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Le trou sans fond de la santé

Gaetan Barrette
Photo d'archives, Simon Clark Gaétan Barrette

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Parler du système de santé au Québec, c’est décourageant.

C’est à nous faire douter de notre capacité d’agir collective. Ça fait 25 ans que les gouvernements et les ministres se succèdent ; 25 ans qu’on fait des réformes, dont chacune semble avoir introduit plus de nouveaux problèmes que de solutions ; 25 ans que les listes d’attente s’allongent, concurrencées seulement par l’augmentation de la facture.

Au début du siècle, les investissements en santé représentaient environ 40 % des dépenses du gouvernement. Aujourd’hui, c’est plus de la moitié. Dans 10 ans, à ce rythme, ce sera autour de 65 %.

Parce qu’à défaut de trouver l’approche qui nous permettrait de rendre nos services plus accessibles et performants, on finit toujours par opter pour la voie facile, soit de jeter plus d’argent dans ce trou sans fond. L’usager n’obtient pas enfin son rendez-vous plus rapidement. La majeure partie de cet argent est dépensée en salaire, dont celui des médecins qui ont été les grands gagnants de la progression des dépenses, mais ça va continuer de monter, la COVID-19 aidant. Maintenant qu’on augmente les préposés, les autres corps de métier voudront leur part. C’est d’infirmières qu’on va finir par manquer si on peut faire autant d’argent en étant moins formé.

Philippe Couillard
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés
Philippe Couillard

Toute la vie

Les citoyens sont durs envers le système de santé et les différents ministres qui l’ont dirigé, le sondage que Le Journal publie aujourd’hui le démontre. Pourtant, il faut nuancer. Presque tout le monde s’entend pour dire que s’il est difficile d’avoir un médecin de famille ou de voir un spécialiste, les choses s’améliorent dès la prise en charge par un personnel dévoué.

À la fin, le Québec offre une des espérances de vie les plus élevées au monde. Ça ne pourrait pas arriver si nous n’avions pas un système qui nous soigne bien de notre naissance, qui se déroule dans ses établissements, jusqu’à notre mort, qui s’y passe souvent également, et lors des quelques visites qu’on y fait entre les deux.

Yves Bolduc
Photo d'archives, Simon Clark
Yves Bolduc

Une vision

Une approche en santé qui dure tout le long de notre vie, c’est peut-être en partant de cet objectif qu’on pourrait vraiment améliorer nos services. Pour y arriver, peut-être faudrait-il revenir sur le travail d’un des ministres à qui les Québécois ne donnent pas la note de passage. Réjean Hébert a pourtant eu très peu de temps pour implanter ce qui constituait pourtant une vision cohérente, mature et aboutie de notre approche de soins.

Elle reposait sur deux piliers : la prévention de la maladie par la promotion des bonnes habitudes de vie et l’assurance-autonomie pour garder les personnes aînées chez elles le plus longtemps possible. Bref, tenir les citoyens loin des hôpitaux pour leur propre bien-être.

Quand Gaétan Barrette est devenu ministre de la Santé, un de ses premiers gestes fut de mettre fin aux travaux préliminaires visant à implanter ces approches. Trop cher, disait-on. 

Le ministre des docteurs a préféré renvoyer tout le monde à l’hôpital. On est maintenant en train de se rendre compte que ce qui coûte le plus cher, c’est plutôt d’avoir emprunté cette voie.