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Nouveau roman de Maureen Martineau: tension extrême en Haute-Mauricie

Maureen Martineau
Photo courtoisie Maureen Martineau

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Femme habitée par l’amour des grands espaces et de la nature, écrivaine talentueuse, Maureen Martineau s’est inspirée de l’histoire tragique arrivée à l’une de ses amies pour écrire son nouveau roman, Zec La Croche. Entre les chasseurs et les proies se déroule une histoire aussi noire qu’une nuit sans lune.

En Haute-Mauricie, une jeune femme, Lorie, est allée se recueillir au bord du lac à Matte, sur le site de camping où sa mère a été tuée l’année d’avant. Un site paradisiaque. Mais la nuit venue, toutes sortes de prédateurs y rôdent. Animaux, humains, chasseurs et proies, attaque et vengeance... Lorie n’est pas consciente de tout ce qui l’attend au détour. 

En entrevue de sa résidence de Tingwick, Maureen Martineau explique que son nouveau roman s’ancre fortement dans le territoire. En l’occurrence, une zec (zone d’exploitation contrôlée) en Haute-Mauricie, territoire où l’ours noir et les orignaux abondent. « On part toujours de soi, observe-t-elle. Quand je vais camper, je veux trouver un lac pur où je peux me baigner sans risquer d’être contaminée. J’aime aller dans les parcs, les pourvoiries. »

Elle a trouvé des endroits intéressants, mais difficiles d’accès en Haute-Mauricie, puis un jour, a découvert la zec La Croche, assez facile d’accès.

L’écrivaine amatrice de plein air révèle qu’elle a en même temps une grande attirance pour ces milieux sauvages, et une peur très grande d’y aller seule. Peur commune à beaucoup de monde. 

« Comment je peux faire pour vaincre ma peur ? C’est une peur qui date de quand j’étais jeune... quand je voyais les gars partir sur le pouce faire le tour de la Gaspésie. Je voulais le faire aussi... mais il y a toujours la peur des filles de se mesurer à un voyage d’aventure, et encore plus en forêt. »

Inspirée d’un cas vécu

Elle voulait affronter cette peur, raconter l’histoire d’une femme partant faire du trekking en forêt, bravant cette peur. Mais en parallèle s’est placé le souvenir d’une amie de la région de Sherbrooke qui s’est fait assassiner dans la vallée du mont Washington, il y a une vingtaine d’années. 

« Elle était dans la cinquantaine et, de temps en temps, partait. Elle avait besoin de prendre l’air. Elle est allée faire un trek en solitaire, une fin de semaine, et elle s’est fait assassiner en forêt. Ils n’ont jamais retrouvé qui a fait ça. Toute sa famille est retournée, année après année, et l’enquête n’a jamais avancé. »

Maureen trouvait intéressant de reprendre le crime, l’idée générale de cette tragédie. « Dans mon histoire, au moins, c’est un crime qui se résout. On finit par savoir ce qui est arrivé. » Ce qui n’est pas le cas pour la femme de Sherbrooke. « Il y a une énorme frustration pour la famille parce qu’ils ne savent toujours pas ce qui s’est passé. »

L’écrivaine avait cette terrible histoire en tête en écrivant son roman. « Je trouvais qu’il y avait derrière ça toute l’affaire de la prédation. Dans une zec, il y a le chasseur qui chasse le gibier, donc le rapport entre le chasseur et les animaux. Dans le cas des femmes, la peur de se faire attaquer dans sa tente. » Elle a ajouté un climat de tension entre Blancs et Autochtones.

« Je trouvais que c’était un lieu très porteur pour rencontrer ce côté du chasseur et de la proie, cette espèce de peur de l’attaque. Il y a aussi la question de la vengeance. » 

  • Maureen Martineau vit à Tingwick, dans le Centre-du-Québec. 
  • Elle a publié plusieurs polars, dont L’enfant promis (prix Arthur-Ellis du meilleur roman policier en français au Canada), La ville allumette et Une église pour les oiseaux.  

EXTRAIT 

Zec La Croche<br/>
Maureen Martineau. Éditions<br/>
Héliotrope Noir, 288 pages.
Photo courtoisie
Zec La Croche
Maureen Martineau. Éditions
Héliotrope Noir, 288 pages.

« Lorie s’écroule sur le lit au milieu des bagages. Ses dents mordent le coton de la taie d’oreiller. Jamais elle n’aurait dû laisser sa mère partir sans elle. En reniant leur rituel estival, elle a attiré le mauvais sort sur leur famille. Une mini-famille de deux femmes, brisée à jamais. Tout ça, pour une fête entre amies où elle ne s’est même pas amusée. Pendant qu’elle se gelait la tête à Grandes-Piles, sa maman se faisait attaquer dans sa tente. »