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La course aux remèdes: un vaccin pourrait être prêt d’ici la fin de l’année

Des recherches menées au Royaume-Uni ont eu des résultats significatifs cette semaine

Virus Outbreak Britain Vaccine
Photo Associated Press Une chercheuse manipule des échantillons provenant des essais prometteurs de vaccin contre le coronavirus dans un laboratoire de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni.

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Les Britanniques pourraient offrir à la planète, cette année, un cadeau de Noël inestimable : un vaccin efficace contre la COVID-19.

• À lire aussi: La course aux remèdes: place à notre bilan mensuel

L’Université Oxford et sa partenaire privée la compagnie AstraZeneca ont annoncé cette semaine dans la revue scientifique The Lancet avoir franchi une étape cruciale dans la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus. 

Des essais combinés de phase 1 et 2 sur 1077 volontaires ont eu des résultats significatifs, entraînant chez ceux-ci une réaction immunitaire double, c’est-à-dire aussi bien dans la production d’anticorps que dans l’activation de cellules tueuses.

Le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock, a affirmé que le vaccin pourrait être prêt à Noël, « dans le meilleur des scénarios », a-t-il précisé, selon des médias européens.

Il a tenu à souligner que le vaccin serait alors offert à l’humanité par la Grande-Bretagne. « Nous ne nous opposerons pas [à ce que le vaccin soit copié ailleurs] », a-t-il expliqué. « Nous allons agir comme un citoyen global », a-t-il ajouté.

Les efforts audacieux et importants de l’Université Oxford et d’AstraZeneca pourraient donc être payants. Les deux partenaires ont, en effet, adopté une stratégie d’essais cliniques jamais vue jusqu’à maintenant en combinant des phases de tests pour gagner du temps.

Deux milliards de doses

La capacité manufacturière d’AstraZenaca a aussi été mise à profit. La compagnie se dit ainsi prête à produire rapidement 2 milliards de doses. Pour gagner du temps, le vaccin sera fabriqué avant même d’obtenir son homologation, quitte à risquer de se tromper.

Le vaccin est basé sur un virus qui cause le rhume chez les chimpanzés, considérablement modifié pour que le corps humain croie être en présence de la COVID-19.

À des milliers de kilomètres de là, en Chine, un vaccin développé par la compagnie CanSino Biologics dans la région de Wuhan, où la pandémie a pris naissance, a également donné des résultats encourageants, qui ont fait l’objet d’une publication cette semaine dans The Lancet.

Par contre, les chercheurs de CanSino ont admis qu’il reste des incertitudes quant au dosage du vaccin, notamment chez les aînés.

Aux États-Unis, le gouvernement Trump met également le pied sur l’accélérateur. Plus tôt cette semaine, la compagnie Pfizer s’est vu octroyer 2 milliards $ en subventions pour fabriquer 600 millions de doses de vaccin, dont 100 millions avant la fin de l’année. Des tests de phase 3 doivent débuter sous peu, mais, évidemment, sans garantie absolue de succès.

Des équipes actives partout  

  • Selon un décompte récent de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on dénombre actuellement à travers le monde un nombre impressionnant de 24 vaccins potentiels rendus à l’étape des essais de phase 1, 2 ou 3.    
  • Parmi eux, on retrouve celui de la compagnie québécoise Medicago, la seule au Canada à avoir lancé des essais chez des volontaires humains.   
  • L’OMS recense pas moins de 142 projets de vaccin en tests précliniques, donc pas encore à l’essai chez des humains. De la Turquie au Japon, en passant par l’Égypte et le Kazakhstan, la liste révèle que des équipes de chercheurs s’activent partout pour tenter de juguler une pandémie impitoyable qui a déjà coûté la vie à près de 650 000 personnes.     

La course au vaccin en chiffres   

  • 166 vaccins à l’essai à travers le monde  
  • 24 vaccins à l’étape des essais cliniques  
  • 142 vaccins à l’étape des essais précliniques  
  • 51 vaccins à l’essai en Europe  
  • 29 vaccins à l’essai aux États-Unis  
  • 10 vaccins à l’essai au Canada, dont chez Medicago     

Ça progresse au Québec aussi  

Une volontaire participant à l’essai  de phase I de Medicago pour son candidat vaccin contre la COVID-19.
Photo d'archives
Une volontaire participant à l’essai de phase I de Medicago pour son candidat vaccin contre la COVID-19.

La compagnie Medicago de Québec est passée, la semaine dernière, à l’étape des essais chez les humains dans le développement de son vaccin contre le coronavirus. Il s’agit de tests cliniques de phase 1 sur 180 volontaires. Ces essais n’ont pas pour but de déterminer si le vaccin est efficace ou non, mais plutôt de savoir s’il n’entraîne pas d’effets indésirables. Si tout va comme prévu, Medicago espère produire 100 millions de doses en 2021.

140 000 volontaires  

Le Dr Anthony Fauci, directeur de l’institut national des maladies infectieuses américain.
Photo d'archives, AFP
Le Dr Anthony Fauci, directeur de l’institut national des maladies infectieuses américain.

L’appel lancé par l’organisme que dirige le renommé Dr Anthony Fauci n’est pas passé inaperçu. Près de 140 000 Américains se sont portés volontaires auprès de l’institut national des allergies et des maladies infectieuses pour participer aux tests sur les vaccins pour la COVID-19, selon un bilan du début de semaine. Ce succès rend le Dr Fauci optimiste. « Cela nous permettra de mener les essais sur les vaccins de façon accélérée », a-t-il dit. 

Un vaccin russe ?  

Virus Outbreak Britain Vaccine
Photo d'archives, AFP

Le ministère russe de la Défense soutient qu’un vaccin efficace contre la COVID-19, développé dans le pays, serait déjà prêt à être utilisé. Cette annonce a été accueillie avec scepticisme, et ce, même en Russie. « Ils n’ont même pas commencé les essais de phase 3 [...] La raison pour laquelle ils sont si pressés est totalement incompréhensible », a commenté un chercheur russe, Sergei Netesov, en entrevue cette semaine avec l’agence Bloomberg.

De longs délais  

Des scientifiques d’un laboratoire chinois, photographiés le printemps dernier, menant des tests en vue de trouver un traitement contre la COVID-19.
Photo d'archives, AFP
Des scientifiques d’un laboratoire chinois, photographiés le printemps dernier, menant des tests en vue de trouver un traitement contre la COVID-19.

La mise au point d’un vaccin n’est pas une chose facile, comme le rappelait récemment le site Business Insider. Pour le démontrer, le site mettait en lumière le nombre d’années entre l’établissement des premières connaissances sur le fonctionnement d’une maladie et la disponibilité d’un vaccin. On donnait plusieurs exemples, dont les trois suivants : le zona : 53 ans ; le virus du papillome humain : 25 ans ; et l’hépatite B : 16 ans. 

Ce qu’en pense le doc Béliveau  

Un vent d’optimisme

Le développement accéléré de plusieurs vaccins contre le coronavirus SARS-CoV-2 permet maintenant d’envisager avec optimisme ce qui était totalement impensable il y a 6 mois à peine : un vaccin contre la COVID-19 disponible un an après le début de la pandémie, un exploit scientifique inouï. Le vaccin développé par les Britanniques semble particulièrement prometteur, mais il lui reste cependant à franchir l’étape finale des études cliniques de phase 3 où l’on pourra évaluer plus en détail son efficacité et sa sécurité (90 % des vaccins ne parviennent pas à franchir cette étape en raison d’effets indésirables sévères). De plus, le vaccin a été testé, comme d’habitude, seulement chez des jeunes de race blanche en bonne santé et il faut s’assurer qu’il puisse aussi être efficace chez les personnes à plus haut risque de complications liées à la COVID-19, en particulier les personnes âgées et celles qui ont des comorbidités (obésité, maladies cardiovasculaires, diabète).