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Chute fatale pour une jeune médecin de Gaspé

L’accident n’a laissé aucune chance à la mère de famille

accident vélo matane
Photo courtoisie Frédérique Bélanger Ducharme a perdu la vie après une mauvaise chute dans un sentier difficile.

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Le choc est grand dans la petite ville de Gaspé après le décès tragique d’une jeune médecin de famille et mère de trois enfants lors d’un accident de vélo de montagne.

Frédérique Bélanger
Photo courtoisie
Frédérique Bélanger

Passionnée d’activité physique, Frédérique Bélanger Ducharme était débutante dans cette discipline. C’est après avoir entrepris une piste un peu plus difficile que la femme de 40 ans a perdu la vie mercredi soir, dans les sentiers du club de vélo Éolien de Matane.

«Au premier drop [saut], elle est tombée sur la tête et s’est fracturé les vertèbres cervicales, puis elle est morte», souffle, en entrevue, son conjoint Louis-Vincent Lemelin, deux jours après l’accident qui a emporté son amoureuse des 23 dernières années.

Selon M. Lemelin, qui n’était pas sur place lors de l’accident, sa conjointe, qui portait un casque lors de sa chute a eu le temps de dire : «Je vais mourir, appelez le 9-1-1».

L’accident tragique s’est produit dans une piste du club de vélo Éolien de Matane, dont on voit ici un usager.
Photo courtoisie
L’accident tragique s’est produit dans une piste du club de vélo Éolien de Matane, dont on voit ici un usager.

«Ce sont les dernières paroles qu’elle a prononcées. Elle a ensuite été transférée à [l’hôpital de] l’Enfant-Jésus, à Québec, mais le médecin a dit qu’il n’y avait rien à faire», laisse tomber son conjoint, bouleversé.

Une communauté en deuil

Mais ce n’est pas que son conjoint, ses deux fils de 5 et 7 ans, et sa fille de 10 ans que Mme Bélanger Ducharme laisse dans le deuil, mais bien toute la communauté médicale de la région.

Arrivée il y a une dizaine d’années pour sa résidence, la jeune mère de Québec est tombée en amour avec la région et n’a jamais voulu repartir. Elle travaillait au CISSS de la Gaspésie, à Gaspé.

«Tout le monde qui la rencontrait était marqué par Frédérique. C’était une personne exceptionnelle et rayonnante. Alors on a beaucoup de soutien de la communauté des médecins de Gaspé. Ici, nos amis c’est notre famille. Ça a été un choc pour tout le monde», a partagé le père endeuillé.  

Le club a aménagé de nombreux sentiers, tant pour les débutants que pour les experts.
Photo courtoisie
Le club a aménagé de nombreux sentiers, tant pour les débutants que pour les experts.

«Fred, c’est elle qui m’a fait choisir la médecine familiale et Gaspé. C’est chez elle que j’allais me réfugier dans les moments difficiles. C’est un des piliers qui m’a tenue après le décès de mon conjoint», raconte pour sa part Maud Gravel, une des amies d’enfance et collègue de la défunte. 

Elle présente son amie comme «une personne radieuse», dotée d’une force tranquille qui a toujours eu une tendance à vouloir aider son prochain. «Ce n’est pas étonnant qu’elle soit devenue médecin de famille», indique Mme Gravel, émotive. 

Un espoir de changement

Dévasté, Louis-Vincent Lemelin espère que cet incident tragique poussera les organisations et les clubs de vélo de montagne à améliorer la réglementation de leurs installations (voir autre texte). 

«Contrairement au ski alpin, par exemple, ce n’est pas que de la neige qui t’amortit si tu chutes, ce sont des roches et des arbres. Les accidents sont super graves. Je ne pense pas que [la vie de Frédérique] est la seule qui sera brisée si rien ne change.», poursuit M. Lemelin, lui-même un habitué de cette discipline.

Une gestion du risque inégale au Québec  

Le décès de Frédérique Ducharme Bélanger met en lumière les dangers de la pratique du vélo de montagne, alors que son conjoint espère que le drame permettra de sensibiliser les intervenants dans ce milieu. 

«Les centres sont généralement gérés par des organismes à but non lucratif (OBNL) qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont. Les niveaux de difficulté des pistes ne sont donc pas standardisés», a déploré Louis-Vincent Lemelin, le conjoint de la victime. 

Le propriétaire de l'école de vélo de montagne Phil Up Expérience Montagne, Philippe Dion.
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Le propriétaire de l'école de vélo de montagne Phil Up Expérience Montagne, Philippe Dion.

Questionné au sujet de cette absence de normes généralisées, le propriétaire de l’école de vélo de montagne Phil Up Expérience Montagne, Philippe Dion, confirme qu’il y a du chemin à faire.

«La gestion du risque n’est pas la même partout. Ce sont les OBNL qui déterminent à quel niveau chaque piste se trouve, il n’y a pas vraiment de norme générale. Et il n’y a personne qui t’empêche d’aller dans une piste d’expert si tu veux y aller», explique celui qui a révolutionné le ski libre au début des années 2000. 

Un surplus de confiance

À son sens, c’est aussi l’assurance des débutants dans cette discipline, alors qu’ils manquent d’expérience, qui peut être risquée.

«C’est fou ce qu’il se passe en ce moment», dit-il, en faisant référence aux nombreux accidents et blessures. «C’est un sport extrême, pourtant les gens se sentent à l’aise trop rapidement, et c’est là que les problèmes surviennent», indique M. Dion, qui dirige son école à Québec.  

L’engouement renouvelé de ce sport, l’évolution des vélos et des pistes au fil des années y sont aussi pour quelque chose, croit-il.