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Le succès de La Petite Vie durant la pandémie

Claude Meunier
Photo Ben Pelosse Claude Meunier

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« Les gens qui me demandent ce que je fais de ce temps-là, je leur dis que j’écris les reprises de La Petite Vie ! » lance en riant Claude Meunier. Succès infatigable du petit écran, la sitcom a rallié chaque semaine plus de 600 000 téléspectateurs au printemps.

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En mars, au début du confinement, plusieurs personnes se sont tournées vers de nouvelles séries comme C’est comme ça que je t’aime ou Tiger King. Mais d’autres ont plutôt voulu rigoler en regardant pour une énième fois les aventures de Pôpa et la famille Paré. 

« Ça fait 11 fois que les émissions passent en reprise, je crois, dit Claude Meunier. Il y a un nouveau public qui les découvre. Il y a une transmission des parents aux enfants. Ça me fait plaisir de voir ça. L’émission est toujours présente. Les cotes d’écoute ont éclaté au printemps. On était souvent en haut de 600 000 ou 700 000 téléspectateurs. C’est assez hallucinant.

« L’émission existe depuis 27 ans et ça marche toujours, poursuit-il. J’ai travaillé avec des gens de tellement de talent. Je ne dis pas ça par fausse humilité. Les équipes de comédiens avec qui j’ai travaillé... Ça me fait un peu penser à la gang de C’est comme ça que je t’aime, que j’ai trouvée tellement bonne. C’est une nouvelle gang qui va être là longtemps, je pense. Elle apporte un nouveau souffle, une nouvelle écriture, un nouveau style. C’est vraiment bon. »

Claude Meunier a vécu son confinement du printemps « à la campagne 90 % du temps », dit-il. Il s’est installé dans sa maison dans le nord et en a profité pour terminer l’écriture de son deuxième livre sur Pôpa, qui sortira cet automne, 20 ans après Le Journal d’un Ti-Mé.

Inquiet d’une deuxième vague

À 68 ans, il reconnaît être inquiet quant aux risques d’une deuxième vague de COVID-19. 

« Ça m’effraie parce que je trouve que ça augmente tout le temps. Ce n’est pas réglé du tout. Il y a plus de cas qu’avant, plus de morts tous les jours. Il n’y a pas de solution, pas de médicament, pas de vaccin. Il y a juste des façons de vivre qui nous permettent d’être un peu plus certains de ne pas l’attraper. L’économie, c’est tout artificiel. Non, c’est affolant. En ce moment, il fait beau. Ç’a l’air moins pire quand il fait soleil. »

« Ce que je trouve triste, ce sont les rapports avec les gens, ajoute-t-il. C’est ce qui manque à tout le monde, se faire des câlins, se toucher, s’embrasser. Il y a bien du monde qu’on ne voit pas. J’ai une de mes filles que je vois à distance parce qu’elle travaille dans le public. Je la vois, mais de loin, au bout de la table. C’est fatigant. »

L’auteur a foi en la science pour nous sortir de cette pandémie. « Ce sont les médecins, les scientifiques qui vont nous tirer de là. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de super médicaments pour nous guérir, ça n’ira pas bien... »

Recyc-Québec

Pourrait-on bientôt voir son personnage de Ti-Mé dans des capsules avec un masque ?

« C’est une bonne idée ! répond Claude Meunier. Je dois faire des photos pour Recyc-Québec au mois d’août. Je serais dû pour faire une capsule avec un masque, effectivement. Je suis tellement pour le port du masque en plus. »

Ti-Mé est devenu le premier porte-parole­­­ de l’histoire de Recyc-Québec en novembre 2018. « On avait un contrat de trois ans qui se termine bientôt, dit Claude Meunier. J’espère qu’il sera renouvelé, car ça va très bien. »

L’auteur mentionne que l’association de son personnage avec la société québécoise de récupération et de recyclage allait de soi. « Au début, il était un vidangeur, maintenant il est un recycleur (rires) ! Je dois dire que mon père, qui était l’inspiration de Ti-Mé, était lui-même un recycleur incroyable. Il était tordant. Il avait tout ça dans le sous-sol chez nous. Il était vraiment précurseur. »

Prêt pour un projet télé  

En mai 2016, Claude Meunier apprenait que le Ti-Mé Show prenait fin après seulement deux saisons. S’étant tenu loin de la télé depuis, l’auteur mentionne qu’il est maintenant prêt pour travailler sur de nouveaux projets pour le petit écran. 

« Quand le Ti-Mé Show a arrêté, j’avais le goût de prendre une pause parce que j’avais travaillé fort pendant longtemps, dit-il. J’avais le goût de voyager, et je l’ai beaucoup fait. »

Quand on lui demande pourquoi le Ti-Mé Show s’était terminé après 26 émissions, Claude Meunier évoque des différends avec une personne chez le diffuseur « qui voulait nous imposer bien des affaires et on ne voulait pas ».

Après avoir essuyé des critiques lors de sa première saison, l’émission avait pris son erre d’aller. « On était numéro un le vendredi soir à Radio-Canada, dit Claude Meunier. On avait de bonnes cotes d’écoute. »

Il ne ressent pas d’amertume face à cette fin un peu abrupte. « Je faisais ça pour le plaisir. Ç’a fini un peu carré, mais on n’avait pas encore commencé à écrire la troisième saison. »

Quatre ans plus tard, Claude Meunier repense au petit écran, mais il indique ne plus avoir le goût « d’être attaché, de me sentir dans un carcan ». « Je trouve qu’il y a de bien bonnes affaires à la télé. Je suis plus un spectateur maintenant. Mais il n’est pas dit que je n’écrirai pas autre chose. Pas du tout. Peut-être que je vais me remettre à écrire cette année. Ce sera aussi peut-être une pièce de théâtre. » 

« J’aime vraiment ça écrire pour le théâtre, poursuit-il. C’est dans mon ADN. Je suis un dialoguiste, je fais parler le monde. Mais je ne suis pas pressé. Je regarde la vie aller un peu. Je suis en forme. Je ne pense pas mourir tout de suite. J’espère ! »

Pas de patience pour le cinéma  

Dans sa prolifique carrière qui compte de nombreux projets à la télé et au théâtre, Claude Meunier a très peu travaillé au cinéma. On ne compte qu’un seul film qu’il a réalisé [Le grand départ, en 2008] et un autre qu’il a écrit et dans lequel il a joué [Ding et Dong, le film, en 1990].

Pourquoi n’a-t-il pas été plus actif au grand écran ? « J’aurais pu en faire un peu plus, bien honnêtement, répond-il. Mais j’étais embarqué dans La Petite Vie. Et aussi, je trouve ça très long de faire du cinéma ici. C’est très compliqué. »

« J’ai fait deux films. Ce n’est quand même pas si pire ! J’aurais aimé ça, en faire d’autres, si ça n’avait pas été si long. C’est pour ça que j’aime plus la télé. C’est rapide, t’as des moyens. Tu n’es pas toujours en train de gratter des fonds de tiroir. C’est compliqué de faire du cinéma. C’est quasiment une mission ici. »

S’estimant chanceux, Claude Meunier mentionne qu’il n’a jamais eu de projet de film qui a avorté. « Quand j’ai voulu faire Ding et Dong, le film, je l’ai fait. Même chose pour Le grand départ. Il y avait du monde qui me disait que je devrais en faire un autre tout de suite, mais je n’étais pas prêt et je trouvais ça trop long. C’est toujours un an et demi plus long que tu penses. Peut-être que je n’ai pas la patience. »

Avec l’immense succès de La Petite Vie, Claude Meunier s’est souvent fait proposer de transposer la famille Paré au grand écran. « Mais il y avait une difficulté pour moi à faire La Petite Vie au cinéma, dit-il. Il aurait fallu faire comme le film des Flintstones [Les Pierrafeu] et tout recréer l’univers. Parce que La Petite­­ Vie, quand tu les sors de leur monde pour les mettre dans la réalité, ils sont presque monstrueux. Tu mets Môman dans un centre d’achats, elle est très anachronique. Tu la mets dans le décor de La Petite Vie et elle est correcte, elle vit bien. Il aurait donc fallu faire tout un univers de La Petite Vie. Ç’aurait coûté cher.

« Ou bien une idée que j’avais, c’était de les mettre dans une fusée pour qu’ils aillent sur une autre planète, poursuit-il. Il faut que tu les sortes de leur univers. Aussi, La Petite Vie est une sitcom tournée devant public. Au cinéma, tu n’as plus le public. Dans La Petite Vie, le public est un personnage. Ça amène un rythme, une dynamique. C’est pourquoi il n’y a pas eu beaucoup de sitcoms aux États-Unis qui ont été faites en film. »