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Des symptômes de la COVID-19 qui refusent de s’atténuer

Des patients guéris disent toujours souffrir de séquelles liées à la maladie

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Hélène Denis et son conjoint Luc Boucher, que l’on voit chez eux en Beauce, ont été atteints de la COVID-19 et en ont gardé des séquelles.

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Fatigue extrême, pertes de mémoire, atrophie musculaire ainsi que le goût et l’odorat perturbés... les symptômes résiduels des patients guéris de la COVID-19 suscitent beaucoup d’inquiétude chez ceux qui les vivent, alors qu’ils tardent à s’estomper. 

C’est le cas de Luc Boucher, un homme de 56 ans, qui a souffert du coronavirus en mars dernier et qui « en a arraché » pendant deux semaines, avec des symptômes très intenses, comme une fièvre intraitable, malgré la médication. 

Après des épisodes de sudation extrême, de confusion, de perte du goût et de l’odorat, de courbatures, de maux de gorge et de pertes d’équilibre, l’homme originaire de la Beauce espérait que cette épreuve serait derrière lui, après la guérison. 

Mais ce n’est pas le cas. 

Encore en juillet, M. Boucher, qui se décrit comme une personne qui a toujours été en forme, dit ressentir encore des problèmes d’odorat, ainsi qu’une petite toux « tannante ». « Il me reste une odeur persistante de feu de camp dans le nez », explique-t-il. 

Sa conjointe, Hélène Denis, a elle aussi souffert de la maladie. Il indique que dans son cas, c’est la fatigue qui reste omniprésente. Ce qu’ils trouvent le plus difficile, ce sont les séquelles psychologiques.

« Je vous en parle, et ça me vire encore à l’envers, car j’étais convaincu que mon épouse s’en allait mourir là, seule comme un chien », confie M. Boucher. 

Pas seulement les personnes âgées 

Depuis peu, on observe une recrudescence des cas chez les plus jeunes adultes, contrairement au début de la pandémie où la majorité des cas se trouvait en centres d’hébergement pour aînés.  

Toutefois, même si les jeunes adultes s’en sortent généralement mieux, force est d’admettre qu’ils peuvent tout de même ressentir des symptômes résiduels de la COVID-19 longtemps après la guérison, comme en témoigne Georges Aguiar. 

« J’ai une semi-paralysie et une atrophie musculaire de la main gauche. Je ne sens presque plus le dessus de mes cuisses et mes avant-bras. Ma circulation sanguine dans ma main gauche et mon pied gauche est mauvaise et ma capacité respiratoire n’est plus la même », énumère l’homme de 47 ans, originaire des Laurentides, qui ajoute être maintenant incapable de rester éveillé une journée entière. 

Servir d’exemple 

Au début du mois d’avril, quelques jours après avoir reçu un diagnostic de la COVID-19, l’auxiliaire en santé et services sociaux a dû être mis dans un coma artificiel, son corps étant incapable de combattre adéquatement la maladie.  

« Le médecin m’a dit : “Je vous donne 30 minutes pour appeler votre famille et leur dire au revoir parce que je ne suis pas certain que vous allez vous réveiller” », souffle l’homme qui ne pensait pas revoir sa femme, son fils de 7 ans et sa fille de 9 ans. 

Aujourd’hui, près de trois mois après son hospitalisation, avec 40 % de sa masse musculaire en moins et aux prises avec des séquelles persistantes, Georges Aguiar espère servir d’exemple à tous ceux qui doutent de la gravité de cette maladie.  

Des séquelles à long terme

Questions/réponses avec le Dr Mathieu Simon, pneumologue à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Question : Est-il déjà possible de confirmer des liens entre les symptômes résiduels rapportés et la COVID-19 ?

Réponse : On n’a pas encore énormément de recul pour parler du long terme. La très grande majorité des patients vont faire une récupération sans séquelles. Mais si vous entrez aux soins intensifs pour n’importe quelle raison, il faut calculer que, pour chaque jour passé, vous prendrez une semaine à récupérer ce que vous avez perdu. Ça, c’est pour une personne jeune, sans maladie sous-jacente. La majorité des gens qui ont été hospitalisés, ce sont des gens qui avaient déjà une maladie cardiaque ou pulmonaire. Pour eux, les séquelles peuvent être le début d’un handicap prolongé.

Q : Est-ce qu’il y a des symptômes qui peuvent perdurer ou apparaître après une plus longue période ?

R : La séquelle qui reste, un an après une infection sévère qui nous a conduits à un séjour aux soins intensifs, c’est un désordre de nature affective, psychologique. On dit qu’une personne qui passe plus d’une semaine aux soins intensifs a autant de chance de développer un syndrome de stress post-traumatique qu’un militaire déployé en Afghanistan ou en Irak. Ces patients ont un risque de dépression, d’insomnie ou des risques suicidaires plus élevés. On les a amenés dans un environnement très hostile, car on doit faire des interventions très agressives, pour sauver leur vie. Mais on réalise que ça se fait au prix de leur laisser une trace. Ça, ça m’inquiète. Je ne suis pas certain que le système soit sensibilisé et disponible à ce genre de demandes qui va apparaître.

Q : Y a-t-il une catégorie de personnes plus affectée par les symptômes résiduels ?

R : Les gens qui s’en plaignent sont surtout des jeunes qui n’ont pas l’habitude d’être malades et qui sont habitués à bien fonctionner. Lorsqu’ils font une grosse infection, ils ne réalisent pas que, peu importe l’infection pulmonaire que tu fais, bien ça prend entre 6 et 12 semaines à récupérer.