/misc
Navigation

Informations ou opinions?

Coup d'oeil sur cet article

L’actualité américaine est toujours aussi chargée et j’ai repoussé à cette semaine un sujet que je souhaitais aborder avec vous. La semaine dernière, des journalistes du Wall Street Journal (WSJ) ont fait parvenir une lettre à la direction. L’objectif de cette missive signée par 280 d’entre eux? Qu’on établisse une distinction plus nette entre les faits rapportés par des journalistes, les nouvelles, et le contenu de la section «opinions». On reproche d’ailleurs à cette section un manque de transparence et une vérification des faits parfois incomplète.

Ce phénomène de mélange des genres n’est pas nouveau, mais il semble gagner en importance depuis le développement des plateformes web. Si les journalistes s’inquiètent, c’est qu’il en va de leur crédibilité. Certains modèles d’affaires misent d’abord sur l’opinion parce que c’est ce qui fait vendre le plus. Un réflexe bien compréhensible quand on sait à quel point les médias peinent à être rentables. 

Que demandent les journalistes du WSJ pour limiter la confusion? Une distinction plus nette entre les sections pour la version web, une plus grande transparence sur les orientations des auteurs et la reconnaissance du droit des journalistes du journal à critiquer les articles de la section «opinions», ne serait-ce que pour rétablir les faits. 

De très nombreux débats secouent le monde des médias aux États-Unis. Je ne peux éviter de m’y intéresser parce que je commente et analyse ce que produisent ces médias pour apporter ici ma petite contribution. Un simple regard sur les commentaires au bas de mon blogue confirme qu’ici aussi des lecteurs se font prendre par la confusion des genres. 

Quand on me demande de rédiger une chronique ou un billet de blogue, on ne me demande pas d’œuvrer comme journaliste. Nous comptons déjà sur une équipe chevronnée pour ce volet de l’information du Journal et je n’ai pas cette formation. On me demande essentiellement de prendre les faits et de les analyser en fonction de mon expertise et de mon expérience. 

Si je suis conscient du mandat qu’on me confie, je suis aussi particulièrement sensible à la responsabilité qui m’incombe au moment de publier. Mes collègues chroniqueurs et blogueurs le sont également. Que vous partagiez ou non le résultat de la réflexion ou de l’analyse que je propose, je m’assure régulièrement de fournir mes sources et d’appuyer mes propos avec des faits. 

Je ne peux qu’encourager des initiatives comme celle des journalistes du WSJ (ceux du New York Times ont effectué la même démarche). Non seulement il faut bien distinguer le travail du journaliste de celui du chroniqueur ou du blogueur, mais il faut également s’assurer que les opinions ne deviennent pas synonymes de désinformation. 

Des opinions tranchées ont leur place et il revient ensuite aux lecteurs de se faire une idée, mais ces opinions doivent s’appuyer sur des faits vérifiables et la plus grande transparence est de rigueur. Nous sommes exigeants et très critiques envers les détenteurs du pouvoir. Les médias, le quatrième pouvoir, en détiennent énormément. Malgré le rythme effréné du cycle des nouvelles, ne lésinons jamais sur la vérification des faits.