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25 ans d'échecs en santé: un fiasco malgré les réformes

Une majorité de Québécois jugent que le système de santé s’est dégradé depuis 25 ans

Urgence
Photo Agence QMI, Simon Clark

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Malgré les nombreuses réformes, une majorité de Québécois estiment que notre système de santé s’est détérioré depuis 25 ans et que les patrons du ministère n’ont pas réussi à redresser la barre du navire, révèle un sondage Léger—Le Journal.

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« Les Québécois posent un regard extrêmement critique, voire négatif, sur l’évolution de leur système de santé », note Christian Bourque, vice-président chez Léger. Plus de la moitié des personnes sondées croient que la situation s’est dégradée depuis le virage ambulatoire en 1995.

Ce constat est partagé par les experts consultés par Le Journal, qui font le point sur les diverses réformes. Il ne s’agit pas d’une critique à l’endroit des médecins, infirmières et des autres professionnels de la santé qui soignent les Québécois : « Ils en veulent au système, pas aux gens qui le composent », souligne M. Bourque.

Barrette, le pire ministre

Les Québécois sont particulièrement durs à l’endroit du trio libéral qui a régné pratiquement sans partage sur le système de santé de 2003 à 2018. Gaétan Barrette est jugé comme étant le pire ministre de la Santé en 25 ans, Philippe Couillard et Yves Bolduc le suivent de près. La centralisation des structures en santé sous le règne du Dr Barrette est la réforme la plus nuisible, selon les sondés.

« Globalement, le système de santé fonctionne-t-il mieux en 2020 qu’en 1995 ? Je ne pense pas », dit Annie Carrier, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université Sherbrooke.

Professeur associé à l’Université de Montréal, Damien Contendriopoulos renchérit : « C’est légitime que la population demande : “Avec tout l’argent qu’on met, pourquoi ce n’est pas meilleur qu’avant ?” » 

Temps d’attente : le pire au pays

En 2016, le commissaire à la santé rapportait que le temps d’attente dans les urgences du Québec est le pire au Canada, voire en Occident. En 2019-2020, la durée moyenne de séjour aux urgences était de 15,2 heures, un résultat pire qu’en 1994.


Temps d’attente aux urgences  

  • 1994-1995 : 14,4 h  
  • 2019-2020 : 15,2 h   

Source : Ministère de la Santé et des services sociaux

Pourcentage du budget du Québec accordé à la Santé et aux Services sociaux  

  • 1994-1995 : 30,5 %  
  • 2019-2020 : 46,1 %   

Source : documents du Conseil du Trésor 


« On a fini par internaliser qu’à l’urgence, on attend très longtemps. Mais dans beaucoup d’autres pays, d’autres provinces, ça ne vient pas à l’esprit qu’on doive attendre aussi longtemps », souligne M. Contendriopoulos.

Pour l’ancien PDG de l’Agence de santé de Montréal, David Levine, les réformes n’ont pas changé « la nature fondamentale du réseau. » « C’est un système hospitalo-centrique. Quand tout tourne autour de l’hôpital, tu vas toujours avoir des urgences bloquées et de l’attente pour des interventions chirurgicales », dit-il.

Tout dans les hôpitaux

« Il y a bien sûr eu une amélioration de la technologie, pour les chirurgies aux hanches, aux genoux. Il y a de nouveaux médicaments, des techniques pour lutter contre le cancer. En ce sens-là, oui, les Québécois sont mieux soignés. Mais y a-t-il eu une amélioration dans les CHSLD ? Dans les centres jeunesse ? En santé publique ? Ce que je vois, c’est qu’on a investi massivement dans le réseau hospitalier », ajoute-t-il.

Maude Laberge, professeure adjointe à l’Université Laval, souligne « les mêmes problèmes qui reviennent toujours » : difficulté d’accès aux soins de première ligne, attente à l’urgence ou pour obtenir une chirurgie. Malgré tous les efforts et l’argent investi, le Québec est dernier au pays pour l’accès à un médecin de famille. « Et ce n’est pas parce qu’on en a un qu’on est capable de le voir », dit-elle.

Alors que les experts proposent d’investir dans la première ligne depuis des décennies pour désengorger les urgences (soins dans les CLSC, GMF 24 heures sur 24, soins à domicile, services d’aide au maintien à domicile), notre système s’est centralisé autour des hôpitaux. 

« Les médecins, et particulièrement les médecins spécialistes, font partie des joueurs gagnants des nombreuses réformes. Le budget en santé est limité, ce qu’on a donné aux médecins, on ne l’a pas mis ailleurs », souligne Mme Laberge.  

État du réseau de la santé  

De façon générale, diriez-vous que le réseau de la santé s’est amélioré, est resté stable ou s’est dégradé depuis 25 ans ?  

  • Dégradé : 55 %   
  • Resté stable : 23 %  
  • Amélioré : 17 %  
  • Ne sait pas : 5 %   

Est-ce que les éléments suivants du réseau de la santé se sont améliorés, sont restés stables ou se sont dégradés depuis 25 ans ?

Accès à un médecin de famille  

  • Amélioré : 14 %  
  • Stable : 21 %  
  • Dégradé : 61 %  
  • Ne sait pas : 4%    

Accès à un médecin spécialiste  

  • Amélioré : 11 %  
  • Stable : 26 %  
  • Dégradé : 56 %  
  • Ne sait pas : 7 %   

Temps d’attente aux urgences  

  • Amélioré : 6 %   
  • Stable : 22 %  
  • Dégradé : 65 %   
  • Ne sait pas : 7 %   

Soins aux personnes âgées  

  • Amélioré : 6%  
  • Stable : 16 %  
  • Dégradé : 71 %  
  • Ne sait pas : 7 %   

Temps d’attente pour une chirurgie  

  • Amélioré : 5 %  
  • Stable : 23 %  
  • Dégradé : 59 %   
  • Ne sait pas : 13 %   

Le bulletin des ex-ministres de la Santé  


Les Québécois jugent sévèrement le travail des ministres de la Santé qui se sont succédé depuis 25 ans. Voici la proportion des répondants à notre sondage qui leur accordent une note d’échec (0 à 5,9 sur 10), une note de succès (6 à 10 sur 10) ainsi que la note moyenne qui en découle. Notez que l’actuel premier ministre François Legault était un député du Parti québécois lorsqu’il a occupé les fonctions de ministre de la Santé, entre 2001 et 2003. Ce sondage reflète l’insatisfaction des Québécois à l’endroit du réseau de la santé, estime Christian Bourque, vice-président de Léger. « Même François Legault avec une cote de popularité très élevée se retrouve malgré tout avec 41 % des sondés qui lui donnent une note négative au ministère de la Santé », note-t-il. 


François Legault, 2001-2003 (PQ) 

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Photo d'archives
  • Perception d'échec : 41%  
  • Perception de succès : 59%  
  • Note moyenne : 6   

Danielle McCann, 2018-2020 (CAQ) 

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Photo Pierre-Paul Poulin
  • Perception d'échec : 49%  
  • Perception de succès : 51%  
  • Note moyenne : 5,6   

Jean Rochon, 1994-1998 (PQ) 

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  • Perception d'échec : 71%  
  • Perception de succès : 29%  
  • Note moyenne : 4,8   

Pauline Marois, 1998-2001 (PQ)  

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  • Perception d'échec : 65%  
  • Perception de succès : 35%  
  • Note moyenne : 4,7   

Réjean Hébert, 2012-2014 (PQ)  

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Photo Jean-François Desgagnés
  • Perception d'échec : 77%  
  • Perception de succès : 23%  
  • Note moyenne : 4,6   

Yves Bolduc, 2008-2012 (PLQ)  

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Photo Simon Clark
  •  Perception d'échec : 79%  
  • Perception de succès : 21%  
  • Note moyenne : 4,1   

Philippe Couillard, 2003-2008 (PLQ)  

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  • Perception d'échec : 75%  
  • Perception de succès : 25%  
  • Note moyenne : 3,7   

Gaétan Barrette, 2014-2018 (PLQ) 

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Photo Simon Clark
  • Perception d'échec : 84%  
  • Perception de succès : 16%  
  • Note moyenne : 2,9   

MÉTHODOLOGIE

Ce sondage web a été réalisé du 17 au 20 juillet 2020 auprès de 1002 Québécois(es), âgé(e)s de 18 ans ou plus et pouvant s’exprimer en français ou en anglais. À titre comparatif, la marge d’erreur maximale pour un échantillon de 1002 répondants est de +/- 3,1 %, et ce, 19 fois sur 20.