enrageant, de voir ensuite ces berges souillées. 

D’ailleurs, mon interlocuteur me raconte que, sur la plage adjacente à une résidence dont il a la responsabilité, il a dû porter assistance à un couple en fâcheuse posture... Ces gens s’étaient installés en tente à marée basse. Et bien entendu, ils ont été surpris à marée haute! 

«Camping sauvage»

Le correspondant local pour le journal Le Soleil, Simon Carmichael, a rapporté sensiblement la même chose par rapport à la folie du camping en Gaspésie cet été.  

Dans un texte intitulé «Camping sauvage», ce que l’on constate n’est pas joli du tout:

«Partout sur la côte gaspésienne, villes et villages font le même constat: les campeurs sauvages sont de plus en plus nuisibles. Détritus, irrespect des lieux et utilisation de véhicules sur des milieux fragiles agacent les riverains. [...]

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, rapporte une hausse marquée du nombre de plaintes, particulièrement depuis le début du déconfinement. “Chaque année, on a quelques signalements, mais cet été, c’est vraiment infernal”, note M. Côté, qui mentionne avoir reçu personnellement des dizaines de messages, tout comme ses collègues du conseil municipal. “On ne pourra pas endurer ça année après année”, ajoute-t-il.

Les plaintes portent notamment sur les déchets laissés sur les plages ainsi [que sur] l’utilisation de véhicules [dans] ces écosystèmes particulièrement sensibles. “Ce sont des milieux hyper fragiles. Un véhicule qui y roule risque de détruire la flore qui s’y trouve et de favoriser le glissement de la plage. À long terme, ça pourrait causer une catastrophe écologique, par exemple la disparition de la plage”, se désole le maire.

Ce dernier déplore aussi que certains campeurs ne soient pas munis des équipements sanitaires nécessaires. “On retrouve des déchets, on retrouve des excréments et des polluants. Non seulement ça cause des désagréments évidents, mais c’est aussi très mauvais pour l’environnement”, explique-t-il

Voilà qui est désolant. D’ailleurs, à plus d'une reprise pendant mon séjour en Gaspésie, on m’a raconté ces histoires franchement infectes de gens qui n’ont pas attendu de trouver un endroit réglementaire pour vider leur fosse de roulotte ou de «campeur»... 

D’ailleurs, ce même correspondant nous informait hier de la fermeture de la Chute de la rivière aux Émeraudes, à Percé...

Tant d’incivilité laisse des traces. Et pas que dans l’environnement ou sur les berges ou les plages... dans la mémoire des résidents aussi.

À la fin de notre discussion, Gérard me disait d’ailleurs ceci: 

«Les gens viennent icitte, ils font le tour de la roche, prennent des photos du trou, pis ça leur fait des beaux souvenirs. Pis nous autres, ça nous fait vivre. On n'est pas contre ça. Mais ce serait ben l’fun qu’on ait des beaux souvenirs de leur passage nous autres itou.»