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«Le Cabaret» de Marylène Pion: au cœur du Red Light montréalais

Marylène Pion
Photo courtoisie, Chantale Légaré Marylène Pion

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Auteure de plusieurs séries à succès, dont Les infirmières de Notre-Dame, la romancière Marylène Pion invite ses lecteurs au cœur du Red Light montréalais, à la fin des années 1920, dans son nouveau roman, Le Cabaret. Spectacles de variétés, maisons closes, vedettes de passage : les destins des personnages se croisent, sur fond de musique, de danse et d’alcool, entre deux guerres.

En 1929, Ian Hugues revient s’établir à Montréal après le décès de son père. Exilé à New York depuis quelques années et ruiné par la prohibition et le krach boursier, il hérite d’un ancien entrepôt de fourrure situé au cœur du quartier chaud de Montréal.

Aidé de son associé Alexander Davis, un ami de longue date, il décide d’ouvrir un cabaret. Ian et Alexander doivent rester dans les bonnes grâces de l’intrigante Mme Candy, qui mène discrètement, mais fermement tout le quartier, en ouvrant le Heaven’s Club.

Comme beaucoup de jeunes femmes de l’époque, Charlotte Délisle cherche un moyen de sortir de la misère. L’ouverture du cabaret lui offre une chance de quitter la maison close de Mme Candy, où elle n’a pas la réputation d’être très aimable avec les clients. Elle décroche un emploi de « cigarette girl » et s’y accroche tant qu’elle peut.

Ian et Charlotte, deux êtres écorchés par la vie, verront leurs destins s’entrecroiser dans ce roman qui montre les coulisses des cabarets et des maisons closes de l’époque.

Période effervescente

Marylène Pion a beaucoup aimé travailler sur cette période effervescente de l’histoire montréalaise. « En faisant des recherches pour d’autres romans, je suis tombée là-dessus par hasard. J’avais mis ça dans une petite filière... mais ça avait piqué ma curiosité », dit-elle, en entrevue.

« À Montréal, il n’y avait pas de prohibition, donc tous les artistes qui ne pouvaient pas se produire aux États-Unis venaient ici. C’était l’âge d’or des cabarets. Toute l’effervescence des cabarets se passait à Montréal et beaucoup de musiciens y venaient. Malgré la crise économique, c’était une période assez faste pour les cabarets, à Montréal. »

Elle a été étonnée de découvrir qu’aux États-Unis, les cabarets clandestins et les speakeasys étaient monnaie courante tandis qu’à Montréal, il en allait autrement. « Les commerces avaient pignon sur rue. Ça m’a surprise de voir qu’on pouvait boire de l’alcool dans les bars. Aux États-Unis, il y avait un couvre-feu tandis qu’ici, c’était complètement l’opposé. J’ai voulu refléter cette différence avec les États-Unis. »

Les maisons closes étaient illégales, mais tolérées, ajoute-t-elle. « Ce n’était pas bien vu du point de vue de l’Église, mais c’était toléré. Souvent, les propriétaires de maisons closes soudoyaient la police. C’était un monde de corruption. » Ce qu’elle montre bien à travers le personnage de Candice, qui s’occupe de ses « filles » et soigne son image et ses « relations publiques ».

La colère de Charlotte

Marylène Pion adore le personnage de Charlotte, jeune fille tiraillée entre ses contraintes et ses choix. « Hors du mariage, les femmes n’avaient pas beaucoup d’avenir, rappelle-t-elle. Charlotte veut s’en sortir. Elle n’a pas vraiment le choix. Mais elle est en colère. »

Marylène Pion montre toutes les difficultés vécues par ses personnages... les pousse à lutter contre les obstacles et leur donne de l’espoir. Charlotte s’épanouit en cours de route et fait preuve de résilience, tout comme Ian, qui souhaite s’affranchir des pressions familiales. « Il veut prouver qu’il peut réussir et se tirer d’affaire même si son père n’est plus là. » 

Son roman fait écho à la crise actuelle. « C’était autre chose, à l’époque. Mais il faut voir la débrouillardise de l’être humain, la résilience. Les gens sont capables de s’en sortir et ça peut se transposer dans l’époque qu’on vit. On peut se servir de l’histoire pour refléter ce qu’on vit aujourd’hui. »  

  • Marylène Pion a écrit plusieurs séries à succès, dont Les infirmières de Notre-Dame, Le grand magasin et Rumeurs d’un village
  • Elle habite à Saint-Jean-sur-Richelieu. 
  • Elle travaille sur une prochaine trilogie qui se déroulera au début du 20e siècle.   

EXTRAIT 

Marylène Pion
Photo courtoisie

« Vêtue de son uniforme et tenant son plateau rempli de paquets de cigarettes, Charlotte se tenait en retrait dans la salle et suivait distraitement le spectacle. Encore une fois, elle ne pouvait qu’admirer le talent de May et ses compagnes. Charlotte essayait de sourire malgré l’abattement qu’elle ressentait. Elle avait lu les petites annonces, parcouru le quartier à pied, mais n’avait pas trouvé de logement abordable parmi ceux qui étaient affichés. »

– Marylène Pion, Le Cabaret, Les Éditeurs réunis