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Cyberdépendance: il a rechuté à cause de la pandémie

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Accro maladivement aux jeux vidéo pendant 15 ans, un jeune homme de Thetford Mines dans Chaudière-Appalaches croyait que cette époque était derrière lui, mais le confinement de la COVID-19 l’a rappelé à ses démons. 

Heureusement, Guillaume Carrier, 29 ans, commence aujourd’hui à se sortir la tête de l’eau, mais les mois de mars et d’avril ont été pénibles.

«Je travaille dans le domaine de la santé et je ne pouvais pas voir personne. C’est redevenu mon échappatoire. Dès que je ne travaillais pas, je "gamais"», a confié celui qui avait fait une thérapie, il y a trois ans, pour reprendre sa vie en main.

Entre sa sortie de la maison d’aide et le début de la crise de la COVID-19, Guillaume Carrier filait le parfait bonheur. Il ne jouait aux jeux vidéo qu’à l’occasion avec son meilleur ami. Durant cette période, il a renoué avec ses proches et il a commencé à travailler comme préposé à l’entretien au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Cet emploi qu’il adore, Guillaume Carrier a failli le perdre durant sa rechute, tellement ses patrons ne le reconnaissaient plus.

«Les gens ont encore tendance à ne pas prendre la cyberdépendance au sérieux. Pour avoir aussi eu des problèmes de drogue, je peux dire que pour moi, les jeux vidéo, c’est encore plus addictif, encore plus apaisant. Ça nous donne confiance en soi parce qu’on devient bon dans le jeu qu’on joue mais, en réalité, on est juste bon dans notre monde parallèle», a insisté le jeune homme de Thetford Mines.

En mode prévention

Des histoires comme celle-là, les spécialistes en cyberdépendance craignent d’en entendre de plus en plus dans les prochains mois.

«Pour le moment, il n’y a pas d’étude qui montre que le confinement va faire augmenter les cas de cyberdépendance, mais c’est certain que c’est une peur qu’on a», a assuré Michael Hathaway, directeur général de la Clinique Nouveau Départ sur l’île de Montréal.

Par prévention, le centre de thérapie va d’ailleurs déployer sous peu une campagne sur le web et à la radio pour faire connaître ses services, tant à ceux qui sont incapables de décrocher des écrans qu’à leurs proches.

Pour l’heure, un lit sur 20 dans cette clinique est occupé par quelqu’un qui a un problème de cyberdépendance.

«Contrairement au jeu ou à la drogue, plusieurs personnes qui souffrent de cyberdépendance ne s’en rendent pas compte. C’est un problème qui reste encore méconnu», a nuancé Michael Hathaway.

Les jeux vidéo: le cœur du problème

Alors que les adolescents canadiens passent en moyenne sept heures par jour devant un écran, il peut être en effet difficile de départager les cyberdépendants de ceux qui ne le sont pas.

«Ce n’est pas tant le temps que l’on passe sur les écrans qui comptent. On parle de cyberdépendance quand les activités sur les écrans se font au détriment des autres intérêts dans la vie des gens. Quand on met tous ses œufs dans le même panier», a défini Jacob Amnon Suissa, professeur à l’École de travail social de l’UQAM.

Auteur d’un livre sur le sujet, il est convaincu que ce n’est pas le télétravail, les cours à distance ou l’usage accru des réseaux sociaux qui risquent de faire bondir les cas de cyberdépendance pendant la pandémie. Pour lui, le vrai problème, c’est la solitude qui amène plusieurs personnes à jouer compulsivement aux jeux vidéo.

En avril, au plus fort de crise, les dépenses liées aux jeux vidéo avaient augmenté de 73% par rapport au même mois l’an dernier aux États-Unis, selon une analyse du NPD Group.

Guillaume Carrier, lui, ne s’en cache pas: il a réussi à reprendre le contrôle en renouant avec l’intervenante qu’il avait connue en thérapie trois ans plus tôt.

«Cette thérapie-là a sauvé ma vie», a-t-il tenu à dire en guise de message pour ceux qui hésitent à aller chercher de l'aide.