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«Les flics sont des assassins»

«Les flics sont des assassins»
Photo Agence QMI, Pascal Girard

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Encore l’extrême gauche violente. Le week-end dernier, dix voitures du Service de police de la Ville de Montréal ont été incendiées par des extrémistes qui se vantent de leurs méfaits sur leurs canaux de diffusion bien connus des policiers...

  • Écoutez la chronique de Steve E. Fortin sur QUB Radio:

Des anarchistes pas trop inquiétés

Le journaliste Philippe Teisceira-Lessard a rapporté cette nouvelle sur le site de La Presse mercredi. Son texte rappelle que l’extrême gauche est pas mal active: 

«L’attaque du stationnement du poste 44 est loin d’être le premier incendie de voitures revendiqué par l’extrême gauche montréalaise. L’an dernier, la voiture d’un architecte a été incendiée, dans l’ouest de Montréal, parce que son bureau participait à la construction d’un nouveau centre de détention pour migrants à Laval. En 2017, des militants contre l’embourgeoisement s’en sont pris à deux automobiles de luxe garées dans Saint-Henri.

«En 2018, des cocktails Molotov ont été retrouvés sous des véhicules de patrouille dans Hochelaga-Maisonneuve. Aucun dommage n’avait été causé aux véhicules.»

Le journaliste pointe aussi vers un site bien connu de ceux qui s’intéressent à l’extrême gauche montréalaise: 

«L’attaque de la nuit de samedi à dimanche a été revendiquée sur le site Montréal Contre-Information, une plateforme anonyme derrière laquelle des militants anarchistes se cachent. La police a déjà tenté de comprendre qui était derrière cette plateforme, mais sans succès.»

Voici le texte de cette revendication provenant du site «Montréal Contre-Information – nouvelles et analyses anarchistes et antiautoritaires»: 

«Les flics sont des assassins. On a brûlé leurs voitures. Tu peux le faire aussi.

«On a utilisé 3 engins incendiaires: des bouteilles de plastique à bases carrées remplies aux 3/4 avec un mélange d’essence et d’huile à moteur. On a utilisé de la supercolle pour attacher deux cubes allume-feu emballés individuellement (que tu peux trouver dans les magasins de camping, les quincailleries ou les épiceries) sur le côté de chaque bouteille.

«Pour chaque voiture, on a placé une bouteille couchée sur le côté (avec le cube vers le haut) et on l’a poussée sous un pneu de la voiture, puis allumé le cube.

«On a choisi des engins qui prennent complètement en feu environ une minute après les avoir placés sous les voitures. On a voulu augmenter nos chances de quitter sans se faire remarquer, tout en diminuant les chances que les engins soient éteints trop tôt.

«Pour un monde sans la police et sans l’ordre suprémaciste blanc qu’ils défendent. Solidarité avec les insurgé.e.s noir.e.s et avec tous.tes celles et ceux qui se battent

Une revendication discutable

Hormis le partage de la méthode, un genre de guide à l’intention de «camarades» qui pourraient souhaiter renchérir et imiter cette action, on peut s'interroger sur la revendication en elle-même. 

Pour bien comprendre ce court texte, il faut s’intéresser à ce que publie ce type et à ceux qui sont susceptibles d’être sympathiques à de semblables revendications. 

Par exemple, ce site appuie sans réserve le mouvement Black Lives Matter et publie de nombreux textes qui font état des coups d’éclat, des manifestations et des soulèvements liés à ce mouvement. 

On y retrouve beaucoup de références à ce qui se passe aux États-Unis, à l’assassinat de George Floyd par des policiers de Minneapolis. Mais peu de contexte ou de nuances quant à ce qui différencie l’environnement policier chez nos voisins du Sud par rapport à chez nous.

On plaque sans discernement ce qui se passe dans certaines villes américaines sur la réalité – différente à bien des niveaux – d’ici. Ça donne des diatribes comme celle-ci, un texte qui, publié le 13 juin dernier, fait suite à une manifestation demandant le «définancement de la police et la désincarcération des prisons»: 

«Au “Canada”, de grandes manifestations à Toronto, à Halifax, à Montréal et dans d’autres villes ont déclenché des prises de conscience sur la longue histoire de violence et racisme au travers du complexe carcéral des prisons et de la police. Cette histoire locale était un des principaux thèmes de la manifestation à la prison de Bordeaux. Amanda Thompson, une coorganisatrice noire de manifestation, expliquait: “Il y a une longue histoire de profilage contre les personnes noires à Montréal, y compris une longue série d’assassinats policiers de personnes noires, mais aussi de la surveillance quotidienne, du harcèlement et de l’abus contre nos communautés.”

«La police de Montréal a été critiquée pour profilage racial et violences depuis des décennies. Une série d’assassinats policiers, entre 1987 et 1993, a provoqué une série de préoccupations quant à l’impunité policière, mais peu de choses ont changé dans les pratiques de la police. À l’automne 2019, un rapport a démontré que les personnes noires et autochtones à Montréal sont quatre fois plus enclines à être interpellées par la police que les personnes blanches. Entre 2014 et 2019, la police a assassiné cinq hommes noirs: Alain Maglore, René Gallant, Jean-Pierre Bony, Pierre Coriolan et Nicholas Gibbs. [...]

«Comme l’expliquait Amanda Thompson: “Quand la police tue une personne noire, ce n’est pas une erreur. C’est le système qui fonctionne comme prévu.” Nous ne voulons pas de petits changements à une institution raciste, nous appelons à un définancement de la police, à la désincarcération des prisons et à un réinvestissement de ces sommes dans les communautés.»

Bref, on connaît le topo. Si le propos sur le profilage racial mérite attention, la «longue série d’assassinats policiers» relève du vocabulaire hyper-militant. Pendant que ces plus radicaux refusent quelque réforme que ce soit, on passe sous silence les initiatives intéressantes et prometteuses de policiers comme Fady Dagher, directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).

Voici la réaction de ce chef de police à ce qui s’est passé dans le cas de George Floyd: 

«Dégradant. Répugnant. J’ai été profondément heurté en tant qu’humain et en tant que policier. Ce sont des actions qui font extrêmement mal à la profession policière. C’est une technique [celle de l’étouffement, genou sur le cou de Floyd] que je n’ai jamais vue en 29 ans comme policier.»

Fady Dagher, qui a déclaré qu’il n’hésiterait pas à mettre le genou au sol en marque d’appui aux manifestations, est reconnu pour son côté réformateur. Les accusations à l’emporte-pièce des plus radicaux jettent ombrage sur des policiers comme lui.

Des accointances utiles

En terminant, dans son article, le journaliste Teisceira-Lessard avance que «La police a déjà tenté de comprendre qui était derrière cette plateforme [le site Montréal Contre-Information], mais sans succès.»

Déjà, il suffit de fouiller un peu autour de celles et ceux qui appuient ouvertement l’extrême gauche, notamment dans quelques universités (assos étudiantes, profs) et cégeps. 

À partir du moment où les extrémistes de gauche continuent de brûler des autos, de vandaliser et de publier sur leurs plateformes des appels à l’insurrection ou des «guides pratiques» sur la manière de fabriquer des cocktails Molotov ou sur le sabotage ferroviaire, il me semble que l’on devrait s’intéresser de beaucoup plus près à ceux qui sont derrière cette plateforme. Mais aussi à quelques comptes anonymes sur les réseaux sociaux qui la soutiennent.

Le jour où un site d’extrême droite publiera une propagande semblable, j’espère que les policiers et enquêteurs ne ménageront pas les moyens pour trouver qui se cache derrière.

L’extrémisme politique est un fléau qu’il ne faut jamais banaliser ou normaliser. 

Heureusement, les médias en général n'offrent pas – ou peu – d’espace aux complotistes et autres énervés de l’extrême droite. On n’y penserait même pas. On est plus leste avec l’extrémisme de gauche et ses revendications.

Ce qu’il y a d’inquiétant, avec l’extrémisme dit «de gauche», c’est qu’il semble trouver des accointances dans la sphère publique qui permettent de banaliser sa portée, son influence. 

C’est malsain.